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Assassinat d’Aboubakar Cissé : les avocats saisissent la justice pour “assassinat à caractère terroriste”

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Affaire Aboubakar Cissé : la famille du jeune homme poignardé dans une mosquée du Gard réclame la requalification en acte terroriste, pointant une réponse judiciaire insuffisante.

Une semaine après le meurtre d’Aboubakar Cissé dans une mosquée à La Grand-Combe (Gard), la famille du jeune homme dénonce la qualification judiciaire des faits et annonce le dépôt d’une plainte pour “assassinat aggravé à caractère terroriste”.

Le 25 avril dernier, Aboubakar Cissé, un jeune Malien de 21 ans, a été sauvagement poignardé à mort alors qu’il se trouvait en prière dans la mosquée de La Grand-Combe. Tué de “plusieurs dizaines de coups de couteau”, selon les premiers éléments de l’enquête, le drame a suscité une vive émotion, mais également une profonde incompréhension face au traitement judiciaire de l’affaire.

Ce vendredi 2 mai, les avocats de la famille, Me Yassine Bouzrou et Me Mourad Battikh, annoncent avoir déposé une plainte avec constitution de partie civile pour “assassinat aggravé à caractère terroriste” au nom du frère de la victime, Yoro Cissé. Leur objectif : pousser la justice à requalifier les faits, alors que le Parquet national antiterroriste (PNAT) a jusqu’ici refusé de se saisir du dossier.

« Cette plainte va permettre que des magistrats indépendants se prononcent sur la qualification de terrorisme dans ce dossier, car jusqu’à maintenant seuls des procureurs soumis au pouvoir hiérarchique du ministre ont été amenés à se prononcer », affirment-ils dans une déclaration commune.

« Le parquet national antiterroriste semble exclure la possibilité qu’un attentat puisse avoir lieu dans une mosquée, c’est scandaleux. », ajoute la même source

Une vidéo insoutenable, un mobile revendiqué

Le jour des faits, le parquet d’Alès avait ouvert une enquête pour “homicide volontaire”, avant que le parquet de Nîmes ne requalifie les poursuites trois jours plus tard en “meurtre avec préméditation et à raison de la race ou de la religion”. Pourtant, malgré les éléments accablants, le PNAT ne s’est toujours pas saisi de l’affaire.

Une vidéo filmée par le principal suspect, Olivier H., et consultée par les conseils de la famille, apporte pourtant un éclairage glaçant.

« Sur les images, Olivier H. exhibe la baïonnette avec laquelle il vient de commettre les faits, alors que Monsieur Cissé est au sol agonisant », décrivent Me Bouzrou et Battikh.

L’homme y revendique son acte en tenant des propos insultants envers Allah et la victime.

 « Cette vidéo a été publiée par l’auteur des faits sur Snapchat afin qu’elle soit largement diffusée sur les réseaux sociaux », précisent-ils, ajoutant qu’« il manifeste également sa volonté de faire d’autres victimes ».

Dans leur plainte, les avocats insistent sur la dimension clairement terrorisante de l’acte. Ils évoquent l’“acharnement” de l’auteur présumé et le “mode opératoire” destiné à effrayer.

« Au regard des circonstances des faits, il est incompréhensible que le caractère terroriste de cet assassinat n’ait pas été retenu dans la qualification juridique », affirment-ils. C’est la raison pour laquelle Monsieur Yoro Cissé a décidé de déposer une plainte. »

Une réponse politique critiquée

L’affaire a également pris une tournure politique. Sur CNews, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau avait justifié son absence de contact avec les proches de la victime par le statut administratif du défunt.

« Aboubakar Cissé était en situation irrégulière. C’est difficile de retrouver la famille (…) sa famille est pour partie en Afrique », avait déclaré Bruno Retaiileau.

Des propos jugés “malhonnêtes” par Me Mourad Battikh, invité le 1er mai de l’émission Quotidien sur TMC. « Je n’ai pas les moyens du ministre de l’Intérieur, je n’ai pas les prérogatives qu’il a, et j’ai réussi sans aucune difficulté à entrer en contact avec tout le monde », a-t-il répondu, estimant qu’« il s’agit d’un argument fallacieux ».

Un rassemblement contre l’islamophobie

Le meurtre d’Aboubakar Cissé a bouleversé une partie de l’opinion. Le jeudi 1er mai, à l’approche des manifestations pour la Fête des travailleurs, plus d’un millier de personnes se sont réunies à Paris pour lui rendre hommage et dénoncer l’islamophobie.

Dans une déclaration, Me Battikh déplore que l’absence de prise en charge par le PNAT empêche une analyse de fond.

« Cette non-saisie empêche de faire une introspection nationale. Si ce n’est pas le Pnat qui se saisit, c’est que c’est un fait divers, un dossier parmi les autres. », déplore-t-il.

Né en 2003, Aboubakar Cissé avait fui le Mali pour chercher refuge en France. Son assassinat, survenu dans un lieu de culte, interroge à la fois sur le traitement judiciaire des crimes motivés par la haine et sur la reconnaissance institutionnelle de l’islamophobie.

Alors que l’auteur présumé attend son extradition, la famille Cissé espère que leur plainte permettra à la justice d’ouvrir une enquête à la hauteur de la gravité des faits.

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