- Le gouvernement envisage de repousser de 14 à 18 ans l’âge de revalorisation des allocations familiales versées à partir du deuxième enfant.
- Objectif affiché : 200 millions d’euros d’économies dès l’an prochain, selon une confirmation du ministre de la Santé à l’AFP vendredi 17 octobre.
Annoncée en marge de l’examen du budget de la Sécurité sociale, la mesure supprimerait la majoration entre 14 et 17 ans. Les associations familiales dénoncent un « désengagement » de l’État alors que le coût des adolescents demeure élevé.
Selon le Parisien, le report du seuil de majoration s’appliquerait à partir de mars 2026, pour un gain budgétaire estimé à 200 millions d’euros. Le ministère justifie ce rabotage en s’appuyant sur une étude publiée par ses services en 2023, qui a « remis en cause une différence de coût généré par les enfants de moins et de plus de 14 ans » et qui « recommande de retenir plutôt le seuil de 18 ans ».
À ce stade, l’exécutif explique vouloir redéployer ces crédits — notamment pour contribuer au financement du nouveau congé de naissance — et aligner le dispositif sur l’entrée dans l’âge adulte.
Les associations vent debout : « On fait des économies sur le dos des familles »
La réaction du terrain est immédiate. Sur franceinfo, Émilie Souplet, responsable du pôle éducation de Familles de France, alerte : « Nos familles ont besoin absolument d’une aide supplémentaire dès 14 ans. »
« Avec cette mesure, l’État se désengage des familles à partir de 14 ans. Je pense que l’argent peut être trouvé ailleurs », ajoute-t-elle.
Elle dénonce une contradiction avec le discours nataliste. « On fait des économies sur le dos des familles, et en parallèle, on nous parle de “réarmement démographique”. Des familles qui ont moins d’allocations familiales ne pourront plus faire de loisirs. Qui dit moins de loisirs dit plus d’écrans et moins de sport », explique-t-elle
L’association rappelle qu’un adolescent peut coûter jusqu’à 293 € de plus chaque mois, rien que pour l’alimentation.
Ce qui changerait concrètement pour les foyers
Aujourd’hui, selon des barèmes disponibles sur le site de la caisse d’allocations familiales, les allocations sont calculées en fonction des revenus et de l’âge des enfants. La majoration intervient àpartir des 14 ans du deuxième enfant (jusqu’à ses 20 ans) et s’échelonne de 18,88 € à 75,53 € par mois. Le relèvement du seuil à18 ans supprimerait la revalorisation pour les 14–17 ans.
Exemples avec deux enfants (14–20 ans aujourd’hui)
- Revenus ≤ 78 565 € (montant net imposable) : 151,05 €/mois + 75,53 € de majoration = 226,58 €/mois (2 718,96 €/an). Perte si la majoration passe à 18 ans : 906,36 €/an.
- Revenus 78 565–104 719 € : 75,53 €/mois + 37,77 € de majoration = 113,30 €/mois (1 359,60 €/an). Manque à gagner : 453,24 €/an.
- Revenus 104 719 € : 37,77 €/mois + 18,88 € de majoration = 56,65 €/mois. Perte : 226,56 €/an.
À partir de trois enfants, la revalorisation est par enfant de 14 à 20 ans.
- Revenus ≤ 85 111 € : 344,56 €/mois + 75,53 € par enfant ≥ 14 ans. Avec trois ados : 571,15 €/mois (6 853,80 €/an). Si la majoration ne commence qu’à 18 ans : 2 719,08 €/an, soit une perte de 4 134,72 €/an.
- Revenus 85 111–111 265 € : 172,29 €/mois + 37,77 € par enfant = 285,60 €/mois. Perte : 1 359,72 €/an.
- Revenus 111 265 € : 86,14 €/mois + 18,88 € par enfant = 142,78 €/mois (1 712,36 €/an). Perte : 679,68 €/an.
Le projet de décret sur les allocations familiales doit être examiné en marge du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Les auditions des ministres en commission des Affaires sociales ouvrent la séquence parlementaire, avant une arrivée du texte àl’Assemblée nationale début novembre. Entrée en vigueur visée : mars 2026, sous réserve de publication du décret.
