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Zone euro : la BCE conserve ses taux à 2% malgré la désinflation

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Sans surprise, la Banque centrale européenne (BCE) a laissé son principal taux directeur inchangé ce jeudi 5 février.

Mais derrière ce statu quo à 2%, l’institution est rattrapée par un double signal : une inflation qui ralentit plus que prévu et une monnaie unique qui s’apprécie fortement, au risque de compliquer la reprise et de renforcer les pressions désinflationnistes.

    C’était l’issue la plus probable : la BCE n’a pas modifié ses taux directeurs ce jeudi 5 février. Le taux de dépôt, référence de la politique monétaire, reste fixé à 2%, pour la cinquième réunion d’affilée depuis juillet.

Au-delà de la décision elle-même, les observateurs attendaient surtout les commentaires de Christine Lagarde, la présidente de la BCE, sur deux sujets qui s’imposent dans le débat : le ralentissement de l’inflation et la vigueur de l’euro, qui interrogent l’adéquation de la politique monétaire au contexte actuel.

Baisse des taux : un soutien à l’économie… au prix d’un risque

Dans les coulisses, la discussion est de plus en plus audible. Certains observateurs plaident pour une baisse des taux directeurs, qui se répercuterait ensuite sur les taux proposés par les banques commerciales. Objectif est de redonner de l’air à l’économie et limiter l’écart de change en rapprochant l’euro du dollar.

Mais l’arbitrage est délicat. Un assouplissement monétaire pourrait aussi laisser les prix repartir à la hausse, alors même que la BCE cherche à stabiliser durablement l’inflation autour de son objectif.

L’inflation en zone euro ralentit plus que prévu, la France décroche

Le dernier chiffre publié renforce toutefois la pression sur la BCE. En janvier, l’inflation en zone euro a ralenti plus que prévu à1,7%, passant sous la cible de la banque centrale, selon Eurostat.

La France, elle, affiche une dynamique encore plus faible : +0,3% sur un an en janvier, après +0,9% en décembre, d’après l’Insee.Une baisse notamment liée à la décrue des prix de l’énergie.

 Si une inflation plus basse peut soutenir le pouvoir d’achat et améliorer la compétitivité en réduisant les coûts, elle a aussi un revers : elle alourdit la charge réelle de la dette et peut compliquer le rétablissement des finances publiques, en rendant plus difficile la réduction du poids de l’endettement.

 Un euro fort : désinflation importée, exportations pénalisées

Autre facteur clé : le taux de change. Les pressions désinflationnistes sont accentuées par les importations chinoises et par la nette appréciation de l’euro face au dollar. Un euro fort rend les importations libellées en dollars — notamment pétrole et gaz — moins chères, ce qui freine mécaniquement l’inflation importée.

 Mais l’effet est négatif pour le commerce extérieur : un euro élevé pénalise les exportateurs, déjà ralentis par les tensions commerciales et les droits de douane américains. Pour de nombreuses entreprises, l’équation devient plus dure : vendre en dehors de la zone euro coûte plus cher aux clients, ou réduit les marges lorsque les prix sont ajustés.

L’euro au plus haut depuis quatre ans et demi, mais loin de 2008

La force de la monnaie unique pourrait durer, voire s’intensifier. Même si l’on reste loin du record de 2008 (environ 1,60 dollar pour un euro), le mouvement récent a marqué les esprits : la semaine dernière, l’euro a brièvement dépassé 1,20 dollar, un plus haut en quatre ans et demi, avant de redescendre légèrement autour de 1,18 dollar.

Dans ce contexte, chaque nouvel épisode de hausse de l’euro renforce un scénario redouté par une partie des économistes : une inflation qui reste durablement trop basse, rendant la politique monétaire actuelle trop restrictive.

Sur l’autre rive de l’Atlantique, l’annonce de la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale (Fed) a plutôt rassuré les marchés. Mais la trajectoire du dollar dépendra aussi de la pression politique : Donald Trump devrait continuer à pousser pour que la Fed abaisse ses taux directeurs, un facteur susceptible de maintenir une pression baissière sur le billet vert — et donc d’entretenir un euro fort.

La BCE “suit de près” l’euro : avertissements de Paris et de Vienne

Avant la réunion, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, avait donné le ton sur LinkedIn : la BCE « suit de près cette appréciation de l’euro et ses conséquences possibles en termes de baisse de l’inflation ».

Même vigilance côté autrichien. Martin Kocher a estimé que l’appréciation de l’euro, si elle se poursuivait, pourrait contraindre la BCE à « réagir en termes de politique monétaire ». Autrement dit : le change pourrait devenir un paramètre plus déterminant que prévu dans les prochains arbitrages.

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