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samedi, mars 21, 2026
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Stellantis assume 22 milliards de charges et revoit sa stratégie électrique

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  • Après l’annonce de 22 milliards d’euros de charges et un plongeon du titre de 24,8%, le PDG de Stellantis, Antonio Filosa, rejette l’idée d’une scission ou d’une vente d’actifs.
  • Objectif : relancer la croissance en recentrant la stratégie sur les préférences des clients, avec un virage plus marqué sur l’électrique et un rendez-vous décisif lors de l’Investor Day du 21 mai.

   Le choc boursier est brutal et la défiance des marchés s’installe. Mais face aux spéculations grandissantes sur une possible cession de marques ou une scission du groupe, Antonio Filosa a tenu à verrouiller le message : Stellantis entend continuer à avancer comme un ensemble intégré, malgré des résultats jugés décevants.

« Stellantis est une entreprise mondiale très solide, fière de ses équipes régionales très implantées, a déclaré le patron italien, aux journalistes lors d’une conférence de presse. Il est donc tout à fait logique de rester unis. Nous souhaitons le rester pendant de nombreuses années encore. »

L’enjeu, pour le dirigeant, est de préserver la cohérence d’un groupe jeune — né en 2021 — tout en reconnaissant la nécessité d’une remise à plat stratégique dans un marché automobile en pleine reconfiguration.

22 milliards d’euros de charges : une restructuration et un virage assumé

Les déclarations du PDG interviennent quelques heures après l’annonce de charges massives de 22 milliards d’euros liées à une restructuration d’ampleur. Celle-ci comprend notamment l’abandon de certains projets d’électrification et le retour des moteurs V8 sur le marché américain, signe d’un rééquilibrage industriel plus offensif.

Antonio Filosa présente ce choix comme une inflexion majeure du modèle du groupe, destinée à remettre la demande au centre des décisions. Le dirigeant a qualifié ces décisions de « réorientation stratégique importante de notre modèle d’affaires, avec pour seul objectif de remettre les préférences de nos clients au cœur de nos activités à l’échelle mondiale et dans chaque région« .

Dans un contexte de recul des parts de marché, le patron de Stellantis revendique une priorité : reprendre l’initiative commerciale. Il a ajouté que « notre mission est de croître » après plusieurs années de recul des parts de marché.

Chute de l’action Stellantis : -24,8% et 6 milliards d’euros envolés

Vendredi vers 15 heures, le titre Stellantis affichait une baisse de 24,8%, soit la plus forte chute de la jeune histoire du groupe. En une séance, environ 6 milliards d’euros de capitalisation boursière se sont évaporés.

La sanction du marché s’explique par un cocktail explosif : prévisions jugées inférieures aux attentes, restructuration coûteuse et annonce d’une perte nette attendue pour 2025. Stellantis mise néanmoins sur un redressement dès 2026, avec un objectif de hausse du chiffre d’affaires d’environ 5% et une progression de la marge opérationnelle ajustée d’environ 1%.

Stellantis n’exclut pas explicitement un ajustement de son périmètre, dans un groupe qui compte 14 marques — dont Jeep, Ram, Chrysler, Fiat ou Alfa Romeo. Antonio Filosa n’a pas annoncé de vente, mais insiste sur une gestion plus fine, au plus près des attentes des marchés.

« Nous voulons gérer nos marques de manière à leur fournir les produits et les technologies que nos clients, qui sont désormais au cœur de notre recentrage stratégique, nous diront vouloir et dont ils ont besoin« , a-t-il déclaré.

Le message est clair : l’offre produit et la technologie ne doivent plus être dictées par une stratégie uniforme, mais par des usages et des préférences locales — notamment sur les motorisations.

Électrique : Stellantis opère un “réalignement” plus radical

Le groupe annonce une remise à plat de sa stratégie, avec des annulations de projets de véhicules électriques, des dépréciations de plateformes de production et “une réduction significative des prévisions” pour l’électrique. Antonio Filosa assume publiquement ce changement de tempo, estimant que Stellantis a surestimé la vitesse de bascule du marché.

Antonio Filosa a d’ailleurs reconnu, dans un communiqué que les lourdes charges « reflètent en grande partie le coût d’avoir surestimé le rythme de la transition énergétique, ce qui nous a éloignés des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs« .

Ce virage se lit aussi à travers le prisme américain. Les décisions du groupe s’inscrivent dans un environnement politique et réglementaire nettement moins favorable au véhicule électrique aux États-Unis, premier marché de Stellantis : suppression des crédits d’impôt allant jusqu’à 7.500 dollars et fin des amendes potentielles liées au non-respect de seuils d’émissions de CO₂.

Trésorerie et coûts : Citi alerte sur un “élément négatif majeur”

Au-delà du montant des dépréciations, les investisseurs surveillent de près la trajectoire de trésorerie. Citi souligne l’importance des sorties de cash prévues, un facteur perçu comme un signal négatif.

« Nos discussions avec les investisseurs ont révélé que, même si des dépréciations d’actifs étaient largement attendues, leur ampleur et la part importante des sorties de trésorerie (6,5 milliards d’euros), bien que réparties sur quatre ans auprès des fournisseurs, constituent un élément négatif majeur« , explique la banque Citi dans une note.

De son côté, Stellantis a livré des perspectives financières préliminaires pour 2026, anticipant une progression du chiffre d’affaires, du résultat opérationnel courant et de la génération de trésorerie, avec des améliorations attendues dès le premier semestre.

Le groupe dévoilera le détail de sa stratégie lors d’un Investor Day le 21 mai. Un moment crucial pour convaincre les marchés : clarification du cap sur l’électrique, discipline sur les coûts, priorités par régions et, surtout, démonstration que le recentrage “client” peut se traduire rapidement en volumes, marges et cash.

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