Prime d’activité revalorisée de 50 euros, repas à 1 euro pour les étudiants dès mai, fin du gel des APL… Le budget 2026 remanié après le 49.3 affiche des gestes sociaux ciblés, tout en supprimant plusieurs mesures controversées introduites au Sénat, notamment sur l’AME et les arrêts maladie dans la fonction publique.
C’est une formule courte, lancée au banc du gouvernement, pour justifier une décision lourde politiquement. « Quand le débat ne permet plus de conclure, quelqu’un doit assumer », a déclaré Sébastien Lecornu, vendredi 23 janvier, en annonçant son second recours à l’article 49.3 de la Constitution sur le PLF 2026.
Après plusieurs mois de discussions houleuses, l’exécutif a corrigé la version adoptée par le Sénat en décembre. Selon le tableau récapitulatif des amendements retenus, le gouvernement a procédé à une série de réajustements — hausses de crédits sur certains postes, baisses sur d’autres — en maintenant l’objectif d’un déficit public fixé à 5%.
Prime d’activité : +50 euros par mois, une mesure à 2 milliards d’euros
Mesure la plus visible : la prime d’activité augmentera de 50 euros par mois pour les ménages modestes, comme annoncé par Matignon la semaine précédente. Une revalorisation dont le coût est évalué à environ 2 milliards d’euros en année pleine.
La hausse figurait parmi les revendications des socialistes. La prime d’activité vise à soutenir le pouvoir d’achat des foyers aux revenus modestes, y compris dès 18 ans pour les jeunes actifs. 4,81 millions de foyers en bénéficiaient en 2024, selon la Drees, tandis que les caisses d’allocations familiales indiquent avoir versé 10,3 milliards d’euros au titre de cette aide la même année.
Cette inflexion tranche avec l’intention initiale : le budget présenté en octobre prévoyait une baisse de 8,8% des crédits dédiés à la prime d’activité en 2026, à 9,3 milliards d’euros.
Étudiants : repas à 1 euro dès mai et maintien des bourses
Autre geste social, tourné vers la jeunesse : à partir de mai, les étudiants pourront accéder à des repas à 1 euro dans les restaurants universitaires. La mesure représenterait une hausse de crédits d’environ 30 millions d’euros pour 2026.
Le texte prévoit aussi 50 millions d’euros supplémentaires pour financer le maintien des bourses sur critères sociaux, dans un contexte où le coût de la vie étudiante est devenu un marqueur politique et social majeur.
APL : abandon du gel, mais recentrage pour certains étudiants étrangers
Sur le logement, le gouvernement lâche du lest : il abandonne le gel des aides personnalisées au logement (APL), qui figurait dans la version initiale du PLF déposée en octobre, répondant ainsi à une demande portée par les socialistes.
En revanche, le budget prévoit un recentrage des APL pour les étudiants extra-communautaires. L’exécutif estime qu’aujourd’hui ces aides peuvent « bénéficier à des étudiants en mobilité internationale dont la situation financière personnelle ou familiale est déjà satisfaisante ». Les modalités de ce recentrage doivent être fixées par décret.
Permis de conduire : suppression de l’aide aux apprentis
Dans le même mouvement, la copie issue du 49.3 supprime l’aide au permis de conduire pour les apprentis. Le gouvernement estime que le dispositif n’était pas suffisamment ciblé
« Cette aide génère des effets d’aubaine et induit une rupture d’égalité entre les étudiants. Elle n’est ni conditionnée au niveau de ressources de l’apprenti, ni ajustée en fonction des autres aides qu’il perçoit », justifie l’exécutif.
Le texte prévoit également de plafonner la prise en charge du permis de conduire pour les véhicules légers dans le cadre du compte personnel de formation (CPF).
Emploi public : France Travail réduit, renforts AESH à l’Éducation nationale
Le PLF 2026 remanié comprend aussi des ajustements sur les plafonds d’emplois des opérateurs de l’État. Le gouvernement rétablit la diminution de 515 équivalents temps plein annuel travaillé (ETPT) à France Travail.
Il réduit par ailleurs l’augmentation prévue pour Voies navigables de France (VNF) : 18 créations nettes au lieu des 35 initialement proposées par le Sénat. Sur la prévention des risques, l’exécutif relève le plafond avec 35 ETPT supplémentaires.
Dans l’Éducation nationale, l’un des marqueurs sociaux du texte se traduit par 500 postes supplémentaires d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
AME et jours de carence : le gouvernement retire des mesures introduites au Sénat
Plusieurs dispositions jugées clivantes, pour la plupart ajoutées en décembre par le Sénat, disparaissent dans la version après 49.3.
Le gouvernement supprime d’abord l’article 77 sexies, qui durcissait les conditions de prise en charge des bénéficiaires de l’aide médicale d’État (AME) pour des soins programmés ou « non urgents ». L’exécutif reprend ici des amendements de suppression déposés par les insoumis, les socialistes et les écologistes.
Le texte rappelle également l’épisode de septembre 2025 : l’ancien Premier ministre François Bayrou avait transmis à la Cnam deux projets de décret durcissant l’AME, dont l’un a été abandonné. L’autre a été repris par le gouvernement Lecornu, avec notamment l’exigence d’une photo d’identité pour les demandeurs. Le conseil de la Cnam a rendu un avis défavorable.
Autre retrait notable : l’article 79 bis, qui visait à aligner le nombre de jours de carence des fonctionnaires sur celui du privé en cas d’arrêt maladie. Aujourd’hui, les agents publics sont soumis à un jour de carence non indemnisé ni par l’Assurance maladie ni par l’employeur, faute de prévoyance collective.
Dans le privé, les salariés ne sont pas indemnisés par la Sécurité sociale pendant les trois premiers jours, mais des accords de branche ou des conventions collectives peuvent prévoir une prise en charge par l’employeur.
RSA et AAH : deux autres articles supprimés
La copie du budget après 49.3 supprime également deux articles ajoutés par le Sénat : l’article 79 bis A, qui prévoyait de limiter le bénéfice du RSA à 24 mois consécutifs d’activité pour les autoentrepreneurs ainsi que l’article 79 bis B, qui entendait supprimer le bénéfice de l’AAH pour les personnes incarcérées.
Entre gestes sociaux ciblés et coups de rabot, l’exécutif tente de stabiliser sa trajectoire financière tout en désamorçant certaines bombes politiques venues de la chambre haute. Mais l’usage répété du 49.3, dans un climat parlementaire fragmenté, laisse présager une séquence politique encore inflammable autour du budget 2026.
