- Face à une surpopulation carcérale record et des conditions de détention alarmantes, Gérald Darmanin, nouveau garde des Sceaux, a affiché sa volonté de réformer en profondeur le système pénitentiaire français.
- En déplacement dans la Somme et l’Oise, Gérald Darmanin a promis une justice plus rapide et efficace, tout en s’engageant à améliorer les conditions de vie des détenus et des agents pénitentiaires. »
Pour son premier déplacement officiel en tant que garde des Sceaux, Gérald Darmanin s’est rendu ce mercredi 25 décembre au tribunal judiciaire d’Amiens (Somme) et au centre pénitentiaire de Liancourt (Oise). L’occasion pour le nouveau ministre de la Justice de marteler sa volonté de réformer en profondeur un système pénitentiaire français en pleine crise.
Dans un contexte marqué par une surpopulation record – plus de 80 000 détenus pour 62 000 places disponibles – Gérald Darmanin a insisté sur la nécessité d’une action rapide et résolue. « Nous allons nettoyer les prisons de toutes les difficultés que vivent les agents pénitentiaires. Ce sera difficile (…) mais j’y mettrai tous les moyens », a-t-il promis, après avoir rencontré les surveillants du centre pénitentiaire de Liancourt.
La situation des maisons d’arrêt est particulièrement alarmante, avec des taux d’occupation atteignant parfois 200 %. « Dans certaines prisons, il faut installer des matelas par terre », a rappelé le ministre. Ces conditions de détention, plusieurs fois condamnées par la Cour européenne des droits de l’homme, alimentent les tensions entre détenus et personnels pénitentiaires.
Repenser les petites peines et les prisons
Gérald Darmanin souhaite également modifier en profondeur l’approche des courtes peines, souvent jugées inefficaces. « Nous n’avons pas forcément besoin de prisons avec des miradors et des barbelés« , a-t-il déclaré. « On doit pouvoir faire des choses beaucoup plus à taille humaine, un peu partout sur le territoire national. »
Le ministre estime que les petites peines, souvent aménagées, doivent être exécutées pour renforcer leur rôle dissuasif. « Je suis très sensible à l’idée que les petites peines, des peines courtes, doivent être exécutées« , a-t-il souligné, tout en appelant à des infrastructures adaptées pour accueillir ces détenus.
Des critiques face à une « justice rapide et ferme »
Cette volonté d’accélérer l’exécution des peines ne fait pas l’unanimité. Matthieu Quinquis, président de l’Observatoire international des prisons (OIP), s’inquiète des conséquences d’une justice « rapide et ferme« . « L’exécution des peines, c’est de l’orfèvrerie« , a-t-il déclaré sur franceinfo. « C’est de l’individualisation pour que la peine ait un sens, pour qu’elle soit exécutée, pour qu’elle évite de nouvelles infractions et qu’elle favorise la réinsertion. »
Selon lui, la détention, en particulier pour des courtes peines, « a des conséquences désastreuses sur la vie des gens concernés » et constitue une « fabrique à récidive« . Matthieu Quinquis appelle à une réflexion approfondie sur les causes de la surpopulation carcérale, notamment l’usage abusif de la détention provisoire, qui concerne près d’un quart des détenus en France.
Des syndicats favorables à des peines courtes adaptées
Béatrice Brugère, secrétaire générale du Syndicat Unité Magistrats FO (SNMFO), soutient cependant l’idée de réformes structurelles. « Nous sommes tout à fait favorables à changer la manière dont on exécute les peines », a-t-elle affirmé sur franceinfo. Elle plaide pour la création de « peines ultra-courtes » destinées aux primo-délinquants et aux mineurs.
Selon elle, cette approche pourrait offrir une réponse « adaptée, proportionnelle et efficace« , à condition d’accompagner ces peines de nouveaux établissements et d’une révision des lois actuelles sur l’aménagement des peines.
Des moyens renforcés pour une justice plus rapide
Gérald Darmanin a également réclamé une augmentation du budget alloué à la justice. « Cette rapidité [de la justice], elle passe par plus d’effectifs, plus de greffiers bien évidemment, et plus de magistrats« , a-t-il déclaré. Il a précisé qu’il s’entretiendrait dès lundi prochain avec Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, pour obtenir les financements nécessaires, tout en promettant de rester « raisonnable » face aux contraintes budgétaires.
Un défi colossal pour un système en crise
Le chantier de la réforme carcérale reste immense. Bien qu’Emmanuel Macron ait promis la création de 15 000 nouvelles placesde prison d’ici 2027, cet objectif ne sera atteint qu’à 40 % au mieux, selon les projections. « Nous devons penser autrement les prisons« , a déclaré Gérald Darmanin, qui imagine des structures plus petites et mieux réparties sur le territoire.
