- À quelques jours de la date butoir du 1er mars, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard alerte sur des négociations commerciales jugées « parmi les plus violentes » en France.
- Elle accuse la grande distribution de tirer les prix vers le bas, fragilisant les industriels et, in fine, la rémunération des agriculteurs.
La période est chaque année décisive pour le secteur. Traditionnellement, du 1er décembre au 1er mars, les supermarchés et leurs fournisseurs négocient les conditions tarifaires qui détermineront, ensuite, les prix de nombreux produits en rayon (hors marques propres des distributeurs). Mais cette fois, le climat est particulièrement dégradé, au point d’inquiéter le gouvernement.
Ce lundi 23 février, sur France 2, Annie Genevard a regretté une atmosphère délétère : « Il y a un climat de négociations très mauvais, tous les fournisseurs le disent », a-t-elle insisté, alors que les discussions entre industriels de l’agroalimentaire et grande distribution doivent aboutir à la fin du mois.
La ministre a appelé les acteurs à lever le pied sur la brutalité des échanges. « Les relations commerciales sont parmi les plus violentes en France, ce n’est pas normal, j’appelle chacun à la raison », a-t-elle déclaré, dénonçant des pratiques qui, selon elle, menacent la solidité économique de toute la filière.
Pour Annie Genevard, le sujet dépasse le duel entre distributeurs et industriels. L’équilibre du système dépend de chaque étape de la chaîne, de l’amont agricole jusqu’au consommateur final.
« Il en va de l’intérêt de chaque maillon : producteurs, agroalimentaire, grande distribution et restauration et consommateur », a-t-elle listé.
Une pression sur les prix qui freine l’investissement des industriels
Au cœur de sa mise en garde : la capacité des fournisseurs à tenir dans la durée. Annie Genevard estime que la grande distribution « tire trop les prix vers le bas », au détriment des entreprises qui fabriquent et transforment les produits alimentaires.
« Quand on soumet les fournisseurs à des conditions trop drastiques, ils ne peuvent plus investir », a-t-elle dénoncé, reliant directement les exigences tarifaires aux marges et donc à la modernisation des sites de production, à la qualité, à l’innovation ou encore aux engagements de transition.
La ministre pointe à nouveau le comportement de la grande distribution, qu’elle avait déjà critiqué pour un « chantage mortifère ». Son inquiétude est claire : une négociation trop dure ne se limite pas à un conflit commercial ponctuel, elle entraîne une destruction de valeur qui se propage à toute la filière.
Dans les colonnes du Parisien, Annie Genevard avertissait : « Si les négociations sont violentes, elles sont destructrices de valeur pour toute la chaîne, pour la rémunération des industriels, et donc pour le prix d’achat des produits agricoles. À l’arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer », jugeait-elle.
En d’autres termes, si les industriels voient leurs marges comprimées, leur capacité à payer correctement les matières premières agricoles s’affaiblit. Et ce sont alors les producteurs qui subissent l’onde de choc, dans un contexte où la question des revenus agricoles reste particulièrement sensible.
« Répartir la valeur, pas la détruire »
Alors que l’échéance approche, Annie Genevard souligne que tous les accords ne sont pas finalisés. « Au 1er mars, ils doivent conclure les accords mais certains en sont loin. L’objectif est de répartir également la valeur, pas de la détruire », a-t-elle pointé.
Son message se veut à la fois politique et économique : maintenir des prix soutenables pour les consommateurs, sans sacrifier l’amont productif ni l’outil industriel. La ministre appelle ainsi à des compromis rapides, mais surtout à des compromis « équilibrés », pour éviter qu’une guerre des prix ne finisse par fragiliser durablement l’agriculture et l’agroalimentaire français.
