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Capgemini met en vente sa filiale liée à l’ICE après une vive polémique en France

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  • Sous pression après des révélations sur un contrat avec la police américaine de l’immigration (ICE), le géant français Capgemini annonce la mise en vente immédiate de sa filiale Capgemini Government Solutions.
  • Une décision jugée « assez lâche » par la CGT, qui réclame désormais un audit et des garanties écrites sur l’ensemble des contrats sensibles du groupe.

    Dimanche 1er février, Capgemini a annoncé la mise en vente de sa filiale Capgemini Government Solutions, accusée d’avoir aidé l’ICE à localiser des migrants. « Capgemini va mettre en vente sa filiale Capgemini Government Solutions » et « le processus de cession de cette entité (…) sera initié immédiatement », a précisé le groupe.

L’entreprise insiste sur le poids limité de cette structure : elle représente « 0,4% du chiffre d’affaires estimé du groupe en 2025 » et « moins de 2% de son chiffre d’affaires aux États-Unis ». Mais l’onde de choc, elle, est bien plus large : la collaboration avec l’ICE — régulièrement critiquée pour ses méthodes lors d’arrestations d’immigrés en situation irrégulière — a déclenché une polémique immédiate en France.

Selon les informations obtenues par L’Œil du 20 heures sur France 2, Capgemini a notamment fourni à l’ICE « un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères ».

La controverse a rapidement pris une dimension politique. Mardi, le ministre de l’Économie Roland Lescure a appelé Capgemini à « questionner » ses activités et à « faire la lumière de manière extrêmement transparente sur les activités qui sont les siennes ».

Dans ce climat, un conseil d’administration extraordinaire du groupe a été convoqué durant le week-end. Dans un message interne adressé aux salariés, Capgemini a précisé que le contrat controversé, attribué en décembre, « faisait l’objet d’un recours ».

Capgemini invoque des contraintes fédérales américaines  

Pour justifier la cession, le groupe met en avant un problème de maîtrise opérationnelle, lié au cadre américain. Capgemini explique avoir considéré que « les contraintes légales habituelles imposées aux États-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale, afin d’assurer un alignement avec les objectifs du groupe« .

 Autrement dit : même si l’activité est juridiquement encadrée, l’entreprise affirme ne pas pouvoir garantir, dans ce contexte, une supervision suffisante et une cohérence avec ses propres engagements.

 « On exige un arrêt immédiat » : la CGT dénonce une vente, pas une rupture

La décision de vendre ne convainc pas les syndicats. Sur franceinfo, Benjamin Girard, délégué syndical CGT Capgemini à Nantes, hausse le ton : « On exige un arrêt immédiat de la collaboration de Capgemini avec le gouvernement fédéral américain sous toutes ses formes. »

Pour lui, la vente ressemble davantage à un transfert de responsabilité qu’à une remise en cause. Cette décision est « assez lâche », réagit-il. S’il se dit « soulagé pour nos collègues de ne plus être complices de ce qui se passe aux États-Unis », il estime que l’outil mis en cause continuera d’être exploité par un autre acteur.

« Capgemini dit “j’ai un fusil, j’ai tué des centaines de personnes avec”, et au lieu de le détruire, le vend en pensant que ça va effacer le sang qu’on a sur les mains », a-t-il ajouté

Un contrat révélé le 21 janvier, une pression qui monte depuis 2007 selon le syndicat

Le contrat entre la filiale du groupe — côté au CAC 40 — et l’ICE a été révélé le 21 janvier par l’Observatoire des multinationales. Dans le texte à l’origine de la polémique, l’ICE est décrite comme une police fédérale mobilisée par le président Donald Trump dans une vaste campagne anti-immigration.

Au-delà de ce contrat, la CGT demande désormais un audit sur « tous les contrats qu’il y a eu avec l’ICE depuis 2007 » et réclame« des garanties écrites de la part de notre employeur pour ne plus reproduire ces dérives ».

Le syndicat veut aussi un engagement plus global : « que Capgemini s’engage à revoir l’ensemble de ses contrats qui concernent l’armement et la défense », et la mise en place d’une clause de conscience permettant aux salariés de refuser certains projets.

« Nos collègues avaient peur des potentielles représailles », affirme Benjamin Girard, évoquant notamment le site de Rennes, où « il y a beaucoup de missions liées à la défense« .

Enfin, la CGT refuse de limiter la discussion au contrat américain. Capgemini étant présent « dans une cinquantaine de pays », Benjamin Girard estime que le sujet concerne aussi « les partenariats commerciaux avec des entreprises ou des institutions qui sont complices de guerre, de colonisation, de génocide ou de violences policières partout dans le monde« .

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