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Assemblée nationale : bataille politique autour de la nationalisation d’ArcelorMittal

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  • La bataille politique autour de l’avenir d’ArcelorMittal France se joue ce jeudi 26 novembre dans l’hémicycle.
  • Entre accusations d’« obstruction massive », mobilisation syndicale et mises en garde de la direction du groupe, la nationalisation de la branche française de l’aciériste enflamme l’Assemblée nationale.

   Alors que plusieurs centaines de suppressions de postes sont annoncées, la sidérurgie devient le symbole d’un affrontement plus large sur la souveraineté industrielle du pays.

LFI veut faire de la nationalisation d’ArcelorMittal France un marqueur fort de sa “niche parlementaire”. Le Rassemblement national est accusé d’organiser une obstruction à coups d’amendements, tandis que la CGT dénonce un parti qui “travaille pour Mittal”. En face, la direction du groupe met en garde contre un “risque majeur” pour les sites français et assure que la nationalisation ne répondrait pas au défi de la concurrence mondiale.

Une proposition de loi explosive au cœur de la “niche parlementaire” de LFI

Les députés de La France insoumise défendent ce jeudi une série de textes dans le cadre de leur journée réservée, la fameuse “niche parlementaire”. Parmi eux, une proposition de résolution et surtout une proposition de loi hautement symbolique : la nationalisation d’ArcelorMittal France, portée par la députée insoumise Aurélie Trouvé.

Ce texte intervient dans un contexte social tendu. En avril, ArcelorMittal a annoncé un plan social prévoyant plus de 600 suppressions de postes dans l’Hexagone. Pour LFI et une partie de la gauche, la nationalisation est présentée comme un outil de défense de l’emploi, de la sidérurgie et de la souveraineté nationale.

La proposition de loi a déjà franchi une première étape : elle a été adoptée le 19 novembre en commission des Finances, avec le soutien de l’ensemble de la gauche. La droite et le centre l’ont rejetée, tandis que le Rassemblement national s’est abstenu, une attitude que LFI et la CGT jugent aujourd’hui suspecte.

LFI dénonce une « obstruction massive » du Rassemblement national

Dès mardi, la présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, a mis en garde contre une possible paralysie des débats. Elle a dénoncé le risque d’« obstruction massive » de la part du RN, craignant que l’avalanche d’amendements ne ralentisse l’examen des textes jusqu’à minuit, heure limite de la niche parlementaire, au point d’empêcher le vote de certaines mesures.

Les insoumis rappellent qu’au-delà de la nationalisation d’ArcelorMittal, une autre proposition de loi importante est au menu : celle visant l’égalité du service public postal entre les Outre-mer et l’Hexagone. Là encore, LFI craint que les débats soient étouffés par la stratégie de l’extrême droite.

Selon des sources parlementaires, plus de 310 amendements ont été déposés sur le texte ArcelorMittal à la clôture du dépôt, lundi à 17h. Le groupe RN en a déposé 195, et ses alliés de l’UDR 84, soit 279 amendements au total. Le reste provient des macronistes (28 amendements du groupe Renaissance/EPR) et de LFI elle-même (3 amendements). Les services de l’Assemblée nationale examinent toujours la recevabilité de certains amendements, ce qui pourrait réduire le nombre de ceux effectivement discutés en séance.

Sophie Binet : « Le RN travaille pour Mittal »

En première ligne aux côtés des insoumis, la CGT dénonce sans détour la stratégie du Rassemblement national. Sa secrétaire générale, Sophie Binet, pointe une forme de duplicité du parti d’extrême droite : « Ils s’abstiennent pour faire croire qu’ils ne sont pas opposés et derrière (…), ils mettent en place une manœuvre d’obstruction », a-t-elle fustigé, dénonçant une démarche « hypocrite » du RN.

Pour Sophie Binet, la position du Rassemblement national ne laisse aucune place au doute. La secrétaire générale de la CGT estime que le parti d’extrême droite agit au bénéfice direct du groupe sidérurgique. « Ce que l’on constate, c’est que le RN travaille pour Mittal », affirme-t-elle, jugeant qu’il contribue ainsi à « permettre à une grande multinationale de plier bagages et de dépouiller notre industrie ».

La responsable syndicale en appelle également à la mobilisation des parlementaires. Elle exhorte les députés à se saisir de ce vote décisif. « Nous appelons l’ensemble des députés à être présents et à voter cette proposition de loi essentielle pour la défense de notre industrie et de notre souveraineté nationale », souligne-t-elle, annonçant l’envoi d’un courrier à tous les groupes parlementaires, à l’exception de ceux du RN.

Jean-Luc Mélenchon attaque le RN, “ennemi de la souveraineté nationale”

Sur le réseau X, le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon a lui aussi ciblé frontalement le Rassemblement national, l’accusant de préparer « le blocage de la nationalisation d’Arcelor ».

Il a pointé notamment les élus RN implantés dans les bastions de la sidérurgie : « À Dunkerque, mais aussi chez les députés RN à Grandrange, Florange, Desvres, Montataire, le RN est l’ennemi de la souveraineté nationale et le meilleur ami du patron liquidateur », a-t-il écrit, accusant le parti de Marine Le Pen de trahir les intérêts des salariés qu’il prétend défendre.

La riposte du RN : « Le RN permettra un vote sur Arcelor »

Le Rassemblement national rejette ces accusations et renvoie la balle à LFI. Sur X, le député RN Jean-Philippe Tanguy a réagi en affirmant que « le RN permettra un vote sur Arcelor mais aura donné une bonne leçon à LFI qui se croit tout permis ».

Il laisse ainsi planer le doute sur un éventuel retrait d’une partie des amendements déposés, sans toutefois clarifier sa stratégie. Le même député appelle à ne pas oublier le passé récent. Selon lui, LFI aurait eu une « attitude odieuse » et aurait fait de l’obstruction sur les textes du RN lors de sa journée annuelle réservée dans l’hémicycle, le 30 octobre dernier.

La CGT mobilise la sidérurgie devant l’Assemblée

Au-delà des joutes parlementaires, la bataille se joue aussi dans la rue. Jeudi, en marge de l’examen du texte sur ArcelorMittal, la CGT a appelé les salariés de la sidérurgie, déjà en grande difficulté, à se rassembler aux abords de l’Assemblée nationale.

Objectif : mettre la pression sur les députés et rappeler l’urgence sociale. Le syndicat veut « appeler les députés à prendre leurs responsabilités et à protéger la sidérurgie française », a expliqué Sophie Binet, qui voit dans ce vote un moment décisif pour l’avenir de toute une filière industrielle.

La direction d’ArcelorMittal : « La nationalisation ne règle en rien le problème »

Face au front politique et syndical qui réclame la nationalisation, la direction d’ArcelorMittal France défend une position diamétralement opposée. Invité jeudi 27 novembre sur franceinfo, Alain Le Grix de la Salle, président d’ArcelorMittal France, a tenu à rappeler les enjeux de la concurrence internationale : « Nous sommes face à une concurrence déloyale et la nationalisation ne règle en rien ce problème ».

 « Nos sites sont exposés aujourd’hui aux surcapacités mondiales et aux importations destructrices des marchés européens. Nous sommes face à une concurrence déloyale et la nationalisation ne règle en rien ce problème », assure t-il.

Pour lui, détacher les usines françaises du groupe mondial serait une prise de risque majeure. Selon lui, “détacher les sites français d’une organisation européenne soutenue par un groupe mondial qui gagne de l’argent”, c’est les mettre face à “un risque majeur devant eux”.

La direction plaide donc pour une stratégie industrielle intégrée à l’échelle européenne plutôt que pour une reprise en main par l’État français.

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