- Le gouvernement a autorisé vendredi la vente de 64% d’Exaion, filiale d’EDF spécialisée dans le calcul de haute performance et le cloud souverain, au groupe américain Mara.
- Mais Bercy a verrouillé l’opération avec des conditions « juridiquement contraignantes » : arrivée de Xavier Niel au capital via NJJ, conseil d’administration dominé par des investisseurs français et suppression d’une clause de non-concurrence jugée sensible.
C’est un oui, mais sous haute surveillance. Vendredi, l’État a donné son feu vert à l’acquisition par le groupe américain Mara de la filiale technologique d’EDF, Exaion, selon un communiqué de Bercy. Actionnaire à 100% d’EDF, l’État a toutefois « subordonné son autorisation » au respect par l’acquéreur de « conditions juridiquement contraignantes ».
Parmi les exigences majeures : l’entrée d’un acteur français au capital de Mara France et une gouvernance d’Exaion désormais majoritairement contrôlée par « des investisseurs français ». Autre point imposé par Bercy : « la suppression de la clause de non-concurrence » entre Mara et EDF, initialement demandée par l’acquéreur.
Officialisé en août, le projet prévoyait la cession par EDF de 64% d’Exaion à Mara pour 168 millions d’euros. Une opération qui a rapidement fait monter la pression dans le débat public, sur fond d’inquiétudes liées à la souveraineté et à la maîtrise des technologies stratégiques.
Exaion, petite structure d’environ 70 ingénieurs, est spécialisée dans le calcul haute performance, le « cloud » souverain et l’intelligence artificielle. Si l’entreprise n’est pas rentable à ce stade, plusieurs personnalités politiques avaient alerté sur le risque de voir partir une « pépite » positionnée sur des technologies d’avenir.
L’État active le contrôle des investissements étrangers (IEF)
Bercy explique que l’intervention de l’État a été rendue possible grâce à la procédure de contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Objectif : transformer une vente classique en accord encadré. Le ministère estime que cette action « transforme le projet de cession initiale en un véritable partenariat compatible avec la souveraineté technologique nationale ».
Le ministre de l’Économie Roland Lescure insiste sur la ligne suivie par l’exécutif : « Nous avons été extrêmement vigilants : l’État a refusé une cession exclusive pour imposer un partenariat équilibré », a-t-il commenté, cité dans le communiqué.
« Nous confirmons l’attractivité de la France pour les investissements internationaux, tout en assurant une protection intransigeante de nos intérêts stratégiques et de notre souveraineté technologique », ajoute -t-il.
Xavier Niel entre dans l’équation via NJJ
Point clé du rééquilibrage : l’arrivée du groupe NJJ, holding contrôlée par Xavier Niel. Bercy indique avoir imposé à EDF de « réexaminer l’offre pour y intégrer un acteur français », ouvrant la porte à cette entrée au capital.
Le montage prévoit que NJJ prenne une participation minoritaire de 10% au capital de Mara France, ce qui lui permet de s’installer dans la gouvernance d’Exaion. « Ensemble, les intérêts français représentent désormais près de la moitié du capital d’Exaion », souligne le gouvernement.
Un conseil d’administration à majorité française
Autre verrou majeur : la gouvernance. Le conseil d’administration d’Exaion « est désormais majoritairement nommé par des investisseurs français (…) Ce rééquilibrage assure une majorité d’intérêts français avec 5 sièges sur 8 », précise Bercy.
Dans le même temps, la suppression de la clause de non-concurrence doit redonner de l’air à EDF. Le retrait de cette disposition permet au groupe public de bénéficier d’« une pleine autonomie stratégique pour le développement de ses activités et projets futurs » dans le numérique, estime le ministère.
Accélérer Exaion et viser un champion européen
Au-delà des garde-fous, l’exécutif et les partenaires veulent présenter l’opération comme un levier industriel. EDF, Mara et NJJ déclarent dans un communiqué commun : « L’objectif du partenariat entre Mara, EDF et NJJ est d’accélérer le déploiement d’Exaion (…) et de faire émerger depuis la France (…) un acteur européen dans le domaine des infrastructures numériques ».
Avec ce compromis, le gouvernement tente de concilier deux impératifs : rester attractif pour les investissements internationaux tout en sécurisant la main sur les actifs jugés stratégiques — à l’heure où le cloud, le calcul intensif et l’IA deviennent des terrains de souveraineté autant que de compétition économique.
