- À l’issue de sa mission de consultation de 2025, le FMI dresse un bilan globalement positif de l’économie algérienne.
- Si la baisse de l’inflation, la stabilité du système bancaire et les réformes engagées sont saluées, l’institution appelle toutefois à une vigilance accrue face à un déficit budgétaire en nette hausse.
À l’issue de sa mission de consultation 2025 en Algérie, le Fonds monétaire international (FMI) a rendu un avis encourageant sur l’état de l’économie algérienne. Lors d’une conférence de presse tenue à Alger, lundi, le chef de mission, Charalambos G. Tsangarides, a souligné que « les perspectives à court terme de l’économie algérienne restent globalement positives », et ce, malgré un environnement international marqué par de fortes incertitudes.
L’économie algérienne montre une résilience notable, appuyée par la solidité de ses fondamentaux macroéconomiques. La croissance globale s’est toutefois légèrement repliée, passant de 4,1 % en 2023 à 3,6 % en 2024, principalement en raison de la baisse de production décidée par les pays de l’OPEP+. Mais l’activité hors hydrocarbures est restée dynamique, enregistrant une progression de 4,2 %.
La mission du FMI note également une amélioration des équilibres extérieurs, une maîtrise de l’inflation et une stabilité du système bancaire. Selon Tsangarides, « l’inflation a fortement diminué, passant d’une moyenne annuelle de 9,3 % en 2023 à 4 % en 2024″, principalement grâce à une moindre progression des prix des denrées alimentaires. L’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, a également reculé.
Les réserves de change restent confortables, atteignant 67,8 milliards de dollars, soit l’équivalent de 14 mois d’importations. La politique monétaire, de son côté, est restée accommodante au premier semestre 2025.
Des réformes structurelles saluées
Le FMI salue les efforts de réforme engagés par les autorités algériennes, en particulier dans la modernisation du cadre institutionnel, le soutien à l’investissement et la gouvernance.
« Une consolidation des cadres institutionnels et des réformes visant à renforcer la résilience budgétaire, diversifier l’économie et promouvoir l’investissement privé sont essentielles pour stimuler la croissance et créer des emplois à moyen terme« , a affirmé Tsangarides.
Il a également souligné « les efforts engagés en matière de gouvernance, de digitalisation de l’administration et de soutien à l’entrepreneuriat », notant que les réformes dans le domaine de l’investissement « ont commencé à porter leurs fruits ».
Parmi les initiatives les plus remarquées figurent la création d’un guichet unique pour l’accès au foncier, l’alignement des exportations aux normes internationales, ainsi que la promotion du commerce en ligne.
Autre point fort : l’absence d’endettement extérieur, un fait que le FMI considère comme remarquable dans le contexte économique mondial actuel. « Très peu de pays sont dans la situation de faible recours à l’endettement », a rappelé le chef de mission.
Déficit budgétaire : le FMI appelle à une réponse progressive mais urgente
Si les signaux sont encourageants, le FMI n’ignore pas les vulnérabilités budgétaires. Le déficit public s’est « considérablement creusé en 2024, atteignant 13,9 % du PIB », notamment à cause de la baisse des recettes des hydrocarbures, conjuguée à une hausse des salaires et des dépenses d’investissement. Ce déficit devrait rester élevé en 2025.
« Un ajustement budgétaire progressif, mais urgent, est essentiel pour renforcer la résilience budgétaire et reconstituer les marges budgétaires », a prévenu Tsangarides.
Selon lui, ce rééquilibrage « permettra de freiner l’augmentation des besoins de financement due aux déficits élevés et à la chute des cours des hydrocarbures, ce qui contribuera à réduire les vulnérabilités, à stabiliser la dette publique et à préserver la stabilité macro-financière ».
Priorités à moyen terme : réforme des subventions, fiscalité, entreprises publiques
Le FMI recommande que la politique monétaire continue de se concentrer sur la stabilité des prix, tout en soutenant la reprise. Il appelle également à une plus grande flexibilité du taux de change, ce qui « renforcerait la capacité de l’économie à absorber les chocs extérieurs, y compris liés au prix des hydrocarbures ».
Sur le plan budgétaire, l’augmentation des recettes hors hydrocarbures et la rationalisation des dépenses publiques sont jugées prioritaires. Le FMI soutient notamment une réforme progressive des subventions, qui « aiderait à reconstituer les marges de manœuvre budgétaires et à créer un espace budgétaire pour les dépenses prioritaires, notamment l’aide ciblée aux ménages vulnérables ».
Enfin, l’organisation internationale insiste sur l’amélioration de l’efficacité des investissements publics et la gouvernance des entreprises publiques.
« Il serait essentiel d’améliorer la surveillance, l’efficience et la gouvernance des entreprises publiques pour maîtriser les risques macro-financiers », a ajouté Tsangarides.
Une dynamique à entretenir
Le FMI a également mis en avant les progrès réalisés dans l’application de la loi organique budgétaire de 2018, ainsi que la création d’une unité au sein du ministère des Finances dédiée à la supervision des entreprises publiques et à la gestion des risques budgétaires. De même, la mise en œuvre de la loi monétaire et bancaire promulguée en 2023 est saluée, tout comme les efforts en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Un optimisme mesuré
L’économie algérienne aborde 2025 avec des perspectives globalement positives, soutenues par des réformes concrètes et une volonté de modernisation. Toutefois, la maîtrise des déséquilibres budgétaires et l’élargissement des bases fiscales apparaissent comme des défis majeurs à relever pour garantir une croissance inclusive, durable et résiliente.
