- La bataille autour du budget 2026 s’intensifie entre le gouvernement et la majorité sénatoriale de droite et du centre.
- À la tribune du Sénat, le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a haussé le ton face à un déficit public qu’il juge hors de contrôle.
Alors que le projet de loi de finances sort profondément remanié de la Haute Assemblée, l’exécutif place désormais tous ses espoirs dans la commission mixte paritaire pour tenter de ramener le déficit sous la barre symbolique des 5 % du PIB.
Face à un déficit public qui grimperait à 5,3 % du PIB en 2026 après le vote du Sénat, Roland Lescure dénonce un budget qui « ne passe pas » et appelle les sénateurs de droite et du centre à « faire des concessions ». À quelques jours d’une commission mixte paritaire décisive, le gouvernement prévient : sans compromis, la trajectoire des finances publiques déraille.
Un déficit à 5,3 % du PIB jugé “inacceptable”
Pour la première fois depuis plusieurs semaines, Bercy affirme disposer d’une vision consolidée des comptes publics. En additionnant le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), Roland Lescure dresse un constat alarmant devant les sénateurs :
« Pour la première fois depuis deux mois, nous sommes capables de faire les comptes de l’ensemble de la Nation. (…) Quand on fait les comptes de ces deux projets de loi, ensemble, on a un déficit de l’ensemble des administrations publiques aujourd’hui qui est à 5,3 % du PIB. C’est le ministre de l’Économie et des Finances qui vous le dit. »
Un niveau jugé intenable par le ministre : « Tout ce que j’ai entendu à la tribune aujourd’hui me laisse à penser que, pour l’immense majorité des sénateurs, c’est inacceptable. C’est inacceptable. Il faut qu’on trouve une manière de se sortir de cette ornière. »
Initialement, le gouvernement visait un déficit limité à 4,7 % du PIB, censé dégager une trentaine de milliards d’euros d’économies. En 2025, ce déficit s’établit déjà à 5,4 % du PIB, signe que la trajectoire reste très éloignée des engagements affichés.
Des compromis parlementaires qui alourdissent la facture
D’après les calculs du ministère de l’Économie, la dérive du déficit par rapport au projet de budget initial atteint 11,4 milliards d’euros. Une dégradation qui s’explique par deux séries de concessions, dont 6,3 milliards d’euros liés au compromis conclu à l’Assemblée nationale sur le budget de la Sécurité sociale.
5,1 milliards d’euros liés aux votes du Sénat sur le budget de l’État.
Roland Lescure admet que les responsabilités sont partagées et que les compromis n’ont pas été l’apanage d’un seul camp. « Évidemment que les compromis trouvés à l’Assemblée se sont traduits par une dégradation du déficit. Mais les compromis que vous avez trouvés ici se sont aussi traduits par une dégradation importante. Il faut le reconnaître », souligne-t-il, appelant les sénateurs à assumer leur part dans le creusement du déficit.
Le ministre avertit par ailleurs qu’aucune formation ne peut se prétendre seule garante de la rigueur budgétaire. « Personne n’a la vertu de la discipline budgétaire. Nous avons un problème », insiste-t-il, avant de rappeler que sa résolution dépendra d’un travail collectif :
« Ce problème (…) est solvable, à condition que (…) vingt-huit parlementaires, députés et sénateurs, soient capables de travailler ensemble pour faire converger une copie. C’est un exercice inédit. »
Un Sénat intransigeant sur les prélèvements
Au Sénat, la majorité de droite et du centre a durci le ton sur les prélèvements obligatoires. Les sénateurs ont détricoté la taxation des holdings, tout en privilégiant des compromis sur le barème de l’impôt sur le revenu et l’abattement des retraités.
Une orientation que Roland Lescure juge incompatible avec la trajectoire budgétaire visée par le gouvernement. D’où son avertissement frontal à la majorité sénatoriale :« Avec le budget que vous venez de voter, ça ne passe pas. Et donc vous allez aussi devoir faire des concessions, y compris dans cette majorité, pour qu’on réussisse à y arriver. »
Le ministre insiste sur la nécessité d’un effort partagé :
« J’entends que vous avez fait des propositions d’économies de dépenses, monsieur le rapporteur général. Mais le budget de l’État, qui est ici ajouté au PLFSS voté à l’AN, c’était 5 %. C’est un peu moins de 5 % du PIB. Il faut que les chiffres soient très clairs. »
Une commission mixte paritaire décisive pour le budget
L’exécutif joue désormais une partie clé lors de la commission mixte paritaire (CMP), prévue vendredi, qui rassemblera députés et sénateurs pour tenter de trouver un texte de compromis sur le budget.
Le gouvernement affiche un objectif précis : ramener le déficit à 5 % du PIB ou moins à l’issue des discussions.
« Il faut qu’on trouve une manière de se sortir de cette ornière (…) Je suis persuadé qu’on peut le faire, mais on va avoir besoin des efforts de tout le monde », martèle Roland Lescure.
L’attitude du Sénat pèsera lourd, rappelle-t-il, puisque la CMP est composée pour moitié de sénateurs, dont cinq issus de la droite ou du centre, au cœur de la majorité sénatoriale mise sous pression par Bercy.
“L’instabilité a un prix, la stabilité aussi” : l’appel au compromis
À ses côtés, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin tente de replacer le débat sur le terrain de la stabilité et de la responsabilité collective. Elle souligne le coût politique et économique d’un blocage prolongé :
« L’instabilité a un prix, la stabilité en a un aussi : celui de croire au compromis. Je le crois possible, je le souhaite », affirme-t-elle, assurant qu’il existe « une majorité sur la maîtrise des comptes ».
Pour l’exécutif, l’enjeu dépasse la seule bataille parlementaire : il s’agit de préserver la crédibilité budgétaire de la France, dans un contexte de surveillance accrue des marchés et des partenaires européens.
Reste à savoir si, dans les prochains jours, les « vingt-huit parlementaires » évoqués par Roland Lescure parviendront à « faire converger une copie » qui respecte à la fois les impératifs de réduction du déficit et les lignes rouges politiques de chaque camp.
