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Aciérie Novasco : reprise partielle par Métal Blanc et offensive judiciaire contre Greybull

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  • L’avenir de l’aciérie Novasco bascule entre reprise partielle, liquidation de sites historiques et bataille judiciaire.
  • À Hagondange, Saint-Étienne et Custines, l’inquiétude des salariés se mêle désormais à la colère contre le fonds d’investissement britannique Greybull Capital, accusé de n’avoir pas tenu ses engagements.

Au lendemain de la décision du tribunal de Strasbourg, seul le site de Leffrinckoucke (Nord) est repris par Métal Blanc, tandis que trois autres usines de Novasco sont liquidées. Le gouvernement promet d’“être intraitable” avec Greybull et annonce des poursuites, estimant que le fonds doit “88,5 millions d’euros” au territoire.

Une reprise partielle validée par le tribunal de Strasbourg

Le tribunal de Strasbourg a validé l’offre de reprise de l’aciérie Novasco (ex-Ascometal) par le groupe Métal Blanc pour le seul site de Leffrinckoucke, près de Dunkerque (Nord). Excepté cette implantation, les sites de Saint-Étienne (Loire), Custines (Meurthe-et-Moselle) et Hagondange (Moselle) sont placés en liquidation judiciaire.

Sur un effectif total de 696 salariés, seuls 144 employés du site de Leffrinckoucke conservent leur poste. Les autres devront faire face à des plans de départ, dont les modalités restent à préciser dans les semaines à venir.

Le tribunal examinait également le projet d’Europlasma, qui proposait la reprise de trois sites et d’une partie d’Hagondange. Mais le dossier n’a pas été jugé suffisamment solide pour offrir une alternative crédible à l’offre de Métal Blanc.

Hagondange, symbole d’une sidérurgie sacrifiée

Le site d’Hagondange est de loin le plus important des sites français de Novasco : il rassemble à lui seul près de 450 salariés. Lundi matin, ils étaient nombreux à se retrouver autour d’un grand brasier devant les bureaux de l’usine, dans une atmosphère mêlant colère, résignation et solidarité.

Les syndicats concentrent désormais leurs efforts sur la négociation des conditions de départ et demandent un renforcement des mesures d’accompagnement pour les salariés concernés. Ils sollicitent notamment des aides exceptionnelles, telles qu’un soutien à l’achat de matériel informatique pour faciliter la reconversion et la formation, ou encore une aide à l’acquisition d’un véhicule, essentielle dans un bassin d’emploi où la mobilité reste déterminante.

L’État attaque Greybull : « L’impunité, c’est terminé »

Alors que la décision de justice tombe, le gouvernement choisit de hausser le ton face au fonds britannique Greybull Capital, qui avait repris Novasco en 2024. Dans une interview à l’AFP publiée lundi 17 novembre, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, annonce qu’il va “saisir les tribunaux” contre le fonds d’investissement, qu’il tient pour responsable de la situation critique de l’aciérie.

« L’impunité, c’est terminé », martèle Sébastien Martin.

Le ministre explique avoir tenté, dans un premier temps, la voie du dialogue :« Cela fait plus de dix jours que je discute avec Greybull sur la manière dont il entend accompagner les salariés de Novasco et assumer ses responsabilités. J’estime que j’ai aujourd’hui assez attendu qu’il me fasse des propositions concrètes et sérieuses », affirme-t-il, quelques heures avant la décision sur le sort de l’ex-Ascométal.

Des promesses d’investissement non tenues

La crise actuelle de Novasco s’inscrit dans un long cycle de difficultés : l’entreprise, spécialisée dans les aciers spéciaux, notamment pour le secteur automobile, en est à son quatrième redressement judiciaire depuis 2014.

Lors de la reprise en 2024, Greybull Capital s’était engagé à injecter 90 millions d’euros, dont 15 millions en fonds propres, tandis que l’État devait apporter 85 millions d’euros de soutien public.

« Nous les avons apportés. Ce n’est pas l’État qui est en cause », assure aujourd’hui Sébastien Martin.

Selon le ministre, Greybull est très loin du compte : « Greybull s’est engagé à apporter 90 millions d’euros, dont 15 millions d’euros en fonds propres. Il n’en a apporté que 1,5 million. J’estime qu’il doit aux salariés, aux habitants d’Hagondange [l’un des sites menacés de fermeture] et à tout ce territoire 88,5 millions d’euros », souligne-t-il.

En marge du sommet Choose France, le ministre a de nouveau dénoncé le manque d’engagement du repreneur :

« Le repreneur s’était engagé à investir 90 millions d’euros, un an plus tard, ils n’ont investi que 1,5 million d’euros. Le compte n’y est pas. On sera intraitable, on sera aux côtés des salariés », a-t-il indiqué lors d’un point de presse.

Vers un contrôle renforcé des fonds d’investissement

Au-delà du seul cas Novasco, Sébastien Martin promet de rester « vigilant » face aux fonds d’investissement « qui n’auraient pas de projet industriel sérieux ». Le ministre veut tirer les leçons de ce dossier emblématique de la fragilité de la sidérurgie française et de la dépendance à des investisseurs jugés trop court-termistes.

Concernant l’avenir du site d’Hagondange et des autres terrains industriels de Novasco, le ministre établit une feuille de route précise : d’abord reprendre la main sur le foncier pour éviter toute vente fragmentée, puis identifier des investisseurs réellement engagés, capables de porter un projet industriel solide et durable.

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