- Donald Trump a porté un nouveau coup aux relations commerciales sino-américaines en annonçant une surtaxe record de 145 % sur les produits chinois importés.
- Pékin réplique et intensifie ses démarches pour réorienter ses exportations, notamment vers l’Europe.
- Tandis que Bruxelles s’efforce de maintenir un équilibre fragile, l’Union européenne se retrouve plus que jamais au cœur d’un affrontement économique mondial.
Donald Trump a relancé mercredi la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine en annonçant un nouveau tour de vis tarifaire sur les produits chinois importés. Déjà portés à 125 %, ces droits de douane culminent désormais à 145 %, un niveau inédit dans l’histoire des relations commerciales entre les deux puissances.
L’ancien président américain, en campagne pour la présidentielle de 2024, justifie cette escalade par la nécessité de protéger l’économie américaine face à ce qu’il qualifie d’« unfair trade practices » (pratique commerciale déloyale) chinoises. Un message qui continue de séduire une partie de l’électorat industriel.
Pékin hausse le ton : “Nous nous battrons jusqu’au bout”
La réponse chinoise ne s’est pas fait attendre. Vendredi 11 avril, Pékin a à son tour annoncé une hausse de ses propres droits de douane sur les produits américains, les portant également à 125 %. Une surenchère tarifaire qui illustre la détérioration rapide des relations économiques entre les deux plus grandes puissances mondiales.
Dans un communiqué diffusé par le ministère chinois des Finances, la Commission des droits de douane du Conseil des affaires d’État a dénoncé l’attitude américaine, accusant Washington de violer « gravement les règles du commerce international » et de recourir à une politique unilatérale d’intimidation et de coercition. Selon un média d’État chinois, une procédure a été lancée auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
L’enjeu est de taille : la Chine, dont la croissance repose encore largement sur les exportations, voit son principal marché extérieur se fermer brutalement. Un coup dur à l’heure où l’économie chinoise peine à retrouver son rythme d’avant pandémie.
L’Europe, prochaine étape stratégique pour Pékin
Face au raidissement américain, la Chine cherche désormais à réorienter ses flux commerciaux. Et c’est vers l’Europe que se tournent les regards de Pékin. Vendredi, en marge d’une visite officielle, le président Xi Jinping a appelé l’Union européenne à former un front commun contre les pressions américaines.
« La Chine et l’UE doivent résister ensemble à toute coercition unilatérale », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, selon l’agence Chine nouvelle. L’appel intervient dans un contexte de rapprochement diplomatique prudent entre Bruxelles et Pékin, marqué par une série d’échanges bilatéraux ces dernières semaines.
Pedro Sanchez plaide pour une coopération équilibrée
Lors d’une conférence de presse conjointe, Pedro Sanchez a souligné l’importance de ne pas laisser les tensions sino-américaines dégrader le dialogue économique entre la Chine et l’Europe.
« Nous devons corriger notre déficit commercial avec Pékin, mais sans compromettre le potentiel de nos relations », a affirmé Pedro Sanchez
Ce déficit reste un sujet sensible à Bruxelles, où les voix s’élèvent contre l’afflux de produits chinois à bas coût, notamment dans les secteurs de l’électronique et de l’automobile.
Le spectre des voitures électriques chinoises
Parmi les points de tension les plus vifs : la montée en puissance des véhicules électriques chinois. Pékin souhaite faciliter leur entrée sur le marché européen, mais Bruxelles redoute une concurrence déloyale vis-à-vis de ses propres constructeurs.
« L’enjeu, c’est d’éviter un déferlement de véhicules ou d’équipements bon marché », explique à TF1info Mary-Françoise Renard, économiste et spécialiste de la Chine à l’Université Clermont-Auvergne. Selon elle, la stratégie européenne s’oriente plutôt vers l’encouragement aux investissements chinois, à condition que ces derniers génèrent de la valeur ajoutée locale et s’accompagnent de transferts technologiques.
Un équilibre à trouver pour l’UE
Dans ce contexte, l’Union européenne marche sur une ligne de crête. D’un côté, elle ne souhaite pas se laisser instrumentaliser par Pékin dans son bras de fer avec Washington. De l’autre, elle ne peut ignorer l’enjeu économique que représente un partenariat plus équilibré avec la Chine.
L’avantage institutionnel de l’Europe réside dans sa politique commerciale centralisée, gérée par la Commission européenne. Cela permet, en théorie, d’éviter les divisions entre États membres. Mais Pékin — comme Washington — sait aussi jouer des failles européennes.
Alors que les tensions commerciales entre Washington et Pékin prennent une nouvelle ampleur, l’Union européenne se retrouve dans une position charnière. Ni totalement alignée avec les États-Unis, ni prête à céder aux sirènes chinoises, elle tente de préserver ses intérêts économiques tout en maintenant un cap diplomatique équilibré.
Entre surenchère tarifaire, relocalisations stratégiques et alliances fragiles, le commerce mondial entre dans une ère d’incertitude prolongée — où l’Europe pourrait bien jouer les arbitres… ou les dommages collatéraux.
