Alors que l’économie mondiale est secouée par une nouvelle vague de tensions commerciales, l’OFCE revoit à la baisse ses prévisions pour la croissance française. Le ralentissement prévu pour 2025-2026, couplé à une hausse attendue du chômage et à des finances publiques sous tension, met le gouvernement face à des arbitrages économiques complexes. Analyse d’un scénario incertain à l’heure des grandes turbulences géopolitiques.
Vers un ralentissement prolongé de l’économie française
Les dernières projections de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), publiées ce mercredi, confirment un net repli de la croissance française à moyen terme. Le PIB ne progresserait que de 0,5 % en 2025, avant une légère reprise à 1,1 % en 2026. L’institut de recherche rattaché à Sciences Po pointe du doigt l’incertitude politique nationale et les tensions commerciales internationales comme principaux facteurs de ce ralentissement.
Par rapport à ses prévisions de l’automne 2024, l’OFCE abaisse son estimation de croissance de 0,3 point de pourcentage, dans un contexte marqué par l’adoption d’une motion de censure à l’Assemblée nationale et un regain de tensions protectionnistes sur la scène mondiale.
Le durcissement des politiques commerciales américaines renforce les pressions économiques globales. Avant même cette incertitude et les escalades sur les droits de douane, la Banque de France avait déjà réduit de 0,2 point sa propre prévision de croissance pour 2025, la ramenant à 0,7 %. Le gouvernement français devrait emboîter le pas dès le 15 avril, à l’occasion d’une conférence sur les finances publiques.
Emploi : jusqu’à 190 000 suppressions de postes attendues
L’impact économique se reflète aussi dans les prévisions d’emploi. Selon l’OFCE, le ralentissement conjoncturel, couplé à une réduction des politiques d’accompagnement à l’emploi et à un niveau élevé de défaillances d’entreprises, pourrait entraîner la destruction de 190 000 emplois entre 2025 et 2026.
« Le taux de chômage, actuellement à 7,3 %, atteindrait 7,9 % fin 2025, avant de grimper à 8,5 % à la fin de l’année 2026″, souligne l’OFCE.
Déficit et dette : des objectifs publics sous pression
Côté finances publiques, l’OFCE table sur un déficit public de 5,5 % du PIB en 2025, puis 5,3 % en 2026, des niveaux encore éloignés de l’objectif gouvernemental de 5,4 % en 2025. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, avait déclaré mi-mars que la prévision de croissance de 0,9 % pour 2025 pourrait être revue, sans remettre en question la trajectoire de réduction du déficit.
La dette publique, quant à elle, poursuivrait sa progression, passant de 113 % du PIB en 2024 à 116,7 % en 2026.
Perspectives : des marges de manœuvre budgétaires limitées
Dans un contexte économique incertain, dominé par une croissance molle, une montée du chômage et des tensions géopolitiques croissantes, les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement français s’annoncent étroites.
L’évolution des finances publiques dans les mois à venir dépendra largement de la capacité des autorités à stabiliser le climat politique et à négocier au niveau européen une réponse coordonnée aux pressions commerciales internationales.
