Lors d’un sommet intergouvernemental à Rome, l’Italie et l’Algérie ont signé une série d’accords majeurs.
En toile de fond : la sécurisation de l’approvisionnement énergétique italien, la diversification des partenariats africains, et la construction de nouveaux corridors industriels, numériques et culturels.
Ce rapprochement stratégique confirme le rôle de l’Italie comme passerelle clé entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
À l’issue du cinquième sommet intergouvernemental entre l’Italie et l’Algérie, les deux pays ont officialisé une série d’accords majeurs, notamment dans le domaine énergétique. Un rapprochement stratégique que la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, n’a pas hésité à qualifier d’ »intense et inédit« .
« Nos relations bilatérales ont atteint un niveau d’intensité et de solidité jamais atteint auparavant« , a déclaré la Première ministre lors d’une conférence de presse conjointe à Rome, en présence du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Ce dernier, en visite officielle en Italie à l’occasion d’un forum économique italo-algérien, a salué la prise de mesures concrètes traduisant une volonté politique forte :
« Nous avons matérialisé des mesures concrètes qui traduisent une volonté politique forte de consolider nos relations bilatérales historiques et d’étendre les passerelles de coopération à des secteurs prometteurs, notamment les ressources en eau, l’agriculture durable, l’industrie, les transports, ainsi que la coopération culturelle et scientifique« , a détaillé le chef de l’État algérien
Et d’ajouter : « Ce que nous avons accompli aujourd’hui ouvre de vastes perspectives pour un partenariat exemplaire. »
L’énergie, pilier du partenariat
Le secteur énergétique a occupé une place centrale dans les discussions, dans un contexte post-invasion de l’Ukraine où l’Italie cherche à réduire drastiquement sa dépendance au gaz russe. L’Algérie est désormais le premier fournisseur de gaz de l’Italie, une position renforcée par la signature, début juillet, d’un contrat de partage de production d’hydrocarbures d’un montant de 1,35 milliard de dollars entre le groupe algérien Sonatrach et l’italien ENI.
Ce partenariat s’est encore consolidé mercredi, avec la signature de nouveaux accords dont les détails restent confidentiels. Toutefois, Meloni a insisté sur leur portée stratégique :
« La collaboration entre Sonatrach et ENI deviendra encore plus solide grâce aux accords signés aujourd’hui« , a-t-elle affirmé en présence des PDG des deux groupes, Rachid Hachichi pour Sonatrach et Claudio Descalzi pour ENI.
L’Italie ambitionne désormais de jouer un rôle de hub énergétique pour l’Europe :
« Nous continuerons à travailler ensemble à la conception et à la mise en place de nouveaux corridors énergétiques et numériques entre l’Afrique du Nord et l’Europe« , a souligné Meloni.
Giorgia Meloni et Abdelmadjid Tebboune lors de la conférence de presse conjointe à Rome ( photo fournie)
Une coopération élargie et multisectorielle
Au-delà du domaine énergétique, Rome et Alger ont affiché leur volonté de bâtir un partenariat global, en signant une série d’accords couvrant des secteurs stratégiques. Sur le plan sécuritaire, les deux pays ont convenu de renforcer leur coopération dans la défense, la lutte contre le terrorisme et le contrôle de l’immigration illégale. Un volet essentiel, alors que les flux migratoires depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe demeurent une priorité pour les autorités italiennes.
Sur le plan économique et administratif, plusieurs protocoles d’accord ont été paraphés entre l’Agence italienne de promotion des investissements et l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, avec l’objectif d’encourager les flux croisés de capitaux et de projets industriels.
D’autres accords ont été conclus dans les secteurs de la poste et des télécommunications, illustrant une volonté de moderniser les infrastructures de communication entre les deux pays.
Des engagements ont également été pris en matière de coopération sociale et culturelle. Un accord a été signé concernant la protection des personnes en situation de handicap, soulignant une approche inclusive dans le développement bilatéral.
Côté culturel, les deux pays se sont entendus sur une collaboration dans le secteur de la production cinématographique, symbole d’un dialogue accru dans les industries créatives et la valorisation de la diversité méditerranéenne.
Ces accords traduisent une volonté affirmée, partagée par Meloni et Tebboune, de sortir d’une logique purement énergétique pour bâtir un partenariat stratégique d’envergure, étendu à des domaines clés du développement durable et de la coopération interétatique.
Forum Algérie – Italie à Rome ( photo capture d’écran)
Une relation qui se distingue dans le contexte régional
Ce rapprochement survient dans un contexte géopolitique tendu : les relations entre Paris et Alger sont gelées depuis l’été 2024, marquées par des expulsions de diplomates et la suspension de toute coopération bilatérale. Ce climat a sans doute renforcé la position stratégique de Rome, devenue l’interlocuteur privilégié de l’Algérie en Europe.
Meloni, qui s’était déjà rendue à Alger en janvier 2023, semble miser sur cette relation durable pour asseoir la position de l’Italie comme passerelle entre l’Afrique et l’Europe, notamment sur les enjeux énergétiques et numériques.
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