- La directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, estime que l’Europe dispose des capacités nécessaires pour sécuriser son approvisionnement gazier l’hiver prochain.
- Le conflit au Moyen-Orient continue toutefois d’alimenter une forte volatilité des prix sur les marchés énergétiques européens.
La direction d’Engie se veut rassurante sur la sécurité énergétique de la France pour l’hiver prochain. Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, Catherine MacGregor affirme qu’« il n’y a pas d’inquiétude sur un risque de pénurie cet hiver », malgré l’enlisement du conflit au Moyen-Orient et les tensions persistantes sur les marchés du gaz.
La dirigeante du groupe énergétique prévient toutefois que l’environnement reste extrêmement instable. « Nous nous attendons à de la volatilité sur les prix », souligne-t-elle, alors que les cours du gaz européen demeurent sous pression depuis le début de la guerre en février.
Les marchés européens du gaz durablement sous tension
Le conflit au Moyen-Orient a ravivé les inquiétudes des marchés sur les capacités d’approvisionnement mondiales en gaz naturel liquéfié (GNL). Avant le déclenchement des hostilités, le gaz s’échangeait autour de 30 à 32 euros le mégawattheure (MWh) sur le marché de référence européen TTF.
En quelques séances seulement, les cours ont bondi entre 45 et 60 euros le MWh, avec une pointe temporaire à 65 euros. Une progression spectaculaire qui reflète les craintes des opérateurs face à un éventuel durcissement des tensions géopolitiques dans une région stratégique pour les flux énergétiques mondiaux.
Selon Catherine MacGregor, les prix se sont depuis partiellement stabilisés. « Pour l’heure, les prix se sont stabilisés entre 40 et 50 euros du mégawattheure en Europe », précise-t-elle. Les niveaux restent néanmoins sensiblement supérieurs à la moyenne observée en 2025, qui s’établissait autour de 35 euros.
Une hausse déjà perceptible pour les consommateurs français
Cette remontée des cours commence à se traduire dans les factures des ménages français. Depuis le 1er mai, le prix de référence du gaz a progressé de 15,4 %, selon les données du marché. Près de 7,5 millions de foyers ayant souscrit une offre indexée sur ce tarif de référence — soit environ 73 % des abonnés résidentiels au gaz — sont concernés par cette évolution.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime que ces ménages subiront une hausse moyenne de 6,19 euros TTC sur leur facture mensuelle en mai.
Cette nouvelle poussée tarifaire intervient dans un contexte où la question énergétique reste particulièrement sensible pour les ménages européens, déjà confrontés à un environnement inflationniste et à un ralentissement économique.
Un équilibre de marché encore très fragile
Pour Engie, l’évolution des prix au cours des prochains mois demeure largement imprévisible. La trajectoire du conflit, les conditions météorologiques hivernales ou encore le niveau de la demande asiatique pourraient modifier rapidement l’équilibre du marché.
« Il est très difficile de se prononcer sur les niveaux de prix que nous pourrions avoir cet hiver car cela dépend de nombreux facteurs : la durée du conflit, les conditions météorologiques, la demande en Asie, l’élasticité de cette demande avec la possibilité d’un recours plus accru au charbon ou encore la demande en Europe et la résistance de l’économie à ce nouveau choc », explique Catherine MacGregor.
Le marché européen reste particulièrement exposé à la concurrence asiatique sur les cargaisons de GNL, devenues essentielles depuis la réduction des approvisionnements russes.
Le remplissage des stocks au cœur de la stratégie européenne
Dans ce contexte, le niveau des réserves stratégiques apparaît comme un indicateur central de sécurité énergétique pour l’hiver prochain. « Ce qui importe, c’est notre capacité à remplir les stocks à des niveaux satisfaisants », insiste la directrice générale d’Engie.
Les stocks européens et français affichent actuellement un taux de remplissage d’environ 35 %. Un niveau inférieur à celui observé à la même période en 2025 — 41 % en Europe et 45 % en France — mais que le groupe considère comme « conforme aux moyennes au cours des dernières années ».
À l’approche de l’hiver, les marchés continueront donc de surveiller étroitement la dynamique de stockage européenne, dans un environnement géopolitique qui reste particulièrement volatil.
