- Face à un déficit public toujours élevé, le gouvernement explore la piste d’une « année blanche » en 2026.
- La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, plaide pour une pause dans l’évolution de certaines dépenses publiques, sans hausse généralisée des impôts.
- Une mesure inédite aux conséquences économiques et sociales majeures.
Alors que le déficit public reste préoccupant, le gouvernement envisage une pause inédite dans l’évolution des dépenses. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, plaide pour une « année blanche » budgétaire en 2026, afin de « ralentir la dépense », jugée désormais incontournable.
Une pause budgétaire devenue « inévitable »
Invitée mercredi 2 juillet sur Sud Radio, Amélie de Montchalin n’a pas mâché ses mots. Face à un déficit public prévu à 5,4 % du PIB en 2025 et 4,6 % en 2026, la ministre des Comptes publics a estimé qu’il était « essentiel » de « ralentir la dépense ». Selon elle, il faut désormais remettre « nos dépenses en face de nos priorités ». Et de prévenir : « Tout le monde voit bien qu’il y a des dépenses que nous ne pouvons plus nous permettre. »
Derrière ces propos, une idée prend forme : instaurer en 2026 une « année blanche ». Une mesure qui consisterait à reconduire le budget 2025 sans ajustement à l’inflation, rompant ainsi avec la pratique habituelle. La ministre n’y voit pas une option parmi d’autres, mais une nécessité : « Je pense que dans la situation où nous sommes, cette pause est inévitable. »
Geler les prestations, les impôts, les dotations ?
Interrogée sur la nature exacte de cette « année blanche », Amélie de Montchalin reste prudente. « Ça dépend sur quoi on l’applique », a-t-elle répondu, ajoutant qu’« il y a plein de manières de le faire ». Parmi les pistes envisagées : le gel des prestations sociales, du barème de l’impôt sur le revenu, des dotations aux collectivités ou encore des crédits alloués aux ministères.
Une hypothèse déjà chiffrée. Selon une étude publiée le 30 juin par l’Institut des politiques publiques (IPP), un tel gel permettrait d’économiser 5,7 milliards d’euros. Le rapport précise : « Cette mesure représenterait (…) 3 milliards d’euros venant du gel des pensions de retraite, 1,4 milliard d’euros du gel des paramètres de l’IR (impôt sur le revenu) et 1,3 milliard d’euros du gel des prestations sociales. » Toutefois, cette stratégie ne serait pas sans conséquence pour les Français : l’IPP estime que « 3,2 % des ménages verraient leur niveau de vie diminuer d’au moins 1 % ».
Des économies bien plus vastes en débat
L’étude ne prend pas en compte le gel d’autres lignes budgétaires, comme les crédits ministériels ou les aides aux collectivités. C’est pourquoi certains, au sein de la majorité présidentielle, défendent une approche plus large. Début juin, le député Renaissance Mathieu Lefebvre affirmait dans La Tribune qu’une « année blanche » appliquée plus largement pourrait générer jusqu’à 25 milliards d’euros d’économies.
Un chiffre qui révèle l’ampleur des arbitrages auxquels le gouvernement devra se livrer d’ici la présentation de ses « grands choix » pour 2026, attendue avant le 14 juillet.
Pas de hausse d’impôts « générale »
Si l’exécutif cherche des marges de manœuvre, il affirme vouloir éviter une solution souvent impopulaire : l’augmentation des impôts. Amélie de Montchalin l’a martelé : « J’exclus toute hausse des impôts générale qui pèserait sur les classes moyennes de manière indifférenciée. » Et de trancher : « Je ne souhaite pas, je ne propose pas et je ne mets pas sur la table une hausse des taux de TVA. »
En revanche, la ministre n’écarte pas des réformes de structure. Elle a ainsi évoqué la nécessité de « revoir le nombre de fonctionnaires » et de « repenser la délivrance des arrêts maladie ». À ses yeux, la rigueur budgétaire passe aussi par une gestion plus stricte des ressources publiques. « Il y a des choses qu’on ne peut pas se permettre, il faut qu’on soit vigilants avec nos ressources publiques », a-t-elle conclu, se disant « prête à poser la question de la suppression de la délivrance des arrêts maladie à distance ».
