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mardi, avril 14, 2026
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Réforme des retraites : le Sénat supprime la suspension de l’âge légal à 64 ans

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  • Sous la pression d’une majorité sénatoriale de droite et du centre, la suspension de la réforme des retraites, votée par l’Assemblée nationale, n’aura finalement pas survécu à son passage au Palais du Luxembourg.
  • Ce revers fragilise le compromis laborieusement esquissé par l’exécutif avec les socialistes et fait planer une nouvelle incertitude sur l’avenir du budget de la Sécurité sociale.

   Sans surprise, la majorité sénatoriale de droite et du centre a rejeté mardi soir la suspension de la réforme des retraites. Pour tenter d’éviter une motion de censure spontanée en octobre et trouver un compromis avec les socialistes, Sébastien Lecornu s’était engagé à intégrer, dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), une suspension du report de l’âge légal de départ à 64 ans.

Si les députés n’ont pas eu le temps d’aller au bout de l’examen du texte, ils ont néanmoins adopté cette suspension le 12 novembre. Mais au Sénat, où la majorité avait déjà soutenu la réforme en 2023, ce vote est perçu comme une faute politique majeure. Bruno Retailleau, de retour au Sénat depuis une semaine, y voit ni plus ni moins qu’une « capitulation » du gouvernement face à la gauche.

Après des débats houleux, les sénateurs ont supprimé l’article 45 bis du PLFSS, qui prévoyait cette suspension, par 190 voix pour et 108 contre. Un signal clair : la droite sénatoriale ne veut pas rouvrir la boîte de Pandore des retraites.

Au nom de la commission des affaires sociales, la rapporteure LR a défendu un amendement de suppression sans détour :

« Le PS a agité le chiffon rouge. La réforme des retraites contre une censure du gouvernement. Tout ça pour un trimestre pour la génération 1964, 1965 pour un coût de 400 millions pour 2026 et de 1,5 milliard en 2027″, a-t-elle rappelé.

Face aux protestations de la gauche, elle a assumé une ligne de rigueur : « De toute façon, on n’a pas le choix. Dans un système par répartition, le choix c’est le report d’âge, la baisse des pensions, la hausse des cotisations. Vous choisissez. »

Bruno Retailleau : « Il faut travailler plus en France »

L’examen de l’article 45 bis a été marqué par la première prise de parole de Bruno Retailleau depuis son retour dans l’hémicycle. Le président de LR a défendu la philosophie de la réforme de 2023 : « Il faut travailler plus en France si l’on veut renouer avec la prospérité. Sur une vie, il nous manque trois années de travail ! »

Pour lui, la suspension votée à l’Assemblée nationale est un symbole dangereux. Il a fustigé cette suspension comme « le tribut payé par le gouvernement à la gauche pour durer ».

« Ne rien faire, c’est se condamner au déficit éternel ! », a-t-il alerté, pointant la crise démographique et « la fragilisation du régime par répartition », qui risque de faire « reporter sur les générations futures le fardeau de l’endettement ».

Dans le camp LR, la défense de la réforme des retraites s’accompagne d’un discours plus large sur la place du travail dans la société. Alain Milon, sénateur LR et président par intérim de la commission des affaires sociales, a ainsi répondu aux attaques venues des socialistes et de la gauche : « Le travail représente une partie importante de la bonne santé », assure le sénateur, pour qui le prolongement de la vie active ne doit pas être synonyme de précarité ou de dégradation des conditions de vie.

Patrick Kanner accuse la droite de « voler des années de vie »

Face à cette ligne de fermeté, la gauche dénonce une politique brutale et injuste. Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, a pris la parole pour pointer ce qu’il considère comme une offensive généralisée contre les plus fragiles : « Depuis une semaine, c’est la France des salariés, des retraités, des chômeurs, des pauvres et des malades que vous avez décidé de matraquer », cingle-t-il à l’adresse de la droite de l’hémicycle, alors que commence l’examen de l’article 45 bis.

Il accuse la majorité sénatoriale d’agir « par idéologie » : « Par idéologie, vous avez rétabli le gel des dépenses de retraites et des prestations sociales, (…) la taxe sur les mutuelles, (…) ajouté une mesure pour allonger la durée du travail, et [supprimé] une recette de deux milliards et sept cents millions d’euros qui était assurée et assise sur les produits de placement de nos concitoyens les plus aisés », condamne-t-il.

Selon lui, le rétablissement de la réforme de 2023 ne fait aucun doute : « Par idéologie, vous vous apprêtez maintenant à rétablir la réforme des retraites de 2023″, poursuit l’élu, « vous assumez donc pleinement de voler des années de vie à 3,5 millions de Français ».

Un compromis gouvernement–gauche fortement compromis

En supprimant l’article 45 bis, le Sénat remet en cause l’équilibre fragile trouvé par le gouvernement avec les socialistes à l’Assemblée nationale. L’engagement de Sébastien Lecornu de suspendre le report de l’âge légal à 64 ans devait permettre de désamorcer les tensions et d’éviter une motion de censure.

Désormais, la perspective d’un accord entre les deux chambres sur le budget de la Sécurité sociale apparaît très incertaine. Entre une droite sénatoriale attachée au principe du « travailler plus » et une gauche qui dénonce un « vol d’années de vie » pour des millions de Français, la réforme des retraites continue de cristalliser les fractures politiques et sociales du pays.

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