- La Réserve fédérale américaine propose un assouplissement majeur des exigences de capital pour les grandes banques, revenant sur l’un des piliers de la régulation post-crise de 2008.
- Objectif : libérer la capacité d’investissement et soutenir un marché du Trésor en tension.
La Réserve fédérale américaine (Fed) s’apprête à tourner une page importante de la régulation bancaire post-crise de 2008. L’institution monétaire a dévoilé mercredi un projet visant à assouplir une règle clé sur les exigences de capital imposées aux grandes banques, dans le but affiché de fluidifier le marché du Trésor et de favoriser les investissements dans les obligations souveraines.
Le Conseil des gouverneurs de la Fed a voté à une large majorité (5 voix contre 2) en faveur d’une réforme du ratio de levier supplémentaire renforcé, un mécanisme qui impose aux établissements financiers les plus importants de détenir un niveau minimal de capitaux propres, fixé actuellement à 5 % de leurs actifs. Mis en place après la crise financière de 2008, ce filet de sécurité visait à limiter les risques systémiques.
Objectif : relancer le marché obligataire
Selon la Fed, ce recul réglementaire permettrait aux banques d’augmenter leur exposition à des actifs jugés sûrs, comme les obligations du Trésor américain, sans être pénalisées par des exigences trop strictes en capital. « Il est prudent de reconsidérer notre approche initiale », a estimé Jerome Powell, président de l’institution. Il a souligné que les banques détiennent aujourd’hui davantage d’actifs à faible risque qu’il y a dix ans.
La réforme pourrait, en théorie, favoriser une baisse des taux d’intérêt et réduire le coût de financement de la dette publique. Elle s’inscrit dans un contexte de pressions accrues sur les marchés obligataires, où la liquidité a parfois manqué ces dernières années.
Une consultation publique avant validation
Avant toute adoption, le projet fera l’objet d’une consultation publique de 60 jours, laissant aux régulateurs, acteurs du marché et représentants politiques le soin de faire entendre leurs positions.
La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), qui assure les dépôts bancaires aux États-Unis, doit également se réunir pour examiner les implications de cette réforme.
Soutiens et critiques
La proposition a été saluée par le secteur bancaire. Le président de l’American Bankers Association, Rob Nichols, y voit « une étape essentielle pour améliorer l’efficacité du système financier » et abaisser les coûts de financement pour les établissements. Il appelle les autorités à finaliser rapidement ces changements.
Mais la réforme divise. Si Michelle Bowman, gouverneure de la Fed chargée de la supervision, estime qu’elle contribuera à renforcer la stabilité du marché du Trésor et à éviter des interventions coûteuses de la Fed en période de crise, Michael Barr, vice-président chargé de la régulation, met en garde : réduire les exigences en capital pourrait accroître le risque de défaillance bancaire.
Un tournant dans la régulation financière ?
Ce projet marque un changement de cap notable dans la politique de supervision bancaire américaine. Quinze ans après la crise des subprimes, la Fed semble vouloir desserrer l’étau sur les banques, au nom de la souplesse et de l’efficacité des marchés. Reste à savoir si cette réforme parviendra à maintenir l’équilibre entre stimulation économique et sécurité financière.
