- Après « Bloquons tout », la France connaît ce 18 septembre une nouvelle journée de grève et de manifestations.
- Jusqu’à 900 000 personnes sont attendues, tandis que 80 000 policiers et gendarmes sont mobilisés et que les interpellations se multiplient.
Au lendemain de “Bloquons tout”, l’intersyndicale remet la pression avec une nouvelle journée d’actions ce jeudi 18 septembre. L’Intérieur attend entre 600 000 et 900 000 manifestants. Sur le terrain, un dispositif policier inédit fait débat, tandis que les syndicats dénoncent une stratégie de la peur.
Dès l’aube, cortèges, blocages filtrants et rassemblements ont rythmé la matinée dans de nombreuses villes. Objectif affiché : contester les mesures budgétaires de l’exécutif. Selon les prévisions du ministère de l’Intérieur, entre 600 000 et 900 000 manifestants sont attendus dans tout le pays.
Après une réunion de la Cellule interministérielle de crise, le ministre de l’Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau a dressé un premier bilan : « 95 tentatives de blocages » et « 230 actions sur la voie publique », mobilisant 10 000 personnes en France, mais « moins intenses que prévue ». À 10 heures, a-t-il poursuivi, « les forces de l’ordre ont procédé à 58 interpellations, dont 11 à Paris ».
Dispositif “jamais-vu” et premières interpellations
Sur l’ensemble du territoire, 80 000 policiers et gendarmes sont déployés. Ils disposent de « 26 Centaure [blindés de la gendarmerie] et 10 engins lanceurs d’eau », a précisé Bruno Retailleau. Un dispositif d’ampleur « du jamais-vu depuis les manifestations des “gilets jaunes” de 2019 », selon le ministère de l’Intérieur.
Côté terrain, la préfecture des Bouches-du-Rhône rapportait 22 interpellations à Marseille « à ce stade » à 8h15. À Paris, « sept interpellations ont été effectuées » dans l’agglomération, a complété la préfecture de police. À 10 heures, la gendarmerie recensait « 252 actions éparses » dans ses zones de compétence, avec plusieurs blocages de lycées. La police ajoutait 25 actions et 42 blocages supplémentaires.
« Nous serons intraitables » : l’exécutif durcit le ton
Très tôt, Bruno Retailleau a assumé une ligne ferme : « Nous serons intraitables » en cas de casse ou de violence, a-t-il assuré peu après 6 heures, évoquant également « des tentatives de blocages sur Paris et autour de Paris ». Il a mentionné une tentative déjouée de « sabotage » sur un réseau d’eau en Martinique, ainsi que des « points de blocage débloqués » en région parisienne dès l’aube. Et de prévenir : « D’autres tentatives sont en cours, elles subiront le même sort : nous débloquerons les dépôts partout en France ».
Consigne aux forces de l’ordre : « Il faut que les forces de l’ordre aillent au contact pour interpeller, pour remettre les individus à la justice ».
Les syndicats dénoncent une « stratégie de la peur »
En miroir, les syndicats fustigent un maintien de l’ordre disproportionné. Sur franceinfo, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, déplore : « Depuis ce matin, il y a des manifestantes et des manifestants qui sont gazés, violentés alors qu’ils sont pacifiques ».
« Le 10 septembre, il n’y a pas eu particulièrement de violence, et aujourd’hui il n’y aura pas de violence à part les violences organisées à cause de la stratégie du maintien de l’ordre qui est déployée par le ministre démissionnaire », a t-elle indiqué
S’interrogeant sur l’ampleur des moyens engagés, elle lance : « 80 000 policiers, pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, c’était 10 000 à 15 000 par jour. Pourquoi un tel déploiement de forces ? » Et martèle :
« Le ministre de l’Intérieur met de l’huile sur le feu », martèle t-elle
Invitée de France Inter, la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, estime que Bruno Retailleau « n’attend » que des actes de violences. S’il restait ministre de l’Intérieur, ce serait, selon elle, « un motif de censure à lui tout seul ». Et d’appeler à ne pas céder :
« C’est très important de ne pas céder à cette stratégie de la peur qu’essaye de déployer le gouvernement, parce qu’il est fébrile et qu’il n’a plus d’autre solution ».
Perturbations et appel à une mobilisation “crescendo”
Dans le sillage de l’intersyndicale, écoles et transports sont perturbés. Sophie Binet promet des cortèges « pacifiques et festifs » et invite les Français à « venir manifester nombreuses et nombreux ». Elle assume la montée en puissance : « On est sur une mobilisation crescendo », citant la mobilisation des services publics, la fermeture d’écoles, de piscines et de crèches, des transports « affectés » et la participation du monde industriel : « 150 appels à la grève » dans la chimie ; dans le verre, « toutes sont concernées par des débrayages ».
Pour la responsable syndicale, l’ampleur de la journée ne doit rien au hasard : « C’est une journée de mobilisation qui s’annonce très belle et très suivie parce qu’il y a une exaspération sociale énorme ».
