- Adoptée de justesse par le Congrès américain, la « Big Beautiful Bill » marque un tournant politique pour le second mandat de Donald Trump.
- Un budget colossal centré sur la sécurité, la baisse d’impôts et une politique migratoire radicale, au prix de coupes sociales massives.
Donald Trump peut savourer sa victoire. Jeudi 3 juillet, le président américain a décroché un succès politique de taille avec l’adoption définitive par la Chambre des représentants de son vaste projet de loi budgétaire, sobrement surnommé par lui-même la « Big Beautiful Bill ». Le texte de 869 pages, fruit de longues tractations parlementaires, cristallise les priorités du second mandat du chef de l’État : sécurité intérieure, défense, baisse d’impôts, mais aussi coupes sociales majeures.
Adoptée de justesse par 218 voix contre 214, la loi avait été validée deux jours plus tôt par le Sénat, où le vote décisif du vice-président J.D. Vance avait permis son passage. Le président républicain prévoit de promulguer cette loi vendredi 4 juillet, jour de fête nationale, dans un geste hautement symbolique.
Immigration, sécurité, fiscalité : une vision assumée
« C’est une grande et belle loi », a martelé Donald Trump à plusieurs reprises, dans un slogan devenu mantra. Au-delà de la formule, le texte traduit une volonté claire de durcissement des politiques migratoires et de relance du complexe militaro-industriel. Le budget de la Défense grimpe de 13 %, celui de la Sécurité intérieure de 65 %. Près de 150 milliards de dollars seront consacrés à la lutte contre l’immigration illégale.
Dans le détail : 46,5 milliards sont affectés à la poursuite de la construction du mur à la frontière mexicaine, 45 milliards serviront à créer 100 000 places supplémentaires dans les centres de rétention, tandis que 30 milliards financeront le recrutement de 10 000 agents de l’ICE (police de l’immigration) et le renforcement des forces frontalières. À cela s’ajoute un fonds de 10 milliards pour subventionner les États qui coopèrent activement avec la politique migratoire fédérale.
Côté Défense, 25 milliards seront alloués au développement du « Dôme d’or », un bouclier antimissile que le président décrit comme « indispensable à la sanctuarisation du territoire américain ».
Baisse d’impôts pérennisée… pour certains
Autre pilier du texte : la prolongation des baisses d’impôts historiques de 2017, qui devaient expirer fin 2025. La mesure, très attendue par les entreprises et les ménages aisés, est accompagnée de dispositions ciblées en faveur des travailleurs : exonération d’impôts sur les pourboires et les heures supplémentaires jusqu’en 2028, et quadruplement du plafond de déduction des taxes locales et étatiques pendant cinq ans.
« Je l’ai promis en 2016, confirmé en 2020, et je le fais maintenant », a déclaré Trump lors d’un point presse improvisé. « On baisse les impôts des Américains qui bossent dur. C’est aussi simple que ça. »
Explosion de la dette et retour des coupes sociales
Mais cette loi budgétaire risque de peser lourdement sur les finances publiques. Le Bureau budgétaire du Congrès (CBO) prévoit une hausse de la dette fédérale de plus de 3 000 milliards de dollars sur la prochaine décennie.
Pour compenser, le texte prévoit d’importantes coupes dans les programmes sociaux, notamment Medicaid, l’assurance santé publique pour les Américains modestes, et le programme d’aide alimentaire SNAP. Selon le CBO, près de 12 millions d’Américains pourraient perdre leur couverture santé d’ici 2034, et 3 millions leur accès aux aides alimentaires.
Parmi les nouvelles restrictions : obligation de travailler au moins 80 heures par mois pour les bénéficiaires adultes jusqu’à 65 ans (hors exemptions), et réinscription tous les six mois, contre une fois par an actuellement.
Un fonds de 50 milliards sur cinq ans est toutefois prévu pour soutenir les hôpitaux en zone rurale, souvent fortement dépendants de Medicaid.
En parallèle, une disposition coupe pour un an le financement fédéral des centres de planning familial pratiquant l’IVG, une mesure saluée par la frange conservatrice du Parti républicain.
Elon Musk, soutien de Trump devenu critique acerbe
Cette réforme phare, pourtant saluée comme un succès au sein du Parti républicain, ne fait pas l’unanimité. Parmi les critiques les plus virulents, Elon Musk, ancien allié de Trump et l’un des plus gros donateurs de sa campagne, a publiquement rompu avec le président. Sur X, le réseau social qu’il dirige, le patron de Tesla et SpaceX a fustigé une loi « irresponsable et déconnectée des réalités économiques ».
« J’ai soutenu Donald Trump parce qu’il parlait au peuple. Cette fois, il s’adresse aux lobbys et au vieux système. Ce n’est plus mon combat », a-t-il publié, menaçant au passage de créer son propre parti en vue des élections de mi-mandat de novembre 2026.
