- En 2025, la Chine devrait afficher une croissance proche de 5%, conformément aux objectifs fixés par Pékin.
- Derrière cette performance, les déséquilibres structurels persistent, entre surproduction industrielle, consommation fragile et crise immobilière.
Xi Jinping assure que la Chine atteindra son objectif de croissance en 2025 malgré les droits de douane américains et un contexte mondial incertain. Mais l’économie reste tirée par les exportations, tandis que la demande intérieure patine. Pékin promet donc un tournant plus proactif en faveur de la consommation, avec de nouvelles subventions attendues dès 2026.
Pékin revendique le cap des 5% en 2025
La Chine devrait atteindre son objectif de croissance pour 2025, a affirmé Xi Jinping, cité par les médias d’État. Le produit intérieur brut chinois aurait progressé d’environ 5% cette année, un niveau cohérent avec les estimations du Fonds monétaire international (FMI).
« L’économie chinoise poursuit sa croissance malgré les pressions, s’orientant vers l’innovation et la qualité, et faisant preuve d’une grande résilience et d’un dynamisme remarquable« , a déclaré le dirigeant du Parti communiste chinois (PCC), saluant une « année extraordinaire » en dépit des droits de douane américains.
Un excédent commercial record, symptôme d’un modèle déséquilibré
L’excédent commercial chinois a dépassé pour la première fois les 1.000 milliards de dollars, confirmant la puissance de l’appareil exportateur. Mais cette réussite met aussi en lumière les fragilités internes : faible demande intérieure, pressions déflationnistes et difficultés à écouler la production sur le marché domestique.
« La croissance ralentit, mais avec d’énormes disparités. Les exportations et la production industrielle ont dépassé les prévisions, mais l’économie intérieure, notamment les ventes au détail et les investissements, ralentit« , observe Ning Zhang, économiste chez UBS à Hong Kong, auprès de Bloomberg.
Industrie : l’“involution” et la guerre des prix poussent à exporter
Autre signal d’alerte : l’activité manufacturière s’est contractée pendant huit mois avant de juste repartir à la hausse en décembre. En cause, une concurrence acharnée entre industriels — appelée « involution » — qui comprime les prix et rogne les marges.
Dans ce contexte, de nombreuses entreprises cherchent des débouchés à l’étranger pour préserver leurs volumes, notamment vers l’Europe. L’activité dans les services et la construction a également fléchi en novembre, avant de se redresser au dernier mois de l’année, illustrant une reprise inégale et fragile.
Consommation en berne, immobilier sous tension : le risque d’essoufflement intérieur
Pour la première fois depuis 1998, l’investissement pourrait baisser sur un an, selon les tendances évoquées dans le texte. Les ventes au détail, elles, progressent au rythme le plus lent depuis presque trois ans et la fin des restrictions liées au Covid-19, un indicateur direct de la prudence des ménages.
À cela s’ajoute la crise immobilière, qui continue de peser sur la confiance, l’emploi et la richesse perçue des ménages — autant de facteurs déterminants pour relancer la consommation.
Pékin prépare un virage pro-consommation
Face à ces déséquilibres, Xi Jinping promet des politiques plus proactives pour soutenir la consommation et absorber une part plus importante de l’énorme production industrielle du pays, conformément aux recommandations de nombreux économistes chinois.
Longtemps, les dirigeants chinois ont freiné ce type de soutien, notamment pour des raisons idéologiques. Mais l’évolution semble désormais actée : l’objectif est intégré au prochain plan quinquennal, et les mesures de relance se précisent.
62,5 milliards de yuans supplémentaires en 2026 pour soutenir les achats
Cette semaine, les autorités ont annoncé qu’elles comptaient injecter 62,5 milliards de yuans supplémentaires (7,6 milliardsd’euros) en 2026 dans un programme existant visant à encourager le remplacement des biens de consommation.
Les subventions concernent notamment les réfrigérateurs, les télévisions et les voitures. Une stratégie qui vise à soutenir la demande sans dépendre uniquement des exportations, au moment où plusieurs partenaires commerciaux surveillent de près l’afflux de produits chinois.
Le FMI relève légèrement sa prévision de croissance pour 2026
Signe que les mesures annoncées pourraient amortir le ralentissement, le FMI a légèrement relevé sa prévision de croissance pour 2026 à 4,5%, en raison de « mesures de relance macroéconomique bienvenues et des droits de douane sur les exportations chinoises inférieurs aux prévisions ».
Reste une question centrale : Pékin parviendra-t-il à transformer un modèle encore largement tiré par l’industrie et les exportations en une croissance davantage portée par la consommation intérieure ? Derrière l’objectif des 5% en 2025, c’est ce rééquilibrage qui déterminera la trajectoire économique chinoise des prochaines années.
