- Élue à l’unanimité mardi 17 février, Anne-Claire Legendre, 46 ans, succède à Jack Lang à la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA).
- Ex-conseillère diplomatique d’Emmanuel Macron, arabophone et diplomate de carrière, elle promet de « ramener de la sérénité » et de restaurer « la confiance du public », alors que l’institution traverse une zone de fortes turbulences.
Anne-Claire Legendre a été choisie mardi 17 février par les membres du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe pour prendre la tête de l’établissement et remplacer Jack Lang, qui dirigeait l’IMA depuis treize ans. Le choix a été fait à l’unanimité, au sein d’un conseil composé de sept ambassadeurs de pays arabes (Arabie saoudite, Qatar, Palestine…) et de sept personnalités désignées par le ministère des Affaires étrangères.
Soutenant cette nomination, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a salué un profil qui « dispose de l’expérience, des qualités et de la vision stratégique nécessaires pour assumer ces responsabilités éminentes ».
À 46 ans, Anne-Claire Legendre devient la première femme à diriger cette institution inaugurée à Paris en 1987, à la fois lieu culturel et instrument diplomatique. Un symbole fort pour l’IMA, dont la vocation est de faire dialoguer la France et le monde arabe à travers les arts, le débat d’idées et la transmission des cultures.
Diplomate de carrière, la nouvelle présidente parle l’arabe, langue qu’elle a notamment apprise à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Elle est aussi diplômée de Sciences Po Paris et de la Sorbonne, en lettres modernes.
« Ramener de la sérénité » : une feuille de route centrée sur l’apaisement
Quelques minutes après son élection, Anne-Claire Legendre a donné le ton : « Je crois que mon rôle, c’est de ramener de la sérénité » à l’Institut du monde arabe. Une phrase courte, mais lourde de sens dans le contexte actuel.
Elle a également insisté sur un objectif immédiat : redonner à l’IMA « la confiance du public ». Un chantier qui implique autant l’image de l’institution que sa gouvernance et sa capacité à se projeter dans une nouvelle séquence, après plus d’une décennie marquée par la présidence de Jack Lang.
La passation intervient alors que Jack Lang a fait lundi matin ses adieux à l’IMA, où des perquisitions ont eu lieu afin de faire la lumière sur les liens exacts entre l’ancien ministre de la Culture et le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
Si aucune charge ne pèse à ce stade contre l’ex-figure de la gauche mitterrandienne, des documents rendus publics par la justice américaine mentionnent le nom de Jack Lang à 673 reprises dans des échanges avec l’homme d’affaires. Ces éléments ont conduit le Parquet national financier à ouvrir une enquête visant Jack Lang et sa fille Caroline pour blanchiment de fraude fiscale aggravée.
En prenant la tête de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre hérite d’une institution à forte valeur symbolique, mais fragilisée par une séquence judiciaire et médiatique qui brouille son action culturelle. Son défi sera double : apaiser, rassurer et clarifier, tout en relançant l’élan de programmation et le rôle diplomatique de l’IMA.
Pour la nouvelle présidente, l’urgence est claire : restaurer un lien de confiance durable avec le public, et replacer l’Institut au cœur de sa mission — faire vivre, à Paris, un espace de connaissance, de création et de dialogue avec le monde arabe.
