- Le géant français du transport maritime CMA CGM a publié des résultats 2025 solides malgré un bénéfice en recul, dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations des grandes routes maritimes.
- Le groupe se prépare désormais à une année 2026 incertaine, entre instabilité au Moyen-Orient et recomposition du commerce mondial
Le groupe CMA CGM, troisième armateur mondial de transport de conteneurs, a annoncé vendredi un bénéfice net de 2,4 milliards de dollars en 2025, soit un résultat divisé par deux par rapport à l’année précédente. Cette baisse s’explique notamment par le recul des prix du transport maritime, après les niveaux très élevés observés ces dernières années.
Malgré ce contexte moins favorable, le chiffre d’affaires du groupe a relativement bien résisté. Il recule de seulement 2% pour atteindre 54,4 milliards de dollars, selon un communiqué publié par l’entreprise basée à Marseille.
Le PDG du groupe, Rodolphe Saadé, estime que ces résultats témoignent de la résilience de l’entreprise face aux bouleversements du commerce mondial.
« Dans un environnement marqué par des incertitudes géopolitiques majeures, notre Groupe enregistre en 2025 des résultats solides, portés par le dynamisme de nos lignes maritimes », a-t-il déclaré.
L’année 2025 a été fortement marquée par les tensions internationales et les évolutions des politiques commerciales, qui ont profondément modifié les flux du commerce mondial. Dans son communiqué, CMA CGM souligne que « la poursuite des tensions géopolitiques et des évolutions en matière de droits de douane ont accru l’incertitude et influencé la réorganisation des flux du commerce mondial ».
Ces bouleversements affectent directement le transport maritime, pilier du commerce international, dans lequel le groupe français exploite plus de 700 porte-conteneurs sur les principales routes maritimes.
La mer Rouge et le détroit d’Ormuz sous haute tension
Les routes maritimes entre l’Asie et l’Europe restent particulièrement perturbées. Le passage par la mer Rouge et le canal de Suez, axe majeur du commerce mondial, est aujourd’hui largement évité par les navires marchands.
La menace d’attaques menées par les rebelles houthis, alliés de l’Iran, pousse les armateurs à détourner leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique. Cette route alternative rallonge considérablement les trajets et renchérit les coûts, notamment en carburant.
Trois navires de CMA CGM ont ainsi dû être déroutés cette semaine afin d’éviter le passage stratégique de Bab el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge.
À cette situation déjà tendue s’ajoute désormais le quasi-blocage du détroit d’Ormuz, dans le Golfe arabo-persique, attribué à l’Iran. Cette voie maritime est cruciale pour les flux énergétiques mondiaux, mais aussi pour le transport de conteneurs vers les grands hubs logistiques du Moyen-Orient, notamment le port de Dubaï.
Quatorze porte-conteneurs bloqués dans le Golfe
Les perturbations ont un impact direct sur les opérations du groupe. Selon les informations publiées sur son site internet, quatorze porte-conteneurs exploités par CMA CGM sont actuellement bloqués dans le Golfe arabo-persique.
Parmi eux figurent notamment Gregos, San Antonio, Everglade, Saigon ou encore Galapagos. Par ailleurs, sept autres navires – Nevada, Heng Hui 5, Don Pascuale, Vitoria, Zanzibar, Pikex Westerly et APL Cairo – ne parviennent pas à entrer dans le Golfe, en raison des restrictions et des tensions dans la zone.
Ces perturbations pourraient avoir des conséquences majeures sur l’équilibre du marché du transport maritime. « Les évolutions au Moyen-Orient, notamment en mer Rouge, constitueront des facteurs déterminants pour l’équilibre du marché et l’évolution des taux de fret en 2026« , prévient le groupe.
Des volumes transportés en hausse
Malgré ce contexte complexe, CMA CGM a enregistré une hausse de 2,8% des volumes transportés, atteignant 24,24 millions de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds), l’unité de référence dans le transport maritime.
Cette progression reste toutefois inférieure à celle du marché mondial, dont les volumes ont augmenté de 4,5% en 2025, pour atteindre 192,6 millions d’EVP, selon les données de Container Trade Statistics.
La division maritime du groupe a également vu son chiffre d’affaires reculer de 6,1%, à 34,28 milliards de dollars, tandis que sa marge brute d’exploitation a chuté de 7,8 points, reflet d’un environnement tarifaire moins favorable.
La diversification du groupe porte ses fruits
Face à la cyclicité du transport maritime, CMA CGM mise sur la diversification de ses activités pour renforcer sa résilience. Le groupe a notamment bénéficié d’un quasi-doublement du chiffre d’affaires de ses activités non maritimes, notamment la gestion de terminaux portuaires. Cette croissance a été stimulée par l’acquisition du terminal de Santos au Brésil, considéré comme le plus grand terminal à conteneurs d’Amérique du Sud.
Le développement du fret aérien et de la logistique contribue également à renforcer la flexibilité du groupe. « La montée en puissance de nos terminaux et du fret aérien, conjuguée à nos activités logistiques, confirme la pertinence de notre modèle, qui renforce notre agilité et nous permet d’ajuster nos opérations face aux cycles de l’industrie », souligne Rodolphe Saadé.
Priorité à la sécurité et à l’adaptation en 2026
Dans un contexte international toujours instable, la priorité du groupe reste la continuité de ses opérations et la sécurité de ses équipes.
« En 2026, dans un contexte de fortes tensions, notamment au Moyen-Orient, notre priorité est claire : protéger nos équipes et adapter nos opérations pour garantir à nos clients un service fiable et performant », affirme le PDG.
Le groupe entend également poursuivre ses investissements pour consolider sa position sur le marché mondial. « Nous poursuivons en parallèle notre développement, en continuant d’investir dans nos actifs industriels et dans le renforcement de notre réseau mondial », conclut Rodolphe Saadé.
Avec un commerce mondial toujours sous pression et des routes maritimes fragilisées par les tensions géopolitiques, l’année 2026 s’annonce comme un nouveau test pour le géant français du transport maritime.
