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Accord UE–Mercosur : Genevard revendique des « garde-fous », la colère agricole monte

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  • La France n’est pas parvenue à bloquer l’accord commercial UE–Mercosur, validé par les États membres de l’Union européenne.
  • La ministre de l’Agriculture Annie Genevard affirme toutefois que Paris a obtenu des garde-fous supplémentaires pour protéger les agriculteurs français

    Minoritaire au Conseil, la France n’a pas bloqué l’accord UE–Mercosur, mais l’exécutif affirme avoir durci ses garde-fous : clause de sauvegarde, réciprocité des normes, contrôles renforcés. Dans le même temps, les mobilisations d’agriculteurs s’intensifient, à quelques jours d’une signature annoncée au Paraguay et d’un vote à haut risque au Parlement européen.

 Annie Genevard : « J’ai toujours considéré [cet accord] comme mauvais »

 Invitée ce lundi matin sur BFMTV-RMC, Annie Genevard n’a pas cherché à minimiser l’échec français au Conseil, tout en martelant que Paris a pesé sur le contenu final.

« Ça fait des mois maintenant que je sillonne les capitales européennes pour convaincre nos partenaires de ne pas voter ce projet d’accord, que j’ai toujours considéré comme mauvais », a déclaré la ministre.

Selon elle, la bataille ne s’est pas limitée à tenter d’empêcher la signature. « En même temps que la France se battait pour que l’accord ne soit pas signé, nous nous sommes battus aussi pour imposer la clause de sauvegarde, la réciprocité des normes, l’augmentation des contrôles. Ce sont les combats de la France », a-t-elle affirmé.

Et de présenter un texte retravaillé sous la pression française : « Le projet d’accord tel qu’il sera paraphé au Paraguay n’est pas le même que celui qui a été paraphé à Montevideo il y a un an », assure-t-elle, avant d’insister : « Ce n’est pas le même et c’est à la France qu’on le doit. »

Un « choix courageux », malgré le risque d’être minoritaire

La ministre revendique une ligne politique assumée, même lorsque la constitution d’une minorité de blocage semblait hors de portée. « La France, à la fois, a fait bouger les lignes et en même temps a exprimé un choix, un choix courageux, un choix qui défend le monde de l’agriculture (…) Ce n’est pas parce qu’on risquait d’être minoritaire que ce combat il ne fallait pas le mener », a-t-elle poursuivi.

Annie Genevard reconnaît toutefois que l’exécutif aurait voulu éviter l’issue actuelle : « Alors évidemment, je ne vais pas vous dire le contraire, on aurait préféré que l’accord ne soit pas adopté. » Mais elle assure que ce bras de fer laissera des traces durables dans la façon dont l’Union négocie.

 « Ce combat que nous avons mené (…) fait que les prochains accords de libre-échange que l’Union européenne conclura au nom des pays membres ne seront pas les mêmes qu’avant ces négociations avec le Mercosur », a-t-elle affirmé.

Mobilisation agricole : dépôts, silos et ports ciblés

Sur le terrain, la tension continue de monter. Lancée il y a un mois contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la mobilisation de plusieurs syndicats agricoles a été amplifiée par la signature prochaine de l’accord UE–Mercosur.

Après un week-end d’actions, des agriculteurs ont encore bloqué lundi un dépôt pétrolier à La Rochelle et des silos à grains à Bayonne, dans le sillage d’un barrage filtrant établi ce week-end sur le port du Havre. Une stratégie de points de blocage logistiques qui illustre l’extension de la contestation au-delà des seuls centres décisionnels.

En ligne de mire : la crainte d’une concurrence accrue et d’un afflux de produits à bas coût, notamment de viande bovine, en provenance d’Amérique du Sud — un argument régulièrement mis en avant par les opposants à l’accord.

Signature au Paraguay, puis vote serré au Parlement européen

Malgré l’opposition de la France — qui n’est pas parvenue à réunir une minorité de blocage — les États membres de l’Union européenne ont donné vendredi leur feu vert à la signature de l’accord commercial entre l’Europe et les pays du Mercosur. Bruxelles a ensuite confirmé que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendrait ce samedi 17 janvier au Paraguay pour apposer sa signature sur le texte.

Présenté par ses partisans comme un levier majeur, cet accord, fruit de plus de 25 ans de négociations, est jugé essentiel pour stimuler les exportations, soutenir l’économie du continent et renforcer les liens diplomatiques dans un contexte d’incertitude mondiale. Mais la contestation agricole, elle, reste vive.

Et surtout, la route reste ouverte à de nouveaux rebondissements : la ratification dépend encore d’un vote annoncé comme serré au Parlement européen. À Strasbourg, les eurodéputés sont tiraillés par des impératifs nationaux au sein même des groupes politiques, rendant incertaine l’émergence d’une majorité. Ils pourraient également demander l’avis de la Cour de justice de l’UE sur la compatibilité de l’accord avec les traités européens — une saisine qui, si elle est jugée recevable, serait suspensive.

 Strasbourg, rendez-vous le 20 janvier : la pression se déplace vers les eurodéputés

Au-delà de la France, des manifestations ont aussi eu lieu en Italie, en Pologne ou en Irlande. Pour maintenir la pression sur les eurodéputés, un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu le 20 janvier prochain à Strasbourg, devant le Parlement européen.

Dans l’immédiat, l’exécutif tente de tenir une ligne de crête : défendre l’agriculture française, tout en pesant sur les conditions d’un accord déjà engagé. Une bataille de normes, de contrôles et de clauses, qui s’annonce désormais autant politique que parlementaire.

 

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