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Dermatose nodulaire contagieuse : entre abattages, vaccins et blocages, la colère du monde agricole monte

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  • Alors que le gouvernement promet une montée en puissance de la vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse, la colère du monde agricole ne retombe pas.
  • Des blocages d’axes autoroutiers aux rassemblements devant le Parlement européen, les éleveurs dénoncent des mesures jugées tardives et insuffisantes.

   Mercredi 17 décembre, les actions des agriculteurs se poursuivent sur plusieurs grands axes routiers et devant des institutions, malgré l’annonce de 900 000 doses de vaccins et la mobilisation de vétérinaires militaires. Entre crainte pour leurs troupeaux, refus de l’abattage systématique et inquiétudes liées au traité de libre-échange UE-Mercosur, les éleveurs parlent d’une véritable « course contre la montre ».

 Des barrages qui se multiplient du Sud-Ouest à l’Alsace

Sur le terrain, la mobilisation reste particulièrement forte dans le Sud-Ouest. À Cestas (Gironde), près de Bordeaux, des agriculteurs tiennent un point de barrage et disent ne plus croire aux promesses.

 Plus au sud, sur l’A61, à hauteur de Carcassonne (Aude), des dizaines de tracteurs, arborant les drapeaux de la Coordination rurale, de la Confédération paysanne et des Jeunes Agriculteurs, bloquent les deux sens de circulation.

Les perturbations s’étendent à d’autres grands axes : l’échangeur de Bourges sur l’A71 (Cher), celui de Vendargues sur l’A709 (Hérault), ainsi que l’A65, coupée dans les deux sens entre Pau et Thèze-Garlin, selon Bison Futé.

En Alsace, la contestation prend aussi de l’ampleur. Des convois importants de tracteurs ont paralysé routes et villages dans le Bas-Rhin, tandis qu’à Strasbourg, une centaine d’agriculteurs se sont rassemblés devant le siège du Parlement européen, à l’appel de la Coordination rurale.

Sur les banderoles, les slogans sont sans équivoque : « Non à l’abattage », « Halte au massacre », « Touche pas ma vache ».

900 000 doses annoncées et des renforts vétérinaires

 Pour tenter d’apaiser la colère, le gouvernement met en avant une accélération de la vaccination dans les départements touchés. Sur RTL, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, détaille les moyens déployés :

« 500 000 doses que nous avons déjà aujourd’hui et cette nuit, nous sommes allés chercher aux Pays-Bas 400 000 doses supplémentaires », explique-t-elle.

Selon la ministre, au total, 900 000 doses doivent être disponibles d’ici jeudi pour vacciner 750 000 bovins supplémentaires dans les prochaines semaines. « On en a 900 000 qui sont disponibles pour vacciner 750 000 bovins », précise la ministre, qui insiste désormais sur le besoin de main-d’œuvre pour assurer les injections.

 « On va mobiliser les vétérinaires libéraux, les retraités, les étudiants, il nous faut des bras, on a les doses, il nous faut des bras maintenant », affirme -t-elle.

Le dispositif prévoit aussi l’intervention de vétérinaires militaires. Les élevages du Tarn et de l’Hérault s’ajoutent aux départements déjà concernés, portant à dix le nombre de départements du Sud-Ouest visés par cette campagne de vaccination accélérée.

Au Sénat, lors des questions au gouvernement, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a confirmé ce renforcement des moyens. Il a annoncé l’envoi de 20 vétérinaires de l’armée et de 347 vétérinaires issus des corps des sapeurs-pompiers pour appuyer les opérations sur le terrain.

Malgré ces annonces, de nombreux éleveurs estiment que l’effort reste insuffisant. Certains réclament la vaccination de l’ensemble du cheptel français, qui compte près de 19 millions de bovins, et non seulement des zones les plus touchées.

Dans plusieurs départements, les autorités multiplient les contrôles pour éviter la propagation de la maladie, notamment dans le Limousin. Pour l’heure, l’abattage total des troupeaux touchés reste la règle dès qu’un nouveau cas se présente, une perspective que les éleveurs rejettent massivement, dénonçant un « massacre » économique, sanitaire et moral.

Une épizootie gérée « en course contre la montre »

 Face à cette crise, le principal syndicat agricole, la FNSEA, met l’accent sur l’urgence sanitaire. Sur France Inter, son président, Arnaud Rousseau, insiste sur la nécessité d’agir vite : « Plus on ira vite pour vacciner les départements qui sont aujourd’hui concernés, mieux ce sera », estime-t-il, parlant d’une véritable « course contre la montre ».

 Il affirme avoir mobilisé l’ensemble du réseau syndical pour participer à l’effort collectif : il dit avoir appelé tous les réseaux de la FNSEA « à se mobiliser pour vacciner le plus vite possible ». Le responsable syndical s’inquiète en outre du climat de tension autour des professionnels de santé animale et dénonce « les menaces dont font l’objet » certains vétérinaires impliqués dans la lutte contre la maladie.

Entre gestion d’urgence et défi de long terme

Si l’objectif immédiat du gouvernement est de casser la dynamique de l’épizootie grâce à la vaccination ciblée et à la mobilisation de renforts vétérinaires, les agriculteurs réclament, eux, une réflexion plus globale. Entre refus de l’abattage systématique, demande d’outils de prévention plus ambitieux et critique des accords de libre-échange comme le traité UE-Mercosur, ils dénoncent la fragilité structurelle de l’élevage français face aux crises sanitaires.

Pour l’heure, les blocages se poursuivent, les doses de vaccins arrivent et les renforts vétérinaires se déploient. Mais sur les ronds-points comme devant les institutions, un message domine : sans changement de cap durable, la confiance entre le monde agricole et les pouvoirs publics restera difficile à reconstruire.

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