- Deux annonces majeures pour l’espace européen : Paris renforce son budget de défense spatiale et réclame une révolution industrielle.
- À Toulouse, Emmanuel Macron fixe un cap fait de réutilisation, de cadence et de coopération européenne assumée.
À l’inauguration du Commandement de l’espace, le président de la République a promis 4,2 milliards d’euros supplémentaires pour le spatial militaire sur 2026-2030, en plus des 6 milliards prévus par la LPM 2024-2030. Il appelle à “tourner la page” du retour géographique à l’ESA, à accélérer Ariane 6, à moderniser Kourou et à développer des lanceurs réutilisables, alors que l’Allemagne vise 35 milliards d’ici 2030.
Un surcroît d’effort pour l’autonomie stratégique
Emmanuel Macron pose d’emblée l’urgence : « Si nous voulons garder notre autonomie, il est indispensable de prendre des décisions structurantes et de poursuivre celles commencées hier », a-t-il déclaré à Toulouse. Concrètement, l’exécutif prévoit 4,2 milliards d’euros additionnels pour le spatial militaire sur 2026-2030, au-delà des 6 milliards programmés sur toute la période par la Loi de programmation militaire 2024-2030.
Côté civil et dual, le chef de l’État ajoute « plus de 16 milliards d’euros pour le spatiale français civil, en incluant les activités duales ».
Une Europe sommée d’être compétitive
À deux semaines d’un conseil ministériel décisif de l’ESA, le président veut rompre avec une règle historique : le “retour géographique” qui redistribue les contrats à proportion des contributions nationales. Ce principe « a eu sa justification et son utilité à une époque, mais nous devons désormais tourner la page » pour que « nos champions européens soient compétitifs », insiste-t-il.
L’objectif : concentrer l’argent sur les meilleurs projets, réduire les délais et retrouver de la puissance de feu face aux géants internationaux.
Réutilisation, poussée, bas coûts : l’axe technologique
Sur le plan industriel, l’Élysée assume l’inspiration américaine, de SpaceX à Blue Origin. Le président souhaite « développer les futurs lanceurs autour de la réutilisation, la propulsion à bas coût, la motorisation à forte poussée qui sont les éléments de rupture et d’avancée technologique que nous avons identifié ».
Cette orientation vise un accès à l’orbite moins cher, plus fréquent et plus flexible, condition clé pour des constellations sécurisées et des services gouvernementaux résilients.
Ariane 6 : passer du premier vol à l’usine
La feuille de route passe aussi par l’industrialisation : il faut « faire monter en cadence l’exploitation d’Ariane 6 dont la compétitivité doit être améliorée », plaide Emmanuel Macron.
Le Centre spatial guyanais doit suivre : « moderniser la base de Kourou pour en faire un lieu agile, ouvert aux petits lanceurs et aux partenaires étrangers ». De quoi densifier le manifeste de tirs, diversifier les clients et abaisser les coûts récurrents.
Rivalités et coopération : tenir les deux bouts
Face au choc de compétitivité mondial, le ton se veut lucide : « Nos compétiteurs de nous attendent pas », prévient le chef de l’État.
« L’environnement économique, militaire et stratégique de l’espace a parfois évolué plus vite que nous, mais nous avons toutes les cartes en main pour relever le défi », a t-il ajouté.
La comparaison est assumée avec Berlin, où Boris Pistorius promet 35 milliards d’euros d’ici 2030 pour la défense spatiale allemande. D’où l’appel à une coopération européenne resserrée, avec l’ambition d’un sommet spatial international en France au printemps 2026. « La France et l’Europe ne se contenteront pas de subir les règles imposées par d’autres, nous les écrirons avec les alliés européens pour garder une capacité d’action, dans, depuis et vers l’espace », affirme Emmanuel Macron.
