- Les principales banques centrales mondiales, dont la BCE et la Banque d’Angleterre, ont publié un communiqué commun affirmant leur « pleine solidarité » avec Jerome Powell et la Réserve fédérale américaine.
- Elles y rappellent que « l’indépendance des banques centrales » est « une pierre angulaire de la stabilité des prix, financière et économique ».
Visé par une enquête pénale officiellement liée à la rénovation du siège de la Réserve fédérale, Jerome Powell bénéficie d’un soutien public rare de la part de la BCE, de la Banque d’Angleterre et d’autres grandes institutions. Dans un communiqué commun, les banquiers centraux rappellent que l’indépendance des banques centrales est essentielle à la stabilité des prix et à la confiance des marchés, au moment où la procédure est jugée par beaucoup comme un levier politique.
Un front commun inédit autour du patron de la Fed
Les responsables des principales banques centrales dans le monde se disent « pleinement solidaires » de la Fed et de son président, Jerome Powell, dans un bref communiqué publié mardi. Une prise de position notable, tant les institutions monétaires évitent d’ordinaire de commenter les affaires internes d’un État, a fortiori lorsqu’elles touchent à la justice et au pouvoir exécutif.
Le message est néanmoins explicite : au-delà du cas Powell, c’est l’indépendance de la banque centrale américaine qui est défendue, alors que l’affaire nourrit des inquiétudes sur une possible instrumentalisation politique.
« Une pierre angulaire de la stabilité » : l’avertissement des banquiers centraux
Dans leur texte, les signataires soulignent le rôle central de l’indépendance monétaire dans l’équilibre économique et financier.
« L’indépendance des banques centrales est une pierre angulaire de la stabilité des prix, financière et économique, dans l’intérêt des citoyens que nous servons », mentionnent-ils mardi dans un communiqué.
Ces derniers ajoutent qu’il est « essentiel de préserver cette indépendance, dans le plein respect de l’État de droit et de la responsabilité démocratique. »
L’objectif affiché est de protéger la crédibilité de l’action monétaire face aux pressions, en rappelant que la lutte contre l’inflation et la stabilité financière reposent sur la confiance des ménages comme des marchés.
Lagarde, Bailey, Villeroy de Galhau… les signatures qui comptent
Le communiqué est cosigné par plusieurs figures de premier plan de la finance mondiale. Parmi elles : Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne ; Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre ; François Villeroy de Galhau, président du conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux (BRI) et gouverneur de la Banque de France ; ainsi que Chang Yong Rhee (Banque de Corée) et Martin Schlegel (Banque nationale suisse).
Une liste qui donne du poids politique et symbolique à la déclaration, en mettant en scène un soutien transversal — Europe, Asie et places financières majeures — à la première banque centrale du monde.
« Intégrité » et « intérêt public » : la défense directe de Jerome Powell
Plus rare encore : le communiqué ne se limite pas à une position de principe, il défend explicitement le président de la Fed et sa manière d’exercer ses fonctions.
« Le président Powell a exercé ses fonctions avec intégrité, fidèle à son mandat et animé d’un engagement indéfectible envers l’intérêt public », peut-on lire dans le communiqué.
Et d’ajouter : « À nos yeux, il est un collègue respecté, tenu en haute estime par tous ceux qui ont travaillé avec lui ».
Une formule qui vise à consolider l’image de neutralité institutionnelle de la Fed, et à contrer toute tentative de décrédibilisation personnelle du patron de la banque centrale américaine.
Une enquête sur des travaux… dénoncée comme un « prétexte » politique
Selon les éléments rappelés dans le contexte de l’affaire, l’enquête pénale de l’administration américaine porte officiellement sur la rénovation du siège de la Fed. Mais Jerome Powell estime qu’il s’agit d’un « prétexte » destiné à accroître l’influence de la Maison blanche sur la banque centrale, avec un objectif implicite : pousser la Fed à abaisser davantage ses taux directeurs.
La procédure a déjà suscité de nombreuses critiques dans le monde financier, notamment de la part d’anciens responsables de la Fed comme Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan, ainsi que de certains membres du parti républicain.
Le risque majeur : une Fed fragilisée, une inflation plus volatile
Au-delà du dossier judiciaire, la préoccupation des banquiers centraux est stratégique : une Fed perçue comme soumise à des pressions politiques pourrait voir sa crédibilité se dégrader. Or cette crédibilité est un outil de politique monétaire à part entière : elle ancre les anticipations d’inflation et stabilise les marchés.
Les responsables monétaires redoutent qu’une telle situation érode la confiance dans l’engagement de la banque centrale à maîtriser l’inflation, ce qui pourrait alimenter une hausse des prix et accroître la volatilité sur les marchés financiers mondiaux.
Dans une économie globalisée, l’enjeu dépasse rapidement les frontières américaines. Les États-Unis étant l’économie dominante, une inflation plus élevée s’y diffuserait probablement via les marchés financiers, rendant plus difficile la tâche des autres banques centrales pour maintenir la stabilité des prix.
Une séquence à haut risque avant les élections de mi-mandat
Avec des élections de mi-mandat prévues en fin d’année, le contexte politique américain tend la séquence. Pour les partenaires de la Fed, l’enjeu est de prévenir un précédent : si la pression politique s’installe durablement dans la conduite de la politique monétaire américaine, c’est l’architecture de stabilité construite depuis des décennies qui pourrait être fragilisée.
En affichant leur « pleine solidarité », les grandes banques centrales tentent donc de verrouiller un principe : l’indépendance monétaire n’est pas un privilège institutionnel, mais une condition de la confiance publique — et, in fine, de la stabilité économique.
