- Le Medef propose de créer un CDI destiné aux jeunes pouvant être rompu sans motif pendant les premières années et d’“adapter” le Smic pour certains primo-entrants.
- CGT fustige un “CPE XXL” et une “déclaration de guerre”, tandis que Unef alerte sur une jeunesse transformée en “variable d’ajustement”.
- Les pistes patronales doivent encore être discutées avec les syndicats.
C’est une proposition qui met immédiatement le feu au dialogue social. Selon des documents consultés par l’AFP, confirmant une information de l’agence AEF, le Medef a avancé l’idée d’un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années, lors d’une réunion entre organisations patronales et syndicats.
Dans des notes consacrées à “l’emploi des jeunes” et au “modèle productif”, le Medef plaide pour s’“inspirer de l’exemple italien du contrat à droits progressifs”, créé en 2016. D’après l’organisation patronale, ce modèle “a contribué à la baisse du chômage structurel dans le pays”.
Transposé en France, ce CDI à modalités de rupture assouplies en début de contrat s’accompagnerait “d’une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture”. Autrement dit, plus l’ancienneté augmente, plus la compensation versée serait élevée.
Le retour du spectre du CPE, symbole d’une mobilisation historique
Difficile, pour les syndicats et les organisations étudiantes, de ne pas y voir une réédition d’un conflit social majeur. Le dispositif évoque en effet le “contrat première embauche” (CPE), créé en 2006 par Dominique de Villepin, alors Premier ministre. À l’époque, la contestation avait été massive, conduisant le gouvernement à supprimer le dispositif avant même son application.
Vingt ans après, l’initiative du Medef rouvre une ligne de fracture : faut-il assouplir les règles de rupture pour favoriser l’embauche des jeunes, ou risque-t-on au contraire d’installer une précarité durable à l’entrée sur le marché du travail ?
Smic : le Medef veut “adapter” la rémunération de certains primo-entrants
Deuxième point de crispation : la rémunération. Le Medef estime que le Smic “peut parfois constituer un frein à l’emploi pour les primo-entrants”. Il propose donc, pour un “public cible”, sur une “durée limitée” et “potentiellement par la négociation collective”, “d’adapter ce niveau de rémunération”, au nom de “l’incitation à l’embauche” et de “l’adéquation entre le niveau de rémunération et les compétences de primo-entrants”.
Pour ses opposants, la ligne rouge est franchie. Une rémunération inférieure au Smic reviendrait à instaurer un “Smic jeunes”, avec le risque de tirer l’ensemble des salaires vers le bas.
Au-delà du CDI pouvant être rompu sans motif, le Medef avance d’autres leviers : renforcer les “engagements en matière de formation professionnelle”, abaisser “en-deçà d’un certain âge” la durée minimale des contrats à temps partiel, supprimer les délais de carence entre deux CDD ou encore augmenter leur durée légale.
Ces propositions visent en particulier les jeunes dits “NEET” — “ni en emploi, ni en études, ni en formation”. Le Medef rappelle que cette catégorie représentait 12,3 % des Français âgés de 15 à 29 ans en 2023. L’objectif affiché est de réduire “la peur de l’embauche”, qui concernerait “au premier rang les jeunes peu ou pas qualifiés”.
“Déclaration de guerre” : la CGT promet un bras de fer social
La réaction syndicale a été immédiate. Dans un communiqué publié samedi 31 janvier, la CGT qualifie la création d’un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années de “déclaration de guerre contre les jeunes et les salariés”. Le syndicat dénonce un “CPE XXL” et prévient : “La CGT refusera catégoriquement de s’engager dans toute négociation qui comporte ces éléments.”
Sur franceinfo, Thomas Vacheron renchérit : “Avec le Medef, c’est systématiquement le retour en arrière sur les droits sociaux.”
“Tous les dispositifs qui sont mis dans le débat public, c’est systématiquement pour amoindrir les droits de celles et ceux qui travaillent”, ajoute t-il.
Le syndicat rappelle également le précédent du CIP en 1994, qui prévoyait un Smic jeunes inférieur au Smic légal et avait été“balayé par la mobilisation”.
L’Unef dénonce une “discrimination” et brandit la menace d’une mobilisation
Côté étudiant, la contestation est tout aussi vive. “Il faut arrêter la discrimination de la jeunesse”, a dénoncé samedi 31 janvier sur franceinfo Hania Hamidi. Selon elle, ces propositions risquent de transformer les jeunes en “main-d’œuvre peu coûteuse”.
L’Unef pointe “trois grosses problématiques” : un contrat avec une période d’essai de trois ans assimilable à “un licenciement plus facile”, une rémunération inférieure au Smic et un assouplissement du temps partiel.
“Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on est privé des mêmes droits que le droit du travail”, insiste Hania Hamidi, qui prévient que l’organisation étudiante s’inspirera des mobilisations contre le CPE de 2006 si ces pistes étaient retenues.
