- Face aux critiques et aux résistances internes, Rachida Dati persiste et signe : la réforme de l’audiovisuel public aura lieu.
- Objectif affiché : une gouvernance unifiée, une stratégie numérique renforcée et un service public plus inclusif, capable de rivaliser avec les plateformes privées.
- Au cœur du dispositif, la création de France Médias, future holding chapeautant Radio France, France Télévisions et l’INA.
La ministre de la Culture, Rachida Dati, a réaffirmé mercredi 7 mai sur France Inter sa détermination à faire passer la réforme de l’audiovisuel public. Prévu pour juin à l’Assemblée nationale, le texte propose la création d’une holding baptisée France Médias, destinée à unifier la gouvernance des principales entités audiovisuelles publiques.
« Je suis déterminée », a lancé Rachida Dati dès l’ouverture de son interview sur France Inter. La réforme qu’elle défend vise à regrouper France Télévisions, Radio France et l’INA (Institut national de l’audiovisuel) sous une même entité, France Médias, pilotée par un président unique.
Une organisation destinée, selon elle, à renforcer l’efficacité et la stratégie de l’audiovisuel public, à l’heure où les groupes privés et les plateformes numériques « se structurent de plus en plus et peuvent être des enjeux d’influence ».
Un projet repoussé mais inchangé
Initialement prévu pour avril, l’examen du texte à l’Assemblée a été repoussé en raison d’un calendrier parlementaire chargé. Il devrait finalement avoir lieu « sans doute en juin », a précisé la ministre. « Y renoncer ? Sûrement pas », a-t-elle insisté, affirmant que « la détermination du président de la République et du Premier ministre est également intacte ».
Une réforme pour "sauver ce service public"
Face aux critiques des syndicats et aux craintes exprimées en interne, notamment concernant l’indépendance des entités, Rachida Dati se veut rassurante. « Il n’y aura pas de disparition des entités », promet-elle. La ministre admet toutefois que des évolutions sont à prévoir, notamment « sur le numérique, qui va prendre toute sa place », soulignant que « l’audiovisuel public n’est aujourd’hui pas au niveau ».
Pour justifier l’ampleur du projet, elle évoque une nécessité urgente de modernisation : « Cette réforme est nécessaire pour sauver ce service public de l’audiovisuel », avance-t-elle.
Des critiques qu'elle juge caricaturales
Rachida Dati déplore également le ton des opposants. « Il faut arrêter de caricaturer cette réforme en disant que c’est une réforme d’extrême droite, voilà la manière dont Madame [Sibyle] Veil [la] présente », a-t-elle dénoncé, indiquant avoir appelé la présidente de Radio France pour lui faire part de ses reproches.
Selon elle, cette vision réductrice empêche de prendre la mesure des enjeux : « Cette réforme commence à faire consensus, malgré aussi la caricature qu’on en fait », assure-t-elle.
Une réforme pour des médias moins élitistes
Interrogée sur les bonnes performances d’audience du service public, notamment celles de Radio France, la ministre a reconnu qu’elles étaient « bonnes, oui, mais chez qui ? ». Et de poursuivre, en pointant une fracture sociologique croissante : « Vous avez les détails ? Plus les jeunes, plus les classes populaires. Ça devient un club, les CSP+ et plus âgés. C’est une réalité, c’est comme ça. »
Elle déplore la perte d’ancrage populaire de certains médias publics, évoquant même un souvenir personnel : « Je regrette que le petit poste de radio qu’on écoutait sur des chantiers quand mon père était maçon… Le maçon aujourd’hui n’écoute peut-être pas France Inter, et je le regrette. »
Une gouvernance unique pour une stratégie convergente
Le projet de France Médias, validé en première lecture au Sénat en 2023, vise donc à instaurer une « gouvernance unique » et une « stratégie convergente et puissante », selon les termes de la ministre. Objectif : faire en sorte que l’audiovisuel public puisse « résister » à la pression des plateformes en ligne, à travers « des investissements massifs » et une offre qui s’adresse « à tout le monde et sur tout le territoire ».
Et si les chiffres actuels de fréquentation des plateformes de Radio France sont encourageants — avec près de 27,6 millions de visiteurs uniques mensuels et 47 % des podcasts téléchargés en France issus de ses programmes —, la ministre estime que ce n’est pas suffisant : « Il y a des métiers qui vont évoluer, de la transformation qui va survenir. »
En quête d’un nouveau souffle
En définitive, la réforme défendue par Rachida Dati veut rompre avec ce qu’elle perçoit comme une forme d’entre-soi médiatique et offrir un service public plus moderne, plus numérique, et surtout plus représentatif.
« L’audiovisuel public, pour moi, doit s’adresser à tout le monde et sur tout le territoire », a-t-elle martelé, réaffirmant une nouvelle fois sa volonté d’aller au bout d’un projet qu’elle qualifie de salutaire.
