- À l’ouverture de la Rencontre des entrepreneurs de France, Patrick Martin, président du Medef, a dressé un constat alarmant de l’économie française.
- Entre ralentissement dans le bâtiment, la chimie ou la sidérurgie, mise en garde contre un retour de l’ISF et appel à la baisse des impôts de production (CVAE, C3S), le patron des patrons fixe le cap : relancer la compétitivité et enrayer la montée du chômage.
À l’ouverture de la 7ᵉ édition de la Rencontre des entrepreneurs de France, ce mercredi 27 août, le président du Medef, Patrick Martin, a lancé un appel solennel : « travailler plus« .
Selon lui, il s’agit à la fois d’ »un impératif économique et un impératif social« , un message adressé autant aux entrepreneurs qu’aux responsables politiques, à quelques jours du vote de confiance explosif qui attend le gouvernement de François Bayrou le 8 septembre.
Une économie "en spirale descendante"
Patrick Martin n’a pas mâché ses mots sur la situation du pays. « Je crains beaucoup pour la suite si rien n’est fait pour enrayer la spirale descendante. Notre situation est critique dans de nombreux secteurs », a-t-il déclaré, en citant le bâtiment, la chimie, la sidérurgie ou encore la restauration.
S’il appelle les décideurs politiques à « dépasser leurs rivalités », il constate avec inquiétude que « cela n’en prend pas le chemin ». Le patron des patrons s’est même dit « consterné » par « les premières réactions politiques » négatives aux propositions de François Bayrou, auquel il apporte son soutien depuis plusieurs jours.
Opposition ferme à un retour de l’ISF
Au cœur de son discours, Patrick Martin a fixé une limite claire : pas question de revenir, sous une forme ou une autre, à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF).
« Sous la menace d’un retour déguisé de l’ISF, nos entreprises familiales retiennent aujourd’hui plus encore leurs investissements (…). Je veux être clair : quelle qu’en soit la forme, un retour de l’ISF serait ravageur pour notre économie, et nous nous y opposerons », a-t-il martelé.
Il en a profité pour critiquer la proposition de taxe de l’économiste Gabriel Zucman, soutenue par une partie de la gauche et du Parti socialiste, y voyant un risque majeur pour l’attractivité française.

Des baisses d’impôts plutôt que des hausses
À rebours des pistes évoquées par le gouvernement, le président du Medef réclame une relance de la politique de l’offre. « Il faut baisser les dépenses, certainement pas augmenter les impôts », a-t-il insisté. Patrick Martin demande notamment la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S).
« Si le budget n’intègre pas ces mesures, nous nous attendons à de lourdes séquelles pour l’économie et l’emploi », a-t-il averti, exhortant les pouvoirs publics : « Laissez-nous croître, investir, innover, embaucher (…), qu’on nous lâche la bride sur le cou ! »
Le "fil rouge" : l’emploi
Le patron du Medef a rappelé que son « fil rouge » restait l’augmentation du taux d’emploi, avec un objectif ambitieux : « faire diminuer le chômage des jeunes de moitié en cinq ans ». Une priorité qui justifie, selon lui, son soutien à la réforme des retraites et sa position ferme lors du conclave organisé par François Bayrou.
En 2023, la France affichait un taux d’emploi de 68,4 %, légèrement en deçà de la moyenne européenne (70,4 %), notamment chez les plus de 60 ans. D’après l’institut Rexecode, un alignement sur l’Allemagne ou la Suède pourrait permettre de gagner« jusqu’à 3 à 6 % de PIB supplémentaire ».
Des perspectives assombries
Pourtant, les prévisions ne laissent guère de place à l’optimisme. Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le chômage, actuellement à 7,4 %, pourrait grimper à 8,1 % d’ici la fin de l’année, 8,9 % en 2026, avant de se stabiliser à 9 % en 2027.
Face à ces projections, Patrick Martin multiplie les mises en garde. Sans réforme structurelle, insiste-t-il, la France risque d’être durablement affaiblie. « Il existe un fantasme sur les aides aux entreprises », a-t-il encore dénoncé, rappelant que leur montant est évalué entre 112 et 211 milliards d’euros selon les sources.
Un message politique
À moins de deux semaines d’un vote de confiance qui s’annonce périlleux pour François Bayrou, la voix du Medef sonne comme un avertissement. Entre appel à « travailler plus », défense de l’investissement et rejet catégorique d’un retour de l’ISF, Patrick Martin place la barre haute et entend peser sur l’avenir des réformes économiques en France.
