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lundi, février 16, 2026
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Diasporas africaines : au Sénat, un colloque qui remet les citoyens au cœur de la coopération France–Afrique

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  • Lors d’un colloque au Sénat, élus et acteurs associatifs ont rappelé que les diasporas africaines sont des “actrices économiques, culturelles, sociales et politiques de premier plan.”
  • De la représentation à la mobilité, le colloque trace une feuille de route opérationnelle pour réinventer la coopération France–Afrique.

   La salle est comble pour un rendez-vous sobrement intitulé « Diasporas africaines : acteurs clefs d’une coopération renouvelée ». Deux tables rondes structurent cette rencontre : d’abord la contribution des diasporas à la politique africaine de la France, puis leur rôle de moteur de coopération, d’innovation et de développement. Dans la salle Médicis, au Palais du Luxembourg, élus, experts et acteurs associatifs partagent un même constat : la relation franco-africaine ne se joue pas seulement dans les chancelleries, mais au plus près des parcours, des réseaux et des initiatives portés par les diasporas.

« Une vision d’avenir partagé »

Organisateur de la rencontre, le sénateur écologiste du Val-de-Marne Akli Mellouli donne le ton d’emblée. Les diasporas, dit-il, ne sont pas un angle mort mais une ressource stratégique.

« Les diasporas africaines ne sont pas seulement des communautés installées à l’étranger, elles sont des actrices économiques, culturelles, sociales et politiques de premier plan. Elles participent à la circulation des idées, des savoirs, des capitaux et des initiatives. »

Ce rôle, insiste-t-il, irrigue autant l’économie que le monde académique : « Elles créent des entreprises, elles stimulent l’innovation, elles favorisent les échanges académiques et culturels… » Surtout, elles portent « une vision (…) celle d’un avenir partagé, où la France et l’Afrique ne s’opposent pas, mais s’appuient mutuellement pour relever les défis globaux » — du climat à la sécurité alimentaire, en passant par les transitions énergétiques et la lutte contre les inégalités.

Cette ambition exige un travail de mémoire et de cohérence, poursuit le sénateur. « Ce n’est pas s’affaiblir que de reconnaître, c’est au contraire se grandir. » Reconnaître lucidement le passé pour « poser les bases saines et solides d’une relation nouvelle fondée sur le respect, la sincérité et la confiance » ; aligner la politique extérieure avec la réalité vécue en France.« Nous ne pouvons pas d’un côté porter haut les valeurs d’universalisme et de l’autre laisser prospérer des pratiques ou des discours qui stigmatisent des populations d’origine étrangère sur notre sol », mentionne -t-il

 « Les visas, les mobilités, les échanges doivent être pensés comme des instruments de rapprochement et non comme des barrières », at-il ajouté

De la parole aux leviers concrets

Au fil des échanges, une feuille de route se dessine : soutenir l’entrepreneuriat transnational, fluidifier les mobilités académiques et professionnelles, intensifier les échanges culturels et valoriser la double appartenance. Pour Mellouli, la responsabilité des institutions est claire : « Créer les conditions pour que ce potentiel trouve son plein épanouissement (…) reconnaître pleinement la richesse de cette double appartenance comme une force et non comme une fragilité. »

La coopération, rappelle-t-il, se prouve dans la durée : « La coopération n’est pas un simple slogan. C’est une pratique, un effort constant, une fidélité à des valeurs. » Et d’annoncer la suite : « Ce colloque n’est qu’une première étape », prélude à une série de rendez-vous consacrés à l’économie, la culture, la mémoire, la jeunesse ou l’environnement. « En mettant en valeur ces ponts humains, nous ouvrons un horizon commun où chacun apporte le meilleur de lui-même au service d’un avenir partagé. » Une formule en guise de boussole : « Le futur s’écrit toujours au présent. »

Représentation : « passer du symbolique au stratégique »

Intervenante de la première table ronde, la députée Sabrina Sebaihi (Hauts-de-Seine, EELV) remet la question de la représentation au centre. « Les diasporas dans les grandes instances, aujourd’hui, ils sont très peu présents. Alors qu’ils représentent plus de 10 % de la population française. C’est-à-dire plus de 3 millions de personnes en 2023. »

« Les diasporas dans les grandes instances, aujourd’hui, ils sont très peu présents. Alors qu’ils représentent plus de 10 % de la population française. C’est-à-dire plus de 3 millions de personnes en 2023 », Sabrina Sebaihi, députée des Hauts-de-Seine, EELV ( CD Echosplus)

Elle pointe des freins persistants — discriminations, manque de réseaux, obstacles financiers — et alerte sur des soupçons de « double royauté » qui stigmatisent. D’où un appel à l’action :

« Il faut que la présence des élites et des personnalités issues des diasporas soit électoralement présente. Il faut augmenter cette représentation. Il faut que ça ne soit plus de l’angle symbolique. »

Pour la députée, l’enjeu est aussi méthodologique : capitaliser sur la connaissance fine des deux rives de la Méditerranée pour mieux concevoir les politiques publiques et accélérer les coopérations. Autrement dit, faire des expériences et des réseaux diasporiques un atout opérationnel, pas un simple récit.

Un fil rouge : la cohérence

Du discours d’ouverture aux échanges en tables rondes, un même fil rouge s’impose : aligner la parole, les dispositifs et les pratiques. Reconnaître la place des diasporas dans la société française, faciliter leur mobilité, renforcer leur représentation et les associer à la décision : autant de conditions pour que la coopération franco-africaine ne se réduise pas à des accords économiques ou diplomatiques, mais soit « portée par les citoyens eux-mêmes ».

À l’issue de ce colloque, l’impression qui domine est celle d’un mouvement en marche. Les chantiers sont identifiés, les acteurs mobilisés, les mots posés. Reste à les traduire en politiques, en programmes, en effets tangibles. Si l’on en croit l’engagement affiché au Sénat, la suite est  déjà en train de s’écrire

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