15.3 C
Paris
mercredi, avril 29, 2026
AccueilActualitéInternationalInvestissements saoudiens en Syrie : télécoms, aéroports et compagnie low-cost “Nas Syria”...

Investissements saoudiens en Syrie : télécoms, aéroports et compagnie low-cost “Nas Syria” au cœur d’accords à plusieurs milliards

Date:

  • Damas et Riyad ont signé, samedi 7 février, cinq accords “stratégiques” représentant plusieurs milliards de dollars.
  • Objectif : moderniser les télécommunications, reconstruire des infrastructures aéroportuaires — dont un nouveau site à Alep — et lancer une compagnie aérienne low-cost commune.
  • Pour l’Arabie saoudite, ces investissements ouvrent la voie à un rapprochement avec une Syrie longtemps restée dans l’orbite de l’Iran et de la Russie.

   L’Arabie saoudite et la Syrie ont officialisé samedi 7 février une série de cinq accords “stratégiques”, annoncés à “plusieurs milliards de dollars”, selon Reuters et plusieurs médias étrangers. Présentés lors d’une conférence de presse conjointe, ces engagements couvrent des secteurs jugés prioritaires par les autorités syriennes : transport aérien, aéroports, télécommunications, dessalement de l’eau de mer et coopération au développement.

Pour Damas, l’enjeu est clair : financer des projets concrets dans un pays qui tente de reconstruire une économie éprouvée par quatorze années de guerre civile. Pour Riyad, c’est aussi une opportunité de renforcer son ancrage régional, dans une Syrie qui a longtemps évolué “dans les sphères d’influence de l’Iran et de la Russie”.

 “Nas Syria” : une low-cost syro-saoudienne annoncée pour fin 2026

 Premier volet emblématique : la création d’une “compagnie aérienne low-cost syro-saoudienne”, baptisée “Nas Syria”. Elle “devrait voir le jour avec plus d’une douzaine d’appareils”, a précisé Talal al-Hilali, chef de l’Autorité syrienne d’investissement.

Le projet reposerait sur un accord entre la low-cost saoudienne Flynas et l’Autorité de l’aviation civile syrienne. Selon la compagnie, l’entité “Flynas Syria” serait détenue à 51% par la Syrie et à 49% par Flynas, avec des opérations attendues au quatrième trimestre 2026.

Télécommunications : le projet “SilkLink” veut booster la connectivité 

Deuxième axe majeur : la modernisation des réseaux. Le ministre syrien des Télécommunications, Abdulsalam Haykal, a présenté SilkLink comme un plan destiné à développer “les infrastructures de télécommunications et la connectivité numérique” en Syrie. Le financement annoncé atteindrait “environ 1 milliard de dollars”.

Dans un pays où la remise en état des services essentiels est devenue un marqueur de la reconstruction, l’amélioration de la connectivité est aussi perçue comme un levier de relance économique, d’attractivité pour les investisseurs et de normalisation des échanges.

 Aéroports : un nouvel aéroport à Alep et des travaux sur l’existant

 Autre chantier structurant : l’aéroportuaire. L’accord prévoit la construction d’un nouvel aéroport à Alep, dans le nord de la Syrie, ainsi que des travaux sur l’infrastructure actuelle. Des informations confirmées par le ministre saoudien de l’Investissement Khalid al-Falih, selon i24News. Le média évoque 7,5 milliards de riyals saoudiens, soit environ 2 milliards de dollars, pour financer ces deux projets.

Au-delà de l’impact économique, ces investissements visent aussi à rétablir des capacités de mobilité — commerciales, humanitaires et touristiques — au cœur d’un pays encore en convalescence.

Immobilier, vieilles villes, dessalement : un partenariat aux contours plus larges

Ces accords s’inscrivent dans un agenda plus vaste. Mardi 3 février, Talal al-Hilali avait indiqué, en marge du Sommet mondial des gouvernements de Dubaï, que les investissements saoudiens concerneraient également “l’immobilier, notamment dans les vieilles villes” de Syrie.

Le paquet signé samedi inclut par ailleurs le dessalement de l’eau de mer et des mécanismes de coopération au développement, confirmant la volonté d’adosser des projets d’infrastructures à des priorités sociales et environnementales.

 “Des secteurs vitaux” et des contrats prêts à démarrer

 Les autorités syriennes défendent une approche orientée résultats. Ces accords ciblent “des secteurs vitaux qui touchent la vie des gens et constituent des piliers essentiels pour la reconstruction de l’économie syrienne”, a commenté M. Hilali.

Signe d’une volonté de crédibilisation, le chef de l’Autorité syrienne d’investissement a ajouté que la majorité des montants annoncés prendraient la forme de “contrats prêts à être mis en œuvre”, plutôt que de simples protocoles d’accord. Un point sensible, alors que le gouvernement intérimaire syrien a été critiqué pour des annonces d’investissements parfois restées à l’état d’intentions.

Selon Reuters, un homme d’affaires syrien “au fait du dossier” a également indiqué que l’Arabie saoudite prévoirait d’offrir une couverture d’assurance sur les investissements destinés à la Syrie. Une mesure pensée pour réduire le risque perçu et encourager davantage d’entreprises saoudiennes à s’implanter sur un marché encore complexe.

Un contexte décisif depuis la levée de la “loi César” en décembre 2025

 Ces montants prennent une résonance particulière depuis la levée par les États-Unis, en décembre 2025, de la “loi César”, qui imposait des sanctions à l’ancien gouvernement de Bachar al-Assad (tombé en décembre 2024). Ces sanctions pesaient sur la relance d’une Syrie de 24,7 millions d’habitants, confrontée à une reconstruction titanesque.

L’ampleur du choc économique reste documentée : le PIB syrien a chuté de 54% entre 2010 et 2021, selon la Banque mondiale. Dans ce cadre, la matérialisation d’investissements importants — notamment sous forme de contrats exécutables — est observée de près.

Un rapprochement politique assumé, sur fond de recomposition régionale

Au-delà de l’économie, ces accords illustrent un rapprochement stratégique. Riyad est devenu un allié proche du nouveau président syrien Ahmed el-Chareh, dans une dynamique où l’investissement devient un outil d’influence.

En juillet dernier, l’Arabie saoudite avait déjà annoncé 6,4 milliards de dollars d’investissements, répartis en 47 accords impliquant plus de 100 entreprises saoudiennes dans l’immobilier, les infrastructures et les télécommunications. Les signatures du 7 février apparaissent comme l’une des premières déclinaisons concrètes de cette annonce, et comme un signal adressé aux acteurs économiques : la phase des intentions pourrait laisser davantage de place aux chantiers.

Les plus populaires