- Sur le départ du ministère de la Culture pour mener sa campagne à Paris, Rachida Dati est attendue ce lundi 23 février à l’Assemblée nationale.
- À 16h30, la ministre doit s’expliquer devant la commission d’enquête sur la sécurité des musées, après le cambriolage du 19 octobre au Louvre et une série de dysfonctionnements qui fragilisent l’institution.
Rachida Dati se retrouve ce lundi 23 février sous le feu des questions à l’Assemblée nationale. La ministre de la Culture, en instance de départ pour se consacrer à la bataille de la mairie de Paris, est convoquée par la commission d’enquête sur « la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées ».
À 16h30, elle doit répondre de sa gestion de la crise ouverte au Louvre depuis le cambriolage du 19 octobre, marqué par le vol de joyaux de la Couronne française. Après quelque 70 auditions, les députés entendent la ministre qui exerce la tutelle sur le musée et qui, au lendemain du vol, a refusé la démission de la présidente du Louvre, Laurence des Cars.
C’est la première fois que Rachida Dati s’explique devant une commission d’enquête sur une affaire dont l’écho a dépassé les frontières, tant le Louvre concentre une part de l’image culturelle de la France.
La commission dénonce des défaillances « systémiques »
Le ton est donné depuis plusieurs jours. Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, Alexandre Portier (Droite républicaine) et Alexis Corbière (Écologiste et social) ont dressé lors d’une conférence de presse un point d’étape, le 19 février, sur l’avancée des travaux.
« Le vol du Louvre n’est pas un accident. » Pour Alexandre Portier, président de la commission, le cambriolage du 19 octobre « révèle les défaillances systémiques du musée, qui étaient latentes depuis des années ».
Les députés pointent une accumulation de failles : système de vidéosurveillance qualifié d’« archaïque », manque de coordination et de communication, carences dans les formations sécurité, ou encore absence de grille sur la porte-fenêtre qui aurait servi de point d’entrée aux cambrioleurs. Autant d’éléments qui, selon eux, montrent que la sécurité était loin d’être une priorité depuis longtemps.
« Ce qui est en cause, c’est le pilotage du Louvre », a insisté Alexandre Portier, ciblant non seulement des dispositifs techniques, mais aussi des choix de gouvernance.
Gouvernance du Louvre : décisions stratégiques sous le feu des critiques
Autre angle d’attaque : la stratégie de sécurisation et l’organisation interne du musée. Le rapporteur de la commission, Alexis Corbière, a interrogé le sort réservé à un plan préparé avant 2021. « Je ne comprends pas pourquoi le schéma directeur, qui été élaboré par M. Martinez, (…) a été reporté par la nouvelle présidente, Madame des Cars », lors de son arrivée, a-t-il déclaré.
Selon lui, aucune explication rationnelle ne justifie ce choix, sinon le symptôme d’une « forme d’hyperprésidence » endémique au Louvre.
Alexis Corbière va plus loin, décrivant un établissement fonctionnant à part : « Il est acquis que le Louvre fonctionne d’une manière un peu autonome, avec une tutelle de la présidence de la République », s’est-il étonné, appelant au retour à un « fonctionnement normal« .
« Un État dans l’État » : le ministère sommé de « reprendre la main »
« Le Louvre est devenu un Etat dans l’Etat », a indiqué Alexandre Portier. Le député estime que le ministère de la Culture « doit reprendre la main ».
« Cela ne me semble pas sain, d’aller vers cette gestion en vase clos pour un tel établissement, comme si le Louvre au fond n’avait pas à rendre compte de la gestion de l’argent des Français », a-t-il insisté, posant la question du contrôle, des arbitrages et de la responsabilité politique.
C’est précisément sur ce terrain que Rachida Dati est attendue : celui de l’équilibre entre autonomie d’un grand musée national et devoir de contrôle de la tutelle. Après le cambriolage, la ministre avait annoncé une enquête administrative et contraint le musée à mettre en place des mesures d’urgence pour mieux sécuriser l’établissement.
Mi-janvier, elle avait également promis des « décisions conséquentes » sur le dossier. Mais ces annonces sont restées, pour l’heure, sans traduction concrète visible : la mission qu’elle avait présentée pour réorganiser le Louvre n’a jamais débuté, alors qu’elle devait rendre ses conclusions fin février.
L’audition de ce lundi doit donc permettre de clarifier ce qui a été réellement enclenché, ce qui a été reporté, et ce qui relève encore de l’intention.
Un Louvre fragilisé sur plusieurs fronts : social, bâtiment, fraude
La crise n’est pas seulement sécuritaire. Depuis mi-décembre, l’accès au musée a été plusieurs fois perturbé par un conflit social : les personnels demandent de meilleures conditions de travail, dans un établissement soumis à une pression de fréquentation et d’exploitation continue.
Le Louvre a aussi récemment dû fermer une de ses galeries en raison de fragilités dans l’édifice. Et comme si l’affaire du cambriolage ne suffisait pas, le musée a été victime d’une fraude à la billetterie évaluée à plus de 10 millions d’euros. Une opération policière menée contre le réseau, le 10 février, a abouti à la mise en examen de neuf suspects.
