- L’Union européenne a adopté le 27 mai le programme SAFE, un plan d’investissement sans précédent de 150 milliards d’euros pour stimuler l’industrie européenne de la défense.
- Cette initiative, qui vise à mutualiser les achats d’armement, pourrait marquer un tournant dans la souveraineté militaire du continent.
L’Union européenne (UE) a franchi un cap historique, mardi 27 mai, en adoptant définitivement le programme SAFE (Security Action for Europe), un plan d’investissement massif de 150 milliards d’euros destiné à renforcer ses capacités d’armement. Cet accord, soutenu par 26 des 27 États membres, vise à mutualiser les achats dans un contexte géopolitique tendu, marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Un programme pour combler les lacunes européennes
Face aux défis sécuritaires, SAFE entend stimuler la production d’armements européens, notamment dans les secteurs jugés stratégiques : missiles, munitions, drones, et systèmes de défense anti-aérienne.
« Plus nous investissons dans notre sécurité, plus nous dissuadons ceux qui nous veulent du mal », a commenté la présidence polonaise de l’UE, qui porte actuellement ce dossier.
Ce plan d’envergure, le premier du genre à l’échelle de l’Union, prévoit de financer des projets communs à hauteur de 150 milliards d’euros. Il s’inscrit dans un cadre plus large dévoilé par la Commission européenne en mars dernier, visant à mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros pour réarmer le continent.
Une Europe plus autonome et inclusive
Dans un contexte où une grande partie des achats d’armement européens sont réalisés hors du continent – principalement aux États-Unis – SAFE entend favoriser l’essor de l’industrie européenne de la défense. Au moins 65 % des composants des projets financés devront être d’origine européenne. Les 35 % restants pourront provenir de partenaires externes, mais sous conditions strictes.
Pour éviter toute prise de contrôle à distance, une autorité centrale sera mise en place afin de surveiller et garantir l’indépendance des équipements. « L’Europe de la défense avance », a salué Benjamin Haddad, ministre délégué français chargé de l’Europe, tout en soulignant que cette avancée n’est qu’« une étape » vers une plus grande souveraineté.
Une coopération élargie au-delà de l’UE
Le programme SAFE est ouvert à des pays non membres, tels que la Norvège et l’Ukraine, signataires d’accords de sécurité avec l’Union. Un accord similaire a été conclu récemment entre l’UE et le Royaume-Uni, permettant une collaboration future renforcée. Les premiers financements pourraient être débloqués d’ici la fin de l’année.
Cette décision intervient alors que les dépenses de défense des États européens ont bondi de plus de 30 % au cours des trois dernières années, sous l’effet de la guerre en Ukraine. « Ce n’est qu’un début », prévient-on à Bruxelles, où la mobilisation pour une Europe plus forte et autonome sur le plan militaire prend désormais une dimension concrète.
