- La start-up parisienne double pratiquement sa valorisation à 11,7 milliards d’euros grâce à une série C de 1,7 milliard d’euros.
- Le champion néerlandais des semi-conducteurs ASML entre au capital à 11 % et noue un partenariat stratégique.
En un peu plus de deux ans d’existence, Mistral AI vient de franchir un cap historique pour la French Tech. La jeune pousse d’intelligence artificielle annonce une levée de 1,7 milliard d’euros, portant sa valorisation post-money à 11,7 milliards d’euros. Elle devient ainsi la première « décacorne » française — un statut symbolique qui consacre sa place de champion européen de l’IA à l’heure où la souveraineté technologique du continent s’impose comme un enjeu majeur.
ASML prend 11 % et scelle une alliance industrielle
Le tour de table est mené par ASML, le géant néerlandais des équipements pour semi-conducteurs, qui acquiert 11 % du capital et s’engage dans une collaboration de long terme. L’industriel ne cache pas ses ambitions :
« ASML est fier d’entrer dans un partenariat stratégique avec Mistral AI et d’être l’investisseur chef de file de ce tour de table. La collaboration entre Mistral AI et ASML vise à générer des bénéfices clairs pour les clients d’ASML grâce à des produits et solutions innovants rendus possibles par l’IA, et offrira un potentiel de recherche conjointe pour répondre aux opportunités futures », a déclaré Christophe Fouquet, directeur général d’ASML.
Au-delà de l’apport financier, l’alliance vise à intégrer l’IA de Mistral au cœur des processus et outils d’ASML, tout en ouvrant des pistes de R&D partagée sur la prochaine génération d’innovations pour la micro-électronique.
Une cap table solide et internationale
Outre ASML, l’opération réunit un aréopage d’investisseurs de premier plan déjà au capital : DST Global, Andreessen Horowitz, Bpifrance, General Catalyst, Index Ventures, Lightspeed et NVIDIA. De quoi doter Mistral de moyens à la hauteur de ses ambitions, tout en réaffirmant l’indépendance de l’entreprise.
« Cet investissement rapproche deux leaders technologiques opérant dans la même chaîne de valeur. Nous avons l’ambition d’aider ASML et ses nombreux partenaires à résoudre, grâce à l’IA, les défis d’ingénierie présents et futurs, et, à terme, de faire progresser l’ensemble de la chaîne de valeur des semi-conducteurs et de l’IA », souligne Arthur Mensch, directeur général de Mistral AI.
Des modèles pour l’industrie… et le grand public
Fondée en juin 2023 par Arthur Mensch (X/ENS), Guillaume Lample et Timothée Lacroix — tous deux anciens chercheurs chez Meta —, Mistral a conçu Le Chat, un agent conversationnel grand public, et fournit des grands modèles de langage (génération de texte), ainsi que des modèles spécialisés capables de traiteur des images, transcrire de l’audio ou générer du code. Cette approche « frontier AI » mais décentralisée vise des déploiements sur mesure pour l’industrie et le secteur public, au plus près des usages concrets.
Partenariats à la chaîne et souveraineté européenne
L’année écoulée a été marquée par une série d’accords structurants : avec NVIDIA pour mettre sur pied une plateforme de cloud en France, avec le fonds émirati MGX pour fonder un gigantesque campus d’IA en région parisienne, et avec l’AFP pour intégrer ses dépêches dans les réponses aux utilisateurs. Autant de briques qui dessinent une stratégie claire : bâtir un écosystème européen complet, de l’infrastructure de calcul aux cas d’usage métier, en passant par la donnée de référence.
Si Mistral revendique désormais la plus haute valorisation pour une start-up d’IA en Europe, l’écart avec les poids lourds américains demeure. Anthropic affiche une valorisation de 183 milliards de dollars après un tour de 13 milliards de dollars en septembre. OpenAI, de son côté, étudierait une opération de rachat d’actions salariées qui la valoriserait autour de 500 milliardsde dollars, selon plusieurs médias américains. De quoi rappeler que la bataille se joue à l’échelle mondiale — et que l’Europe a tout intérêt à consolider ses champions.
