- Le projet de loi de finances pour 2025, adopté au Sénat le 23 janvier, continue de diviser profondément la classe politique.
- À quelques jours de la commission mixte paritaire (CMP) prévue le 30 janvier, les tensions restent vives entre le gouvernement et les oppositions, notamment à gauche.
Sur 322 voix exprimées, le projet de budget 2025 a été adopté par 217 sénateurs contre 105. Les groupes LR, Union centriste, RDPI (Renaissance) et Les Indépendants ont soutenu le texte, tandis que les groupes de gauche (PS, communiste et écologiste) et les sénateurs RN ont voté contre. Une majorité des membres du groupe RDSE s’est abstenue, reflétant des désaccords internes.
« Nous allons nous opposer et voter contre », a martelé Laurence Rossignol, sénatrice socialiste du Val-de-Marne, sur franceinfo. Elle a dénoncé « une stratégie gouvernementale qui favorise les uns et défavorise tous les autres ».
Des coupes budgétaires contestées
Le gouvernement, déterminé à ramener le déficit public à 5,4 % du PIB en 2025, a introduit plusieurs amendements de dernière minute pour réduire les dépenses de nombreux ministères. Parmi les mesures les plus marquantes, on note une réduction de 800 millions d’euros sur l’aide au développement, un milliard d’euros de coupes dans les budgets du logement et de l’écologie, 600 millions d’euros de moins pour la recherche et l’enseignement supérieur, ainsi qu’une diminution des crédits alloués au sport.
Ces mesures ont suscité l’indignation des sénateurs socialistes. « Les socialistes ont fait preuve d’une véritable volonté de travailler et d’avancer », a assuré Laurence Rossignol. Mais, selon elle, « le gouvernement hésite, revient sur des engagements, il biaise avec des nouvelles idées, des nouvelles coupes dans les budgets. Pour le moment, nous considérons que le compte n’y est pas. »
Un gouvernement en quête de compromis
Malgré les critiques, les membres du gouvernement se félicitent des compromis trouvés avec les parlementaires. « Nous savons tous ici que le budget est attendu », a déclaré Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, après l’adoption du texte au Sénat.
Elle a insisté sur les ajustements réalisés pour préserver certains équilibres budgétaires : « Les collectivités territoriales vont participer à l’effort collectif de redressement, mais l’investissement local est bien préservé. » Les efforts demandés aux collectivités territoriales ont ainsi été réduits de 5 à 2,2 milliards d’euros.
Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a pour sa part souligné l’importance de ce budget pour restaurer les finances publiques : « Ce budget marque le début de la réduction d’une phase de déficit excessif. » Selon lui, le déficit pour 2024, initialement prévu à 6,1 %, devrait finalement s’établir autour de 6 %, une « rare bonne nouvelle » dans le domaine budgétaire.
Un appel à la responsabilité
Alors que la CMP s’annonce cruciale, Jean-François Husson, rapporteur général du budget (LR), a appelé à la responsabilité des parlementaires : « C’est l’avenir de notre pays qui se joue. Avec une France affaiblie, une Allemagne en difficulté, c’est le tandem à l’origine même de la construction européenne qui s’affaiblit. »
Michel Canevet, sénateur centriste, a également exprimé ses inquiétudes face à l’augmentation des intérêts de la dette publique, qui risque de limiter les marges de manœuvre de l’État : « Nous avions plaidé pour une hausse de 2 points de TVA, plutôt que d’augmenter de façon exceptionnelle le taux d’impôts sur les sociétés. »
Un défi politique majeur
À quelques jours de la CMP, le gouvernement devra convaincre pour éviter une impasse. Les sénateurs socialistes ont annoncé qu’ils voteraient contre le texte en l’état, mais espèrent encore réintégrer leurs priorités lors des négociations.
Comme l’a rappelé Éric Lombard, le défi est de taille : « Nous souhaitons privilégier la baisse des dépenses plutôt qu’une augmentation d’impôts. Ce n’est pas seulement pour respecter les règles européennes, mais pour l’avenir de notre pays. »
La CMP du 30 janvier sera donc déterminante pour sceller le sort du budget 2025, et avec lui, l’avenir des finances publiques françaises.
