- Depuis la pandémie de Covid-19, le télétravail s’est imposé comme une nouvelle norme pour de nombreux salariés. En 2023, il concernait 26 % des travailleurs en France.
- Si cette pratique offre de nombreux avantages tels que l’autonomie, la réduction des trajets domicile-travail et une meilleure conciliation entre vie personnelle et professionnelle, elle présente également des risques, notamment pour les femmes.
Le télétravail représente-t-il une opportunité ou un facteur d’inégalités ? Selon une étude de la Dares (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Stratégies, ministère du Travail) « le télétravail a tendance à augmenter la charge mentale des femmes » en raison des exigences familiales et professionnelles qui se superposent. L’étude précise en préambule que « cette pratique favorise l’autonomie, réduit les trajets domicile-travail et peut améliorer la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle« , mais souligne aussi que « la réassignation des femmes aux tâches domestiques constitue un risque majeur dans le cadre du télétravail« .
Une étude américaine citée par la Dares met en évidence un niveau de stress plus élevé chez les mères en télétravail, contraintes de gérer simultanément travail et tâches domestiques. Ce constat se vérifie également en France, où « les télétravailleuses ayant un enfant de moins de trois ans à charge sont davantage préoccupées par la gestion quotidienne du foyer pendant les horaires de travail« .
Un partage inégal du travail domestique
L’étude souligne un phénomène paradoxal : « souhaiter télétravailler pour mieux gérer le travail domestique mais se retrouver dans la situation où le travail domestique s’impose davantage« .
« Elles auront tendance à faire davantage de tâches ménagères et faire leur travail rémunéré en décalé, même si cela suppose de ne pas faire de pauses ou de brouiller les frontières« , précise l’étude.
Les risques psychosociaux du télétravail
Le télétravail peut engendrer une distanciation des relations sociales, en éloignant physiquement les salariés de leurs collègues et de leur hiérarchie. « Cette distanciation peut fragiliser le collectif de travail et isoler les individus, rendant la communication et la coordination plus complexes au sein des entreprises« , alerte la Dares. L’isolement professionnel peut ainsi nuire à la dynamique collective et renforcer le sentiment d’exclusion.
L’intensification du travail est un autre effet néfaste du télétravail. Sans cadre fixe, certains salariés éprouvent des difficultés à poser des limites entre leur vie personnelle et professionnelle.
« Les salariés peuvent ainsi se sentir obligés de travailler davantage pour prouver leur engagement, ce qui est susceptible d’entraîner une surcharge mentale et un épuisement professionnel« , observe la Dares.
Ce phénomène est encore plus marqué chez les femmes, souvent contraintes de multiplier les tâches domestiques en parallèle.
Enfin, la porosité entre les sphères professionnelle et personnelle complique l’articulation des temps de vie. « Le télétravail est associé à une augmentation des reproches, des tensions et des violences domestiques« , indique l’étude. Ce constat souligne l’impact psychologique négatif que peut engendrer cette organisation du travail, en particulier dans les foyers où les responsabilités domestiques sont inégalement réparties.
Des disparités selon les catégories professionnelles
L’accès au télétravail est loin d’être uniforme selon les professions. Selon l’Insee, « plus d’un salarié du secteur privé sur cinq (22%) fait du télétravail au moins une fois par mois« . Mais cette pratique reste l’apanage des catégories socioprofessionnelles les plus favorisées.
Ainsi, « près de deux tiers des cadres et des salariés des professions intellectuelles supérieures ont recours au télétravail (63%), en moyenne 1,9 jour par semaine« . En revanche, le télétravail est bien moins répandu parmi les professions intermédiaires et les employés, qui sont respectivement 22 % et 10 % à en bénéficier, et le pratiquent à raison de 1,6 et 1,9 jour par semaine.
« Les ouvriers, assez logiquement, se trouvent exclus de ces dispositifs« , précise l’étude. Ces écarts traduisent une inégalité d’accès au télétravail, largement dépendante du type d’activité exercée.
L’étude conclut que « le télétravail met alors en lumière le partage inégal du travail domestique entre les deux membres du couple et la difficulté des femmes à concilier les sphères privée et professionnelle« .
