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SNCF : une semaine noire en vue sur les rails du 6 au 10 mai

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  • Préavis déposés, négociations bloquées, voyageurs inquiets : la SNCF se prépare à une semaine de tensions du 6 au 10 mai. Trois métiers clés — agents du matériel, conducteurs et contrôleurs — appellent à la grève, en pleine période de départs pour le pont du 8 mai.
  • À l’origine de la mobilisation : un logiciel de planning décrié et des revendications salariales.
  • Direction et syndicats s’affrontent, tandis que les usagers redoutent une paralysie du réseau.

   Trois préavis, un long week-end, et une grève qui pourrait fortement perturber le trafic ferroviaire. À quelques jours du début du pont du 8 mai, la menace d’une grève d’ampleur à la SNCF se précise. Trois catégories de cheminots — agents du matériel, conducteurs et contrôleurs — ont déposé des préavis de grève du 6 au 10 mai, faisant planer le spectre d’une « semaine noire » pour les usagers du train.

« Les conditions sont réunies pour un mouvement de grève assez dur. », prévient Sud Rail, a l’origine du mouvement. Les négociations engagées avec la direction sont au point mort, notamment sur deux points sensibles : l’organisation des plannings et la rémunération.

Une application de planning sous le feu des critiques

La goutte d’eau ? Le déploiement d’un nouveau logiciel de gestion des plannings, jugé instable et intrusif. Sud Rail accuse : « Cette nouvelle application modifie sans arrêt, sans avis préalable, au dernier moment, les semaines de travail des agents. » Une atteinte directe à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, selon le syndicat.

« Comment accepter de ne pas pouvoir planifier sa vie personnelle au-delà de 48h ? Qui accepterait de ne pas pouvoir prévoir un rendez-vous du jour au lendemain ? », déplore l’organisation syndicale.

Des revendications salariales en ligne de mire

Au-delà du planning, les contrôleurs (ASCT) réclament une hausse de 100 euros mensuels de leur prime de travail, et une garantie sur sa pérennité. Un mot d’ordre qui réactive le collectif national ASCT (CNA), très influent, et déjà à la manœuvre lors de la grève hivernale de décembre 2022, qui avait laissé 200.000 voyageurs sans solution.

« On est les plus profitables en Europe : en quoi est-il anormal de poser la question de la répartition des richesses ? », interroge Fabien Villedieu, délégué Sud Rail. « On réclame une part, c’est normal. »

La direction de la SNCF, elle, rappelle avoir consenti 17 % d’augmentation en trois ans, un chiffre contesté par les syndicats, et annonce une prime d’intéressement de 1.300 euros cette année. « Tout le monde en bénéficie, un effort important a été fait », assure la direction.

Une grève très suivie… surtout chez les contrôleurs

Selon plusieurs sources internes, la grève des contrôleurs s’annonce particulièrement suivie, notamment sur les TGV, dont la circulation est impossible sans chef de bord. Les annulations de trains devraient être connues dès le 7 mai, soit 48 heures avant le début du préavis.

Face à cela, la SNCF pourrait mobiliser des cadres formés pour remplacer certains contrôleurs, mais ne souhaite pas communiquer sur le nombre de réservistes disponibles.

Côté conducteurs, la mobilisation s’annonce plus contrastée. La CFDT évoque des avancées et un calendrier de négociation, tandis que Sud Rail affirme que 55 % des conducteurs des lignes D et R ont déposé un préavis.

Une direction qui tente de temporiser

Face à la colère, la SNCF reconnaît des marges d’amélioration sur l’organisation du travail. Elle promet un audit externe sur le logiciel incriminé, une meilleure visibilité de six mois sur les périodes de repos, et plus de réactivité sur les demandes de congés. Mais sur la question salariale, le ton reste ferme.

« Les bénéfices de l’entreprise sont là pour investir dans le réseau », martèle aussi Philippe Tabarot, ministre délégué aux Transports. Il reconnaît toutefois que certaines revendications sont légitimes.

« Les demandes concernant l’organisation des plannings sont des revendications qui peuvent s’entendre. », affirme le ministre

Une lettre ouverte pour éviter la rupture

Dans une tentative d’apaisement, le PDG Jean-Pierre Farandou a adressé une lettre ouverte de quatre pages à tous les cheminots. Il met en garde contre l’effet boomerang de ces mouvements.

« Les grèves catégorielles à venir n’auront pas de plus-value. Au contraire, elles fragiliseront durablement la SNCF, et donc tous les cheminots, alors même que SNCF Voyageurs est confronté à la concurrence. », souligne Jean-Pierre Farandou

Ce dernier en appelle au bon sens collectif.  « Ces mouvements de grève, ciblés sur les ponts de mai, vont pénaliser des milliers de clients […] L’insatisfaction des Français, voire leur colère, vont être grandes. Nous perdrons leur confiance. », assure -t-il. « Avec ces grèves, l’image de la SNCF va être durement affectée. Le ‘SNCF bashing’ va repartir de plus belle », regrette-t-il.

Le gouvernement reste en retrait

Invité de BFMTV, Philippe Tabarot s’est refusé à jouer les médiateurs. « Je ne souhaite pas mettre de pression à la direction de la SNCF », affirme-t-il, tout en indiquant qu’un plan de transport sera communiqué ce week-end.

Une posture qui irrite les syndicats. Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud Rail, lance un appel direct : « On veut que le ministre mette la pression sur la direction pour qu’il y ait de réelles négociations, et pas sur nous ! »

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