31.9 C
Paris
lundi, mai 25, 2026
AccueilEconomieDette publique : pourquoi la France emprunte désormais plus cher que l’Italie...

Dette publique : pourquoi la France emprunte désormais plus cher que l’Italie pour financer ses déficits

Date:

  • Pour la première fois depuis 20 ans, la France emprunte à un taux plus élevé que l’Italie sur certaines échéances.
  • Ce signal fort des marchés intervient alors que la charge de la dette française explose, à la veille d’un Budget 2026 sous haute tension.  
  • Décryptage d’un basculement symbolique mais lourd de conséquences.

   À quelques jours de la présentation des grandes orientations du budget 2026, un symbole fort agite les milieux économiques : la France emprunte désormais à un taux plus élevé que l’Italie sur certaines échéances. Une situation inédite depuis deux décennies, qui traduit une inquiétude croissante des marchés sur la trajectoire des finances publiques françaises.

Lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le ministre de l’Économie Éric Lombard a affirmé que «la charge de la dette atteint des niveaux qui doivent nous alerter. » Le chiffre avancé est saisissant : 67 milliards d’euros en 2025, soit davantage que le budget de la Défense. Et si rien ne change, cette charge pourrait grimper à 100 milliards d’ici trois ans, a-t-il averti.

Une inversion symbolique entre la France et l’Italie

Vendredi 4 juillet, le rendement des obligations françaises à 5 ans a atteint 2,67 %, contre 2,65 % pour les Buoni del Tesoro italiens. Un écart infime, mais symbolique : la dette française est momentanément perçue comme plus risquée que celle de l’Italie, une situation jugée impensable il y a encore quelques années.

« C’est la première fois en vingt ans que ce renversement s’opère », rappelle Les Échos. Si le taux de référence reste celui à 10 ans — toujours plus favorable à la France (3,28 %) qu’à l’Italie (3,44 %) — l’écart se resserre depuis plusieurs mois. Le spread franco-italien se réduit, signe d’un réajustement dans la perception du risque par les marchés.

Une trajectoire d’endettement en décalage avec ses voisins

Là où la France inquiète, d’autres pays méditerranéens rassurent. Depuis 2021, la Grèce a réduit son ratio dette/PIB de près de 44 points, passant de 197 % à 153,6 %. L’Italie, elle, a également allégé son endettement, tombant à 135,3 % du PIB fin 2024.

La France, en revanche, poursuit sa progression : 114 % du PIB au premier trimestre 2025, avec une projection de 118,4 % en 2026, selon la Commission européenne. Dans le même temps, la charge de la dette s’alourdit à mesure que les taux grimpent.

Fin d’une époque de taux bas

En 2021, la France empruntait encore à taux négatif. Cette époque est révolue. En 2024, le taux moyen des émissions obligataires s’élève à 2,91 %, selon l’Agence France Trésor (AFT). Une hausse qui découle d’un retour à une politique monétaire plus stricte de la Banque centrale européenne, dans un contexte d’inflation persistante.

Conséquence : la France emprunte aujourd’hui plus cher que l’Espagne, le Portugal, voire la Grèce sur certaines maturités. Un signal clair que les investisseurs réévaluent le risque français à la lumière d’une dynamique budgétaire jugée préoccupante.

Une dette détenue en majorité par l’étranger

Autre fragilité pointée par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France : 57 % de la dette française est détenue par des non-résidents, contre une moyenne européenne plus basse. Une vulnérabilité structurelle qui accentue l’exposition de la France aux retournements de marchés.

 Parallèlement, le spread italien vis-à-vis de l’Allemagne est passé sous les 100 points de base, selon Reuters, témoignant d’une confiance accrue envers Rome. À l’inverse, la courbe française continue de s’aplatir, traduisant un durcissement des conditions de financement à moyen terme.

Un tournant pour Bercy avant le budget 2026

La détérioration relative de la position française sur les marchés obligataires survient au pire moment : à l’aube d’un exercice budgétaire où des choix difficiles s’imposent. Alors que le redressement des comptes publics est désormais une exigence affichée par Bruxelles et les agences de notation, le signal envoyé par les marchés est clair : la France doit rectifier sa trajectoire.

Reste à savoir si les arbitrages politiques à venir permettront d’envoyer un message de crédibilité budgétaire suffisant pour enrayer cette dynamique défavorable.

Les plus populaires