- Les députés socialistes dégainent un amendement de repli pour sauver l’idée d’une taxation exceptionnelle des grandes fortunes dans le cadre du budget 2026.
- Objectif : bâtir un compromis avec la majorité présidentielle, quitte à revoir le mécanisme à la baisse.
Seuil abaissé à 10 millions d’euros, PME et startups exemptées, taux porté à 3 % et rendement attendu de 7 à 8 milliards d’euros : les socialistes proposent une taxe Zucman « light » pour sortir de l’ornière politique. Une manœuvre saluée par certains, mais contestée à gauche comme au centre, sur fond de crispation autour des biens professionnels.
À l’origine, la taxe Zucman ciblait les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, avec un plancher d’imposition de 2 % et un produit potentiel annoncé autour de 20 milliards. Faute de majorité, le PS présente une architecture remaniée : abaissement du seuil à 10 Milliards d’euros, taux à 3 %, et exemptions pour les entreprises familiales et innovantes (PME et startups). Dans cette configuration, le rendement serait ramené à 7–8 milliards d’euros.
« C’est la taxe Zucman sans ses inconvénients. Ça taxe tous les biens, y compris une partie des biens professionnels, mais ça ne taxe pas les biens professionnels industriels, les PME familiales ni les startups. C’est ça, la différence entre les deux. »— Philippe Brun, député PS de l’Eure.
La France insoumise quant à elle rejette ce compromis, y voyant une dilution du projet originel et un signal ambigu donné aux plus fortunés. « C’est une manière de faire semblant qu’on va taxer les plus riches pour pouvoir ruser, s’arranger avec le gouvernement », affirme Antoine Léaument, député LFI de l’Essonne.
Au centre, prudence… et lignes rouges
Dans le bloc central, les réserves se cristallisent sur l’assiette de la taxe, et notamment la place des biens professionnels.
« Je ne sais pas quelle est encore la taxe, donc laissons les uns et les autres, et notamment Matignon, nous donner précisément les détails de cette taxe », a indiqué Prisca Thevenot, députée EPR des Hauts-de-Seine.
La ligne gouvernementale, elle, reste ferme si l’appareil productif est touché : « Vous pouvez l’appeler taxe Zucman ou taxe Zucman ‘light’, à partir du moment où ça touche à l’appareil productif, aux usines ou aux grandes startups qui créent de l’innovation, nous serons contre », explique Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement sur BFM TV
Même son de cloche au MoDem, qui conditionne tout soutien à une sortie des biens professionnels de l’assiette : « Tant qu’ils sont arc-boutés sur les biens professionnels, on votera contre », fait savoir Perrine Goulet, porte-parole du groupe.
Le PS défend une « main tendue »
Pour les socialistes, le compromis est réel et vise précisément à sécuriser l’appareil productif tout en sollicitant un effort des plus grandes fortunes.
« Nous avons proposé d’ouvrir le champ de la taxe Zucman (…) Si les macronistes refusent ce compromis, c’est que leur problème n’est pas la startup nation, les entreprises familiales, mais que leur objectif définitif est de protéger les milliardaires de toute participation solidaire », affirme Béatrice Bellay, députée PS.
Les débats se poursuivent à l’Assemblée nationale, avec une échéance politique imminente. « Le match [sur la taxe Zucman] se jouera vendredi dans l’hémicycle », estimait mardi 28 octobre au matin Estelle Mercier, députée socialiste, alors que l’examen de la partie « recettes » du projet de loi de finances 2026 se poursuit au Palais-Bourbon.
