Face au coût croissant de la protection sociale et à la baisse des actifs, Emmanuel Macron et Amélie de Montchalin relancent le débat sur une réforme structurelle : allégement des charges, TVA sociale, et meilleure répartition de l’effort.
Lors de son intervention télévisée sur TF1, mardi 13 mai, Emmanuel Macron a mis sur la table une réforme de fond du modèle social français, provoquant des échanges tendus avec Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Le président de la République a notamment exprimé le besoin de « repenser un système vieux de 80 ans », qu’il estime « reposer beaucoup trop sur le travail ».
Macron veut « mieux rémunérer le travail »
Face à une représentante syndicale particulièrement combative, le chef de l’État a voulu marquer une inflexion : ouvrir une conférence entre partenaires sociaux, ce qu’il s’était jusqu’ici refusé à faire. L’objectif affiché : rééquilibrer le financement de la protection sociale.
« Le travail doit mieux rémunérer », a affirmé Emmanuel Macron, avant de pointer du doigt un écart devenu trop important entre le coût du travail pour les entreprises et le revenu net pour les salariés. « Il faut alléger ce qui pèse sur le travail », a-t-il insisté.
Cotisations, brut/net : une équation coûteuse
Le président a mis en évidence le rôle central des cotisations sociales patronales et salariales dans cette distorsion.
« Elles entraînent une différence importante entre le salaire brut payé par l’employeur et le salaire net perçu par le salarié. », a affirmé Emmanuel Macron.
Cette problématique structurelle, qui pénalise à la fois les entreprises et les employés, fait désormais l’objet de réflexions ouvertes sur les formes de travail et leur financement.
Une TVA sociale dans le viseur ?
Face à cette impasse, la TVA sociale refait surface. L’idée, évoquée par Sophie Binet durant le débat, consisterait à augmenter la taxe sur la consommation pour financer la protection sociale, en échange d’une baisse des charges sur les salaires.
Une solution déjà soutenue dans le passé par l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire, et récemment défendue par le Medef, qui proposait une hausse d’un point de la TVA, de 20 % à 21 %, afin de consolider le modèle social.
Avec ses quatre taux (2,1 %, 5,5 %, 10 % et 20 %), la TVA française reste inférieure à la moyenne européenne, offrant une marge potentielle pour une telle réforme. Mais cette piste divise, notamment en raison de ses effets potentiels sur le pouvoir d’achat des ménages modestes.
Amélie de Montchalin : « Les travailleurs français en ont ras-le-bol »
Invitée sur RMC le lendemain de l’émission présidentielle, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a confirmé la volonté du gouvernement de mieux récompenser le travail.
« Comment, quand on travaille en France, on gagne plus ? Comment ça fait plus sur la feuille de paie à la fin du mois ? », s’est-elle interrogée, qualifiant le sujet de « débat essentiel ».
Tout en soulignant que la santé, la retraite et la politique familiale sont « notre fierté », la ministre n’a pas caché l’impasse financière actuelle.
« Il y a 80 ans, c’était financé par une population très nombreuse et très jeune. Aujourd’hui, on est de moins en moins nombreux à travailler par rapport à la population. », a-t-elle indiqué.
Et d’ajouter :« On finance de moins en moins nombreux des dépenses de plus en plus grandes. ». La ministre illustre le système actuel par une comparaison :« Si vous êtes un jeune au SMIC, pour avoir 100 euros de plus à la fin du mois, ça coûte 200 euros à votre patron. Les gens ne s’y retrouvent pas, les travailleurs français en ont ras-le-bol. », explique -t-elle.
La ministre a rappelé que le modèle social actuel repose sur une base démographique aujourd’hui dépassée, avec « de moins en moins d’actifs pour financer une population de plus en plus nombreuse ».
« On est moins nombreux à financer des dépenses de plus en plus grandes. », a-t-elle indiqué. Pour illustrer l’incohérence du système, la ministre prend l’exemple d’un jeune salarié au SMIC : « Pour 100 euros nets en plus, ça coûte 200 euros à l’employeur. Les travailleurs n’en peuvent plus. »
Si la TVA sociale peut sembler séduisante pour améliorer le net des salariés, elle reste une option parmi d’autres. « Il n’y a pas de solution magique. (…) Il existe plein d’autres solutions. », a précisé Amélie de Montchalin
