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Moteurs thermiques : l’UE assouplit l’objectif 2035 et mise sur la « préférence européenne »

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  • Bruxelles revoit sa copie sur la fin des moteurs thermiques, sans renoncer à la neutralité carbone.
  • La Commission européenne introduit plus de flexibilité technologique, tout en renforçant le soutien à l’industrie automobile et aux batteries produites en Europe.

   L’Europe recule d’un pas sur le zéro émission en 2035, mais tente de gagner en réalisme économique et industriel. En abaissant de100 % à 90 % la réduction obligatoire des émissions de CO₂ pour les voitures neuves, l’Union laisse une porte entrouverte aux hybrides et aux moteurs thermiques, à condition de compenser.

La France, elle, se félicite d’une première victoire sur la “préférence européenne” et la prise en compte du “Fabriqué en Europe” dans la stratégie climatique.

Un objectif 2035 assoupli, mais toujours très ambitieux

La Commission européenne a décidé de revoir son objectif de zéro émission pour 2035 en introduisant des exceptions au tout-électrique. Les voitures hybrides rechargeables et les véhicules électriques à prolongateur d’autonomie pourront continuer à être vendus au-delà de cette date.

Initialement, le projet validé par le Parlement européen en juin 2022 prévoyait une réduction de 100 % des émissions de CO₂ des voitures neuves par rapport à la période 2021-2024. Ce seuil est désormais abaissé à 90 %.

 « Cela permettra aux véhicules hybrides rechargeables (PHEV), aux prolongateurs d’autonomie, aux hybrides légers et aux véhicules à moteur à combustion interne de continuer à jouer un rôle au-delà de 2035, en plus des véhicules entièrement électriques (EV) et des véhicules à hydrogène », précise la Commission dans un communiqué.

Autrement dit, jusqu’à 10 % des ventes de voitures neuves pourront encore être des modèles non entièrement électriques après 2035. Mais ces 10 % devront être compensés par le recours à de l’acier bas carbone d’origine européenne, à des carburants de synthèse (e-fuels) ou à des biocarburants.

Malgré cet assouplissement, la trajectoire reste exigeante. La réduction de 90 % des émissions moyennes doit continuer à inciter l’industrie automobile à basculer massivement vers le 100 % électrique, alors que les voitures électriques représentent déjà 16,4 % des ventes de voitures neuves dans l’Union européenne de janvier à octobre.

Un plan de soutien massif aux batteries et à l’industrie automobile

Pour accompagner cette transition, la Commission européenne déploie un vaste plan de soutien au secteur automobile.

Bruxelles annonce notamment 1,5 milliard d’euros de prêts à taux zéro destinés aux entreprises qui produisent en Europe des batteries pour véhicules électriques. L’objectif : renforcer une filière stratégique face à la concurrence de la Chine et aux tensions commerciales avec les États-Unis.

Parallèlement, la Commission prévoit d’accélérer le verdissement des flottes d’entreprises en fixant des objectifs de réduction des émissions propres à chaque pays. Elle souhaite également soutenir le développement de petits véhicules électriques européens, plus abordables et adaptés au marché, tout en instaurant une « préférence européenne » grâce à l’obligation d’intégrer davantage de contenus « made in Europe » dans les chaînes de production.

Cet « entre-deux » doit permettre de soulager les constructeurs et les États membres les plus réticents, à commencer par l’Allemagne. Mais il ne change pas fondamentalement la donne : la trajectoire reste alignée avec une électrification accélérée du parc automobile.

La France salue une avancée sur le « Fabriqué en Europe »

Paris présente ce compromis comme une étape politique décisive en faveur de la souveraineté industrielle européenne. Dans un communiqué, le gouvernement souligne ainsi « une première avancée majeure » avec l’intégration du critère « Fabriqué en Europe » dans la réglementation automobile, affirmant que « pour la première fois, la production sur le sol européen sera prise en compte dans l’atteinte des objectifs climatiques européens », une évolution qualifiée de fruit d’« un combat déterminé mené par la France ».

L’exécutif français salue également un texte jugé équilibré, conciliant ambition environnementale et exigences économiques : « La France salue l’équilibre global du texte proposé par la Commission européenne », qui « réaffirme l’ambition d’électrification tout en apportant la souplesse nécessaire pour renforcer notre industrie et garantir notre souveraineté ».

Le gouvernement rappelle qu’il ne s’agit que d’une étape, la préférence européenne devant, selon lui, être étendue « à l’ensemble des véhicules électriques, et non aux seuls petits véhicules » dans les négociations à venir.

Dans le même esprit, le gouvernement insiste sur la nécessité de préserver l’intégrité de l’objectif climatique. Il « prend acte » des flexibilités prévues à l’horizon 2035, mais soutient la « logique de compensation » qui permet de maintenir le cap de la neutralité carbone tout en introduisant une préférence européenne sur l’acier.

L’exécutif assure rester « extrêmement vigilant » pour éviter que ces assouplissements ne compromettent « l’objectif d’électrification et de décarbonation » ou ne freinent les investissements industriels dans la filière électrique.

Flottes professionnelles : un levier central de la transition

Les flottes professionnelles constituent une part majeure des immatriculations de voitures neuves en Europe. La Commission entend en faire un levier stratégique de la transition.

Des objectifs nationaux seront fixés pour encourager la décarbonation de ces flottes, en privilégiant les véhicules 100 % électriques ou à faibles émissions de CO₂. Ces obligations s’appliqueront aux entreprises de plus de 250 salariés ou réalisant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, y compris les loueurs de véhicules, qui représentent un débouché crucial pour les constructeurs.

Parallèlement, l’UE va également revoir les obligations d’électrification des camionnettes et des camions. Les constructeurs avaient alerté sur le risque de lourdes amendes à partir de 2030 en raison d’une demande jugée insuffisante pour ces modèles électriques.

Bruxelles défend une approche « pragmatique », Paris sur la même ligne

Accusée par certains de détricoter le Pacte vert européen, la Commission assume un ajustement, mais réfute toute idée de renoncement. L’UE « ne renonce pas à ses ambitions climatiques » en assouplissant l’objectif du tout-électrique en 2035, mais adopte une approche « pragmatique » face aux difficultés rencontrées par l’industrie automobile, a défendu le commissaire européen Stéphane Séjourné.

« L’objectif reste le même, les flexibilités sont en réalité des réalités pragmatiques au vu de l’adhésion des consommateurs, de la difficulté des constructeurs à proposer sur le marché du 100% électrique pour 2035″, a-t-il déclaré dans un entretien à l’AFP.

Berlin met en avant la « neutralité technologique »

Côté allemand, le chancelier Friedrich Merz a accueilli favorablement la nouvelle orientation européenne, qu’il voit comme une façon de mieux protéger le secteur automobile dans un contexte de crise.

« Davantage de neutralité technologique et de flexibilité sont le bon chemin – pour mieux concilier objectifs climatiques, réalités du marché, entreprises et emplois », a-t-il réagi dans un communiqué.

Si Paris insiste sur la préférence européenne et la souveraineté industrielle, Berlin souligne plutôt la flexibilité technologique et l’adaptation aux réalités du marché. Les deux capitales convergent toutefois sur l’idée qu’un cap trop rigide sur le tout-électrique était difficilement tenable à court terme.

Un symbole du Pacte vert remodelé par la realpolitik

L’interdiction des voitures neuves thermiques ou hybrides en 2035 constituait l’une des mesures emblématiques du grand Pacte vert européen, adopté en 2023 pour mettre l’UE sur la trajectoire de la neutralité carbone en 2050, après un vote spécifique sur cette mesure en juin 2022.

Mais l’Union fait désormais face à une concurrence exacerbée de la Chine, à des tensions commerciales avec les États-Unis et à une industrie automobile fragilisée. Plusieurs mesures environnementales ont déjà été reportées ou allégées dans un virage pro-business assumé.

L’assouplissement de l’objectif 2035 s’inscrit dans cette dynamique : plus de souplesse, plus de préférence européenne, mais un cap officiel maintenu vers l’électrification et la décarbonation. Reste à voir si cette ligne de crête permettra de concilier, dans la durée, ambitions climatiques, réalisme industriel et adhésion des consommateurs.

 

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