9.2 C
Paris
lundi, mai 11, 2026
AccueilActualitéSCAF : Emmanuel Macron défend un avion de combat unique, Berlin s’interroge...

SCAF : Emmanuel Macron défend un avion de combat unique, Berlin s’interroge sur l’avenir du programme européen

Date:

  • Le Système de combat aérien du futur (SCAF), pierre angulaire de la défense européenne, remet en cause ?
  • Tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz questionne ouvertement la pertinence d’un avion commun, Emmanuel Macron réaffirme depuis l’Inde la nécessité d’un modèle unique.
  • Airbus, de son côté, se dit prêt à soutenir une alternative à deux appareils « si les clients l’exigent ».
  • Un bras de fer politique et industriel qui fragilise l’ambition stratégique européenne.

   Lancé en 2017 par Paris et Berlin, puis rejoint par l’Espagne, le SCAF devait incarner la souveraineté militaire européenne. Mais le programme, qui vise à développer un système de combat aérien de nouvelle génération intégrant avion, drones et cloud de combat, est aujourd’hui enlisé.

Au cœur des tensions : des divergences industrielles persistantes entre Dassault Aviation, désigné chef de file sur l’avion, et Airbus, partenaire principal représentant l’Allemagne et l’Espagne. Ces désaccords techniques et organisationnels ont fini par nourrir un débat politique ouvert entre les deux capitales.

Macron : « Les Européens ont intérêt à avoir un modèle commun »

Depuis New Delhi, en marge d’un sommet consacré à l’intelligence artificielle, Emmanuel Macron a choisi de clarifier la position française. « Les Européens ont intérêt à avoir un modèle commun », a-t-il déclaré devant la presse.

Pour le chef de l’État, les frictions industrielles ne doivent pas dicter la stratégie militaire :

« On a des frictions entre les entreprises. C’est la vie des affaires. Est-ce que ça doit décider de la stratégie des États ? La réponse est non. »

Au-delà du symbole politique, le président met en avant une logique d’efficacité budgétaire et opérationnelle : « Est-ce que c’est la meilleure utilisation de notre argent que de faire plusieurs avions ? Nous avons besoin d’avoir un standard européen. »

La ligne française est donc claire : un seul appareil, capable de répondre aux exigences nationales tout en servant de socle commun.

Berlin met en avant des besoins différents

La veille, le chancelier allemand Friedrich Merz avait publiquement exprimé ses réserves dans le podcast Machtwechsel. Selon lui, les besoins militaires de Paris et de Berlin ne coïncident pas : « Les Français ont besoin (…) d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande. »

Il a souligné que les deux pays sont « en désaccord sur les spécifications et les profils » de l’appareil à développer.  « La question qui se pose maintenant est la suivante : avons-nous la force et la volonté de construire deux avions pour ces deux profils d’exigences différents, ou seulement un seul ? », a-t-il affirmé.

Et d’ajouter que la France n’en veut « qu’un seul » répondant à ses propres critères.

Airbus ouvre la porte à une solution à deux volets

Dans ce contexte tendu, Airbus a adopté une posture pragmatique. Lors de la présentation des résultats annuels du groupe, son PDG Guillaume Faury s’est dit confiant quant à l’engagement du groupe dans un programme d’aviation de combat, tout en laissant la porte ouverte à un compromis.

 « Si nos clients l’exigent, nous soutiendrions une solution à deux volets et nous nous engageons à jouer un rôle de premier plan », souligne – t-il.

Il a toutefois rappelé l’importance de la coopération : « Nous croyons également qu’une ambition de cette envergure ne peut être réalisée que par la coopération, favorisant l’interopérabilité opérationnelle et les synergies sur l’ensemble du cycle de vie pour les forces aériennes européennes. »

Et d’alerter :« Le blocage autour d’un pilier unique ne doit pas mettre en danger l’avenir entier » du programme, qui « comportent plusieurs piliers ».

Un programme structuré autour de sept piliers

Le SCAF ne se limite pas à un avion. Il repose sur sept piliers technologiques : l’aéronef, le moteur, les drones accompagnateurs, le cloud de combat, la simulation, les capteurs et la furtivité.

C’est pourtant le pilier central — l’avion — qui cristallise les tensions. Le document de référence signé en 2020 désigne Dassault Aviation comme chef de file et Airbus comme partenaire principal, un équilibre délicat qui peine à se traduire opérationnellement.

L’enjeu : l’unité stratégique européenne

Mercredi, l’Élysée a rappelé qu’Emmanuel Macron restait « engagé pour le succès du projet » et jugeait « incompréhensible » que les divergences ne soient pas « surmontées » à un moment où l’Europe doit « montrer unité et performance ».

Derrière le débat technique se joue une question de crédibilité politique. Le SCAF incarne la capacité des Européens à bâtir une autonomie stratégique face aux grands acteurs mondiaux. Une division durable affaiblirait cette ambition.

Les plus populaires