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vendredi, mars 20, 2026
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Renault-Ford : une alliance stratégique pour doper la voiture électrique en Europe

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  • Renault Group et Ford franchissent une nouvelle étape dans l’électrification du marché européen en s’unissant autour d’un partenariat industriel majeur.
  • Les deux constructeurs vont développer et produire en France deux modèles électriques Ford basés sur la plateforme Ampère de Renault, tout en renforçant leur coopération dans les véhicules utilitaires.

   Ce “partenariat stratégique historique” marque un tournant pour les deux groupes, décidés à mutualiser leurs forces pour réduire les coûts, accélérer l’innovation et faire face à la concurrence chinoise sur le marché des véhicules électriques en Europe.

À l’horizon 2028, les premiers modèles Ford issus des chaînes du nord de la France incarneront cette offensive industrielle commune.

Un partenariat “historique” autour de la voiture électrique

Les constructeurs automobiles français Renault Group et américain Ford ont annoncé, mardi 9 décembre, avoir noué un partenariat pour développer deux voitures électriques de marque Ford sur une plateforme de Renault dans le nord de la France.

Les deux groupes présentent cet accord comme un jalon majeur dans leur stratégie électrique. Ce “partenariat stratégique historique” vise à « élargir l’offre de véhicules électriques de Ford destinée aux clients européens » et à renforcer « considérablement la compétitivité des deux entreprises dans un paysage automobile européen en pleine mutation », indiquent-ils dans un communiqué commun.

Ces deux véhicules Ford, dont le premier est attendu en concessions début 2028, seront « conçus par Ford et développés avec Renault Group ». Ils seront « basés sur la plateforme Ampère », filiale électrique de Renault, et produits par le constructeur dans le nord de la France, bénéficiant ainsi des « atouts et de la compétitivité de Renault Group en matière de véhicules électriques », selon le communiqué. les deux constructeurs « marquent la première étape d’une nouvelle offensive produit ambitieuse de Ford en Europe.« 

Ancrage industriel dans le Nord

Sur le plan industriel, les futurs modèles pourraient être assemblés sur des sites déjà stratégiques pour la transition électrique de Renault. Des véhicules qui pourraient donc être produits à Douai (Nord), où sont assemblés les R5 et Alpine A290, ou à Maubeuge, dans le même département, qui fabrique la nouvelle R4.

Pour Renault, ce choix confirme l’attractivité de ses outils industriels tricolores. « Nous sommes très fiers qu’un constructeur aussi iconique nous ait choisi. Cela nous conforte dans l’idée que notre vision d’un développement à grande échelle de véhicules électriques compétitifs en Europe est sur la bonne voie », a déclaré François Provost, directeur général du constructeur français, lors d’un point avec la presse.

« À long terme, combiner nos forces avec Ford nous rendra plus innovants et plus réactifs sur un marché automobile européen en mutation rapide », a-t-il aussi dit, cité dans le communiqué.

Une coopération élargie aux véhicules utilitaires légers

Au-delà des voitures particulières, l’accord englobe également le segment stratégique des véhicules utilitaires légers (VUL). Les deux groupes ont signé une lettre d’intention pour une coopération dans ce secteur en Europe, afin d’« éventuellement développer et fabriquer ensemble certains VUL Renault et Ford », écrivent-ils.

Ce partenariat viendra compléter l’offre électrique de Ford en Europe, qui repose déjà pour certains modèles sur des plateformes du groupe Volkswagen : Ford Explorer et Capri pour les voitures particulières, Ford Transit Custom pour les véhicules utilitaires, assemblé par le groupe allemand sur la même ligne que le VW Caddy.

« Ces deux véhicules seront immanquablement des Ford et nous allons travailler avec les équipes d’Ampère pour que cela soit compatible avec la plateforme sur laquelle ils seront produits », a précisé Jim Baumbick, à la tête de Ford Europe.

Faire face à la concurrence chinoise et à un marché sous pression

En toile de fond, ce rapprochement répond aux grandes tensions qui traversent aujourd’hui le marché automobile européen : progression plus lente que prévu de l’électrification, niveau de ventes encore en deçà de l’avant-Covid et montée en puissance des acteurs chinois, notamment sur les modèles électriques.

Le secteur doit désormais concilier objectifs climatiques et réalités économiques. « À la différence de nos concurrents, nous sommes engagés en Europe et nous pensons que Renault a prouvé ses capacités en termes d’échelles et de coûts », a souligné pour sa part Jim Farley, le PDG du groupe américain, lors du point de presse.

« Nous sommes tous deux confiants dans nos capacités à différencier nos marques », a-t-il ajouté.

Les dirigeants de Ford et de Renault l’ont martelé : coopérer et partager les ressources est le seul moyen de réduire les coûts de cette industrie très gourmande en capital et de faire face à la concurrence chinoise.

« La menace de la concurrence chinoise en Europe est significative », a insisté Jim Baumbick. Elle « nous oblige à investir de manière efficace » et à connaître « les niveaux de coûts à atteindre pour produire des véhicules abordables ».

Jim Farley a également évoqué les tensions qui parcourent actuellement le marché européen de l’automobile, bousculé entre les appels à sauvegarder la production sur le sol européen, les règlementations de Bruxelles en matière de décarbonation et les attentes des clients. « Nous n’avons pas une configuration qui puisse continuer ainsi », selon lui.

À dix ans de l’objectif fixé par l’Union européenne pour la fin des ventes de voitures thermiques neuves, l’électrification progresse à un rythme plus lent que prévu, dans un marché qui n’a pas retrouvé son niveau d’avant Covid et voit émerger la concurrence chinoise.

Pas un pas vers une fusion, assurent Renault et Ford

Face à l’ampleur du partenariat, certains pourraient y voir le prélude à un rapprochement capitalistique. Les deux groupes s’en défendent fermement.

Ce partenariat n’est en aucun cas un préalable à une fusion, ont précisé d’une seule voix les patrons des deux constructeurs. « Nous sommes un groupe profondément indépendant » et « il n’y a aucune discussion sur ce sujet », a assuré le patron du groupe américain, fondé en 1903 et dont le siège social se trouve dans la banlieue de Détroit (Michigan).

« On peut faire beaucoup de choses sans penser forcément à un avenir commun. Et nous n’avons pas un tel projet », a renchéri François Provost.

Un appel aux responsables politiques européens sur les objectifs de CO

Enfin, Ford profite de cette annonce pour interpeller directement les décideurs européens sur le cadre réglementaire. Dans son communiqué, le groupe américain appelle à une adaptation des règles climatiques aux réalités du marché.

Le groupe « appelle les responsables politiques européens à adapter les objectifs de CO aux réalités de marché, de façon à assurer une transition réussie et durable ».

Un message qui traduit les inquiétudes d’une industrie prise en étau entre impératifs de décarbonation, pression concurrentielle et contraintes de pouvoir d’achat, mais qui voit dans les partenariats comme celui de Renault et Ford un levier clé pour réussir la transition électrique en Europe.

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