- Le groupe Galeries Lafayette a officialisé l’entrée « en négociations exclusives avec un acteur anglo-saxon » pour la vente des murs du BHV, à Paris.
- Cette opération, estimée entre 300 et 400 millions d’euros, intervient sur fond de polémique autour de Shein et de difficultés de financement du groupe SGM.
Au cœur de la rue de Rivoli, l’avenir du BHV bascule sans changer de visage : Galeries Lafayette s’apprête à céder les murs du grand magasin à un investisseur anglo-saxon, tandis que la Société des grands magasins (SGM) de Frédéric Merlin resterait exploitante. Une transaction « aux conditions initialement prévues avec le groupe SGM » qui vise à sauver un projet fragilisé par le scandale Shein, le retrait de la Banque des territoires et la pression politique croissante autour de ce site emblématique, juste sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville.
Un actif stratégique cédé « aux conditions initialement prévues »
Dans un communiqué, le groupe Galeries Lafayette annonce être « entré en négociations exclusives avec un acteur anglo-saxon », en vue de lui céder les murs du BHV, situé rue de Rivoli, au cœur de Paris.
« La cession de cet actif immobilier stratégique situé rue de Rivoli, au cœur de Paris, est envisagée aux conditions initialement prévues avec le groupe SGM », précise le texte, évoquant un calendrier qui court dès le mois de janvier, « aux conditions initialement prévues avec le groupe SGM ».
Selon Le Parisien, le montant de l’opération est estimé entre 300 et 400 millions d’euros.
Autrement dit, si le nom du propriétaire évolue, l’architecture du deal reste inchangée : l’investisseur anglo-saxon reprendrait le cadre négocié avec la Société des grands magasins, cofondée par Frédéric Merlin.
SGM reste exploitant du BHV malgré le changement de propriétaire
Le montage envisagé distingue clairement la propriété des murs et l’exploitation du magasin.
« Cette acquisition serait réalisée par l’investisseur en accord avec le groupe SGM, qui continuera à assurer l’exploitation du BHV », souligne le communiqué.
L’acteur anglo-saxon viendrait ainsi en appui de SGM pour boucler le financement, sans évincer ce dernier de la gestion quotidienne du grand magasin. L’objectif est de maintenir le projet initial, en apportant les fonds que le groupe de Frédéric Merlin n’a pas réussi à réunir seul.
Une promesse de vente arrivée à échéance dans un climat tendu
À l’origine, c’est bien SGM qui devait racheter les murs du BHV. Le groupe était lié aux Galeries Lafayette par une promesse de vente arrivant à échéance vendredi 19 décembre. Mais le tour de table financier s’est révélé plus difficile que prévu.
Le projet a vacillé lorsque SGM a été lâché par la Banque des territoires, partenaire pressenti depuis juin pour l’accompagner dans l’acquisition. L’entité de la Caisse des dépôts a finalement annoncé son retrait, invoquant une « rupture de confiance », dans le sillage du scandale Shein.
Face à ce désengagement public et à la polémique grandissante, Galeries Lafayette a donc opté pour un nouveau schéma : vendre les murs à un investisseur privé étranger, tout en conservant SGM comme exploitant.
Le scandale Shein, déclencheur de la crise autour du BHV
Le climat s’est brutalement tendu début octobre, quand Frédéric Merlin a annoncé l’installation, au sein du BHV, du premier magasin physique aux couleurs de Shein, marque asiatique de mode ultra-éphémère. L’enseigne est accusée de nombreux maux : « concurrence déloyale, pollution… », mais aussi opacité sur ses conditions de production.
Cette annonce a déclenché un tollé. Plusieurs grandes marques – Dior, Sandro, Guerlain et d’autres – ont choisi de quitter le BHV, soit en raison d’une accumulation d’impayés, soit par opposition au partenariat avec Shein.
Refusant de voir son nom associé à la fast-fashion chinoise, le groupe Galeries Lafayette a ensuite rompu son contrat avec SGM concernant sept magasins de province, rebaptisés BHV, prenant ainsi publiquement ses distances.
Financements introuvables, recours à des fonds étrangers
Auditionné fin novembre à l’Assemblée nationale, Frédéric Merlin avait reconnu la délicatesse de la situation financière. Il avait évoqué des « discussions extrêmement précises » avec des « fonds d’investissement » étrangers non chinois, dans l’espoir de sécuriser l’opération.
L’entrée en scène d’un investisseur anglo-saxon apparaît comme la traduction concrète de cette stratégie : contourner la frilosité des acteurs publics français en s’appuyant sur des capitaux internationaux, afin de finaliser l’acquisition tout en maintenant SGM aux commandes.
Pression politique et enjeux symboliques autour de l’Hôtel de Ville
Le dossier dépasse désormais le seul cadre commercial. Le BHV – pour Bazar de l’Hôtel de Ville – occupe une place hautement symbolique, jouxtant l’Hôtel de Ville de Paris.
Mardi encore, la maire socialiste de la capitale, Anne Hidalgo, a rappelé l’intérêt de la Ville pour les murs du grand magasin, soulignant la nécessité de préserver l’emploi, le commerce de centre-ville et l’identité du quartier. Bien que cette option n’ait pas abouti, elle a renforcé la visibilité politique du dossier, déjà sensible en raison de Shein.
