- À Davos, le Premier ministre canadien Mark Carney a estimé que l’ordre mondial des dernières décennies était « fracturé ».
- Il a appelé les « puissances moyennes » à agir ensemble face aux forces « hégémoniques », tout en réaffirmant son soutien au Groenland et au Danemark.
« Je vais être franc : nous sommes en pleine fracture, pas en pleine transition.» Devant le Forum économique mondial, Mark Carney a appelé les « puissances moyennes » à se coaliser pour ne pas subir la loi du plus fort, tout en affichant un soutien « ferme » au Groenland et au Danemark, au moment où Donald Trump multiplie les provocations, y compris via des images générées par l’IA.
À Davos, le Canada acte la fin des illusions
Mardi, lors d’une intervention au Forum économique mondial de Davos, Mark Carney a estimé que l’ordre mondial des décennies passées était désormais « fracturé ». Le Premier ministre canadien a voulu dissiper l’idée d’un simple rééquilibrage en cours : « Je vais être franc : nous sommes en pleine fracture, pas en pleine transition », a-t-il lancé, évoquant « la fin d’une fiction agréable et le début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte ».
Dans cette lecture, la planète bascule vers une époque où les rapports de force reprennent le dessus, avec une rivalité qui s’installe durablement.
« Chaque jour nous rappelle que nous vivons à une époque de grande rivalité entre les puissances », a martelé le chef du gouvernement canadien. Le cœur de son message : les États qui ne font pas partie du club des superpuissances doivent se coordonner s’ils veulent peser.
« Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table des discussions, nous sommes au menu », a averti Mark Carney.
Le Premier ministre a également mis en garde contre une stratégie de renoncement face aux menaces, visant clairement les pays pris entre pressions militaires, économiques ou diplomatiques : il a appelé les nations concernées à ne pas « plier » en espérant « que la soumission apporte la sécurité ».
Construire des coalitions pour éviter un « monde de forteresses »
Mark Carney a insisté sur le caractère irréversible du changement en cours : « Nous savons que l’ancien ordre ne reviendra pas », a-t-il affirmé. D’après lui, les puissances moyennes ont intérêt à s’organiser car ce sont « les pays qui ont le plus à perdre dans un monde de forteresses et le plus à gagner d’une véritable coopération ».
Derrière la formule, un message stratégique : multiplier les alliances et les plateformes de coopération, pour contrer l’isolement et réduire la vulnérabilité face aux décisions prises ailleurs.
Groenland : soutien « ferme » au Danemark face aux convoitises de Trump
Dans le même discours, Mark Carney — au pouvoir depuis moins d’une année — a apporté son soutien « ferme » au Groenland et au Danemark, soulignant « leur droit unique » à décider de l’avenir de cette vaste île arctique, convoitée par Donald Trump.
Le Premier ministre canadien s’est exprimé peu après une nouvelle allusion du président américain à une possible conquête du Canada, selon le récit rapporté dans ces communiqués, un enchaînement qui a renforcé la portée politique de son intervention à Davos.
Le contexte s’est tendu dans la nuit de lundi à mardi, alors que les ambitions américaines sur le Groenland inquiètent les alliés de Washington. Donald Trump a posté sur son réseau Truth Social une série de photos générées par l’IA : on l’y voit dans le Bureau ovale avec des dirigeants européens, devant une carte où le drapeau américain recouvre les États-Unis, mais aussi le Canada, le Groenland et le Venezuela.
Le président américain doit s’exprimer à Davos ce mercredi — une prise de parole attendue au moment même où le Premier ministre canadien appelle à un sursaut collectif des « puissances moyennes » face à la montée des logiques de puissance.
