- Alors que Pékin menaçait d’imposer des droits de douane de plus de 30 % sur les eaux-de-vie européennes, les producteurs du cognac français échappent in extremis à la sanction grâce à un accord de hausse des prix.
- Une issue « moins défavorable » pour une filière encore fragilisée par des mois de tensions commerciales.
Les grands noms du cognac français, dont Hennessy, Martell et Rémy Cointreau, peuvent souffler. À la veille de l’entrée en vigueur de lourdes taxes antidumping imposées par Pékin sur les eaux-de-vie européennes, un accord de dernière minute a permis d’éviter le pire. En échange d’une hausse des prix négociée, les producteurs échapperont aux droits de douane moyens de 32,2 % annoncés par les autorités chinoises.
Cette issue met un terme à l’enquête antidumping ouverte par la Chine l’an dernier en représailles aux taxes européennes sur les véhicules électriques chinois, jugés subventionnés. Le compromis trouvé entre les industriels européens et le ministère chinois du Commerce permet de remplacer les droits de douane par un engagement de prix minimum, accepté par une trentaine de producteurs, selon la liste publiée vendredi par Pékin.
Une alternative « moins défavorable » que les taxes
La filiale cognac, en première ligne depuis le début de la crise, salue cette sortie de crise relative. « Cette décision marque la fin de l’enquête antidumping mais pas celle de notre action pour que l’ensemble de nos exportateurs retrouvent au plus vite un accès sans entrave au marché chinois », a déclaré Florent Morillon, président du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), dans un communiqué.
« Dans l’attente, le régime d’engagement de prix minimum offre des conditions plus tolérables pour nos entreprises que les taxes antidumping définitives annoncées, même si l’accès au marché qu’elles permettent reste dégradé », a-t-il ajouté, soulignant le caractère transitoire et imparfait de cet accord.
Des producteurs prudents mais soulagés
Chez les producteurs, la prudence domine. Rémy Cointreau a indiqué rester « dans l’attente de précisions » sur les modalités exactes de l’accord, tout en saluant « une alternative sensiblement moins pénalisante que l’application des droits antidumping définitifs ».
Le groupe, qui publiera ses résultats annuels le 25 juillet, a précisé que cette évolution serait « nettement favorable » pour ses prévisions. Il insiste néanmoins : « Cet accord ne constitue en aucun cas une reconnaissance de pratiques de dumping ».
Une enquête politique, selon Bruxelles
Du côté européen, la pilule reste amère. L’Union européenne a déploré la mise en place par la Chine de mesures jugées excessives. « L’UE regrette la décision de la Chine d’instituer des mesures antidumping définitives sur les importations en Chine de brandy européen », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne, en conférence de presse.
Bruxelles accuse Pékin d’user de ses outils commerciaux à des fins politiques : ces menaces « s’inscrivent également dans une tendance inquiétante de la Chine à abuser des instruments de protection en matière commerciale, en ouvrant et menant des enquêtes sur la base d’allégations douteuses et de preuves insuffisantes », a ajouté ce même porte-parole.
La Commission a indiqué qu’elle analyserait ces mesures et déciderait des prochaines étapes pour défendre les intérêts de l’industrie européenne.
Un marché stratégique sous tension
La Chine représente un marché essentiel pour les producteurs de cognac français. Depuis l’ouverture de l’enquête en janvier 2024, les importateurs européens étaient contraints de déposer des cautions auprès des douanes chinoises, ce qui avait immédiatement freiné les exportations. Le BNIC estime que la filière perdait environ 50 millions d’euros par mois depuis le début du conflit commercial.
Désormais, avec l’accord sur les prix, 34 producteurs dont les leaders du marché peuvent continuer à exporter, mais à des tarifs plus élevés, ce qui pourrait peser sur la demande.
