- La Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre Temu, la plateforme chinoise de e-commerce, accusée de vendre des produits illégaux et dangereux.
- Une procédure engagée au nom du Digital Services Act, nouvelle arme législative pour protéger les consommateurs européens face aux dérives des géants du numérique.
La Commission européenne a ouvert une procédure formelle à l’encontre de la plateforme chinoise Temu, dans le cadre du Digital Services Act (DSA). En cause : la présence supposée de produits illégaux en vente sur le site, notamment des jouets pour bébés et des articles électroniques ne respectant pas les normes de sécurité de l’Union.
« La Commission a adopté une décision préliminaire en vertu de la loi sur les services numériques en ce qui concerne Temu. Nous avons annoncé à cette place de marché en ligne que, selon nous, elle ne respectait pas la loi sur les services numériques en ce qui concerne les risques liés à la vente et à la diffusion de produits illégaux sur la place de marché », a déclaré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission.
Temu, qui connaît une croissance fulgurante en Europe, est accusée de ne pas évaluer correctement les risques associés aux biens mis en vente via sa plateforme.

Un arsenal législatif en marche
Mis en œuvre depuis 2023, le DSA vise à renforcer la sécurité en ligne des consommateurs européens en encadrant les activités des grandes plateformes numériques. Cette législation s’attaque autant à la vente de produits non conformes qu’à la modération de contenus illicites ou à la protection des mineurs.
« Le DSA est l’un de nos outils pour protéger les consommateurs à travers l’Europe. Des produits illégaux vendus en ligne. Des contenus algorithmiques qui vous sont envoyés et dont vous ne déterminez même pas si vous voulez les voir ou non… Ce sont des risques que nous devons atténuer pour protéger nos consommateurs en ligne », a ajouté Thomas Regnier.
Une enquête parmi d’autres
Temu n’est pas un cas isolé. À ce jour, la Commission européenne a lancé 14 procédures à l’encontre de 10 plateformes en ligne. Parmi elles : X, TikTok, AliExpress, ou encore Meta, maison-mère d’Instagram et Facebook.
Les griefs varient : contenus illicites, publicités trompeuses, protection insuffisante des mineurs, ou encore intégrité électorale. Dans certains cas, des engagements volontaires ont permis de suspendre les procédures, comme avec TikTok Lite. Mais dans d’autres, les enquêtes se poursuivent.
Les consommateurs européens exposés
L’affaire Temu résonne particulièrement auprès des associations de défense des consommateurs. Le BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs), qui avait déposé plainte contre la plateforme en 2023, salue l’initiative de la Commission.
« Les conclusions préliminaires de la Commission européenne sur Temu constituent une première étape positive pour les consommateurs européens », affirme Agustín Reyna, directeur général du BEUC.
« Ce qui est en jeu, c’est la sécurité des consommateurs. En effet, lorsque les consommateurs achètent quelque chose en ligne, ils s’attendent à ce que ce soit sûr. Ils ne se demandent pas si des produits chimiques illégaux sont utilisés […] ou si un enfant peut s’étouffer avec un jouet. Ils s’attendent à ce que le produit soit sûr, quel que soit son prix», poursuit -il.
Des enquêtes menées par les membres du BEUC ont révélé la présence massive de produits non conformes sur la plateforme chinoise, malgré les obligations légales.
« Ce que nous avons identifié avec nos membres de toutes les organisations nationales de consommateurs – qui ont mené des enquêtes mystères, testé ces produits par l’intermédiaire de Temu – c’est qu’il est possible d’acheter et d’être exposé à une quantité importante de produits illégaux. Aujourd’hui, l’entreprise ne fait pas assez pour protéger les consommateurs », alerte Agustín Reyna.
« Pour vous donner une idée, le nombre de colis qui entrent dans l’UE par Temu double chaque année. Il s’agit donc d’un nombre important de produits non conformes qui entrent dans l’UE. Et les consommateurs ne le savent pas », conclut-il.
La fast fashion dans la ligne de mire
Cette mise en garde intervient alors que plusieurs États membres de l’UE, dont la France, durcissent leur position contre la fast fashion. En mai 2024, Paris a présenté une proposition de loi inédite ciblant les plateformes de vente de vêtements à bas coût comme Temu et Shein.
Le gouvernement français accuse ces sites de favoriser la surconsommation, via des campagnes publicitaires agressives sur les réseaux sociaux et des mécanismes de gamification destinés à provoquer des achats compulsifs.
Bien que la proposition soit encore en discussion, elle marque un tournant dans la prise de conscience écologique et sociale du modèle économique des géants asiatiques du e-commerce.
Une régulation en marche
Face à l’ampleur des infractions potentielles, la Commission entend faire respecter strictement les règles du DSA. Bruxelles affiche sa détermination à faire plier les géants du numérique, quel que soit leur pays d’origine.
Pour l’Europe, il en va de la sécurité, de la transparence, et de la confiance dans le commerce en ligne.
